‹ Littérature épistolaireChapitre 14 sur 38 · M A DAME DU DEFFAND · texte numérisé non relu

M A DAME DU DEFFAND

l'abbé Barthélémy, qui fut, comme l'on sait, le secrétaire du duc de Choiseul. Dans le premier de ces deux volumes on trouve même beaucoup plus Madame de Choiseul que Madame Du Deffand, quand on cherche Madame Du Delfand, mais au second on la rattrape et on se rattrape.

Malgré le bruit qu'on a fait de cette duchesse de Choiseul nouvellement découverte, la marquise Du Deffand, notre ancienne connaissance, lui est de beaucoup supérieure par l'esprit, le naturel, l'abandon, le tour original, et enfin l'ennui, cet ennui inconnu au xvme siècle, qui prend tout dans son empâtement noir et fait briller les mots brillants bien davantage, comme un crêpe qu'on étendrait sur des diamants.

Madame de Choiseul n'a pas la passion de cette vieille aveugle qui ne passe pas pour passionnée, mais qui Test, et qu'on a voulu nous donner pour un Fontenelle en femme. Les réputations sont si bêtes, et parfois à force d'esprit! Elle n'a rien de sa vieille amie, bien plus jeune qu'elle, en dépit de ses soixante et mille ans, comme elle disait. C'est une raisonneuse dans un petit corps lacé de poupée, que cette duchesse de Choiseul ; une raisonneuse comme le xvme siècle en faisait, une affectée dont le bas de soie tirait furieusement sur le bleu, et c'est peut-être la raison pour laquelle elle plaira à ce siècle-ci; car tous les pédantismes sont plus ou moins chers au

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xix' siècle, qui a la fatuité du sérieux, mais pour moi, j'en demande pardon, c'est la raison d'une souveraine déplaisance. Je n'aime point qu'une femme se tortille dans des mots comme celui-ci : « Je monte « à cheval pour me faire peur, » ou qu'elle joue à la froideur — cette fureur des hypocrites ou ce cynisme des impuissantes ! — dans cet autre mot, qui n'est pas le seul de l'esp 11 me suffit d'être con-

« tente pour être heureuse. » Je n'aime point qu'elle écrive à toute page des phrases dans ce genre affreux : «« La nature est le seul tyran dont il ne faille pas «secouer le joug. L'esclavage qu'elle nous impose — « (c'est à dire L'obligation de ne pas nous tuer) — doit « être respecté, parce qvîellenous l'impose par le fait « dune loi générale. »

Madame Du Deffand n'a jamais, elle, de ces solennelles sornettes-là! M. de Saint-Aulaire, qui est un homme d'esprit pénétrant, dans sa Notice, et un chrétien... peut-être un peu archéologique, - -un chrétien qui le serait peut-être un peu moins si le grand siècle de Louis XIV ne l'avait pas été, — M. de Saint-Aulaire a bien vu le vide de cette raison phraseuse qui parle de la nature sans se douter de Dieu et qui n'a pas deux sous de sensibilité réelle pour se faire pardonner cette abominable raison! Il ne partage nullement, sur le compte de la duel, les illusions de Madame Du Deffand, cette aveugle d'amitié, et de l'abbé Barthélémy, ce commensal re-

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