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Un assassin auquel on demanda s'il avait volé, répondit

EUGENE SUE

Eugène Sue a encore le mérite rie mettre en relief un autre coté de la psychologie criminelle, un côté étrange et contradictoire : c'est-à-dire que tandis que les criminels subissent la fascination de ceux qui sont les plus célèbres parmi eux et qu'ils ont un mélange d'admiration et de vénération pour celui qui est coupable du crime le plus grave et le plus affreux — il» sont en même temps facilement suggestionnés par le» récits ou les spectacles honnêtes, simples, bons; et pendant le récit ou pendant lo spectacle ils prennent parti pour le personnage qui est doué des plus nobles et pures qualités et ils s'émeuvent et ils frémissent an triomphe de la vertu, tout autant que le public d'houiu tes geus qui assiste chaque soir dans un théâtre populaire à la représentation d'un drame passionnel.

Il y quelque chose de mystérieux dans cotte double psychologie, qui tantôt soulève les couches les plus cruelles et les plus méprisables de l'Ame humaine, tnntôt met une note fugitive et superficielle de bonté dan»

dédaigneusement: — Voler ? mais je suis un honnête homme I {A noter l'identité de ce fait réel avec 1 épisode imaginaire du Chourineur.J — Pareillement, beaucoup devoleurs ont une répo-

mai r.nugéiiitule pour l'assassinat. Corbièn:. rrlébre voleur, refusn de s'évader jnircc qu'il (allait pour << lo tuer les giirdiens; a la violence. 1 1 1 1— il, D'est pas D (voir D

. Ptycliologit naturelle, 111. il» i j Ces ombres st ces lneurs as moralité qai oxistent souvent dans la même pereoons aowrîsent, comme je le diBais dans le texte du livre, t créer les dsuz catégories distinctes de criminels. Cela D'SfflpéOhe DSSj on U) iiiiii|pii:iiiI. qu'il y .m det délinquants plus dangereux qui commetii'H iiidiUVreinment le vol et l'assassinat, lesilégénérés absolus, tels que les escarpes.

i.ittkhati;he et criminalité

la cœur endurci d'un homme pervers : et il est diJIicile d'expliquer ce mystère.

Pour le moment, contentons-nous de le constater.

Soit quand il fait présenter par Rodolphe aux bandits du Tapis franc (un café de dernier rang, repaire de gens suspects), le Chouriueur, l'assassin qui épouvante par ses crimes et par sa force, soit quand il fait entrer dans la Fosse aux lions quelques-uns dos bandits les plus connus par le nombre et l'infamie de leurs crimes, Eugène Sne nous peint toujours la foule des criminels vaincue et dominée par le respectque ces célébrités du crime, ces illustrations de la haute pègre lui imposent par suggestion. Et les descriptions du romancier rappellent, avec une précision de détails qui arrive parfois jusqu'à l'identité des mots, la description que l'abbé Moreau, aumônier des hôpitaux de Paris, nous donnait en 1887, c'est-à-dire quaraute ans plus tard, de l'entrée de lilind, un assassin, dans une chambrée de la Grande Roquette (1). C'est à tel point que, si cette supposition n'était absurde, on pourrait dire que l'abbé Moreau, en décrivant une scène qu'il avait réellement vue, a copié Suc, dont la fantaisie n'avait fait qu'imaginer une scène qui n'a jamais eu lieu. Indéniable victoire de l'art, qui a saisi son but éternel : le vrai.

Dans le cinquième volume des Mystères de Paris,

!. Abbé Moreau. Souvenirs de la Petite et de la Grande Jlo- 1887. j>. 2!», . - 1 . .

ECO.KÏ>E SUE 9i

Sue nous fait assister au récit d'une histoire émouvante et ingénue, uoe vraie histoire il endormir les enfants. On y parle de Gringalet, un pauvre gosse, exploité et martyrisé par son maître. L'orateur, c'est Pique Vinaigre, un forçat ; et le public, ce sont les détenus de la Force. Et leurs visages expriment la pitié et l'horreur au détail des souffrances de Gringalet, et de leurs bouches sort l'exclamation de la rage et de la vengeance contre la cruauté du maître.

Tout cela semblerait invraisemblable et romantique, n'est-ce pas?

Eh bien ! dans la réformatoire d'Elmira, en Amérique, on représente chaque mois des drames devant un public de délinquants, — des voleurs, des escarpes, des assassins — et ce parterre de dégénérés frémit d'indignation devant les crimes imaginaires qui se passent sur la scène, etil s'émeut aux larmes, et il applaudit au triomphe de la vertu.

Cette fois-ci encore, Sue a donc été un observateur heureux. Mais s'il observe parfaitement, il n'explique pas. Personne que je sache, du reste, n'a tenté d'expliquer ces curieuses manifestations d'honnêteté collective qui surgissent, inattendues, d'individus corrompus et malhonnêtes. C'est que peut-être ce même phénomène de suggestion, qui peut changer tout à coup une multitude de citoyens paisibles en une foule hurlante et menaçante, peut donner aussi des sensations d'honnêteté à une multitude de criminels. De la môme façon que la

psychologie collective, qui est la psychologie de l'ii prévu, est capable de faire passer des frissons de férocité dans le cœur des hommes honnêtes, ainsi elln peut faire éclore une fleur de délicatesse dans l'âme des plu» pervertis.

Mais ce sont des phénomènes transitoires et superliciels : ils durent juste autant que la suggestion qui les a causés, ut ils ne laissent aucune trace, pas même celle d'un exemple.

Parallèlement à celles que nous venons d'examiner» il y a deux autres caractéristiques de l'âme criminelle qui se contredisent également entro elles: d'un nû l'orgueil que tous les délinquants ressentent pour lu crime qu'ils ont commis et leur penchant à se vanter par manière de blague, même des crimes dont ils sont innocents ; de l'autre côté, l'orgueil, je dirais presque le point d'honneur, de tenir sa parole, d'être eu somniu honnêtes ... au moins en quelque chose.

Eugène Sue a écrit sur la vanité du criminel plusieursbelles pages, avec des épisodes qui pourraient prendre place — s'ils étaient réels — dans la casuistique qu'Henry Ferri a reproduite dans son ouvrage Le Meurtri pour montrer l'étrange impulsion qui porte h coupables à se faire gloire de leurs crimes, à jouir quand la presse s'occupe d'eux et à se croire célèbres pai qu'ils ont tué. Vidocq, qui en savait quelque chose, disait justement : « La société craint l'infamie ; les dëlin quauts n'ont qu'une honte : celle denepas être infâmes, x»

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