Jo n'ai pas mangé — en argot
EUGEKS SUE
vais de faim ; voleur, on m'aurait nourri, en prison ! Non, je n'ai pas volé parce que... parce que... enfin parce que ce n'est pas dans mon idée de voler... »
Le contraste de deux psychologies opposées l'une à l'autre est très bien rendu par ce bref dialogue. Rodolphe, qui représente le type moyen de l'honnête homme, ne peut pas comprendre qu'un individu qui fut condamné pour meurtre et qui, au sortir du bagne, a souffert le froid et la faim, n'ait pas volé; et il croit qui: c'est la peur de la prison qui l'a empoché de voler. Le Chourineur répond en riant franchement à cette ingénuité de l'honnête homme, et il lui démontre en deux mots l'absurdité de songer qu'un affamé ne vole pas par crainte de la prison, c'est-à-dire par crainte d'aller là où non seulement il ne souffrirait plus de la faim, mais il serait nourri gratis ; et il lui laisse entrevoir qu'on peut morne commettre exprès de petits vols pour être arrêté et couséquemment entretenu par l'Etat pendaut quelques mois, — ce qui arrive en réalité, surtout au commencement de l'hiver, et principalement dans les grandes villes.
Mais la réponse du Chourineur atteint le comble de la spontanéité psychologique quand il ne sait pas dire la raison qui l'empêche de voler. 11 ne vole pas, parer que... ce n'est pas son idée de roler : c'est-à-dire qu'il ne vole pas, parce qu'il ne peutYolcr. Le pauvre Chourineur est presque honteux de son incapacité à s'exprimer plus rlninmitmt : mais il donne pourtant le seul