I.ITTERATUKE ET CRINIK^i
ques, reste d'abord étonné, puis ébranlé et presque
convaincu. La poison de la publicité opère lentement et ronge le cristal limpide de sa conscience. Pau à pan, l'honnête homme aussi ploie sous la fascination de cette réclame intense. Il oublie le crime et les victimes, car <»n parle bien peu de celles-oî — ou i rie avec ces
phrases de froide compassion qui arrêtent sur lus lèvres et dans le cœur les mots de pitié. Le mort est mort, ot ce n'est guère intéressant de parler de lui C'est lo vivant, c'est le criminel quia accompli le I s te,
qui intéresse le monde !
Et pour accroître le prestige de ces crin >urgit
parfois In légende de leurs bonnes fortunes ou de leur rare intellectualité, Les femmes sont suggestionné par les premières, les nommes par la seconde, rit voici le» lettres féminines, les lettres de platoniques amo reuses inconnues qui voudraient se donner le frisson nouveau da l'amour avec un assassin — lettres qui apportent dans la cellule solitaire d'un Pranzini. d'un Prado ou d'un Musnliun ces phrases brûlantes de sympathies inconnues qui font frémir d'orgueil le brigand ou le fripon auxquels ils sont adressées. Et voici les éditeurs qui accueillent comme la manne les livres de souvenirs ou do polémique écrits par les coupai intellectuels. Voici Albert Olivo — qui tua et coupa sa feiiime en morceaux, qui en enferma le cadavi | mutilé dans une valise, qui le porta de Milan a l pour l'ensevelir dans la mer. et qui fut acquitte il f -i
fois par le jury italien — voici Albert Olivo qui publie un volume de discussions sur des questions de psychiatrie ni plus ni moins qu'avec César Lombroso qui avait été expert dans son procès !
C'est le comble où puisse atteindre la littérature des procès.
Mais le public supporte ces absurdités avec une évangélique indifférence ! Et par conséquent les criminels éprouvent plus fortement que jamais l'orgueilleuse conviction d'être des sur-hommes auxquels tout est permis et tout est facile; ils attirent l'amour des femmes et ils vont de pair avec les savants. Ils savent que leurs paroles seront reproduites comme leurs physionomies dans les journaux et dans les livres : et Lacenaire s'informera si ses photographies se vendent en grand nombre sur les boulevards, et Gabrielle Bompard demandera à son avocat si la presse fait des commentaires favorables à ses toilettes. Ils ressentent en somme la superbe folie d'Erostrate qui, ne pouvant le faire d'une autre façon, éternisa son nom par un crime, et ils prouvent en fait qu'il a été la souche inconsciente d'une multitude de dégénérés vaniteux et imbéciles.
Et les honnêtes gens, troublés et bouleversés par cette nouvelle aristocratie du crime qui s'impose avec audace, courbent la tête par faiblesse bien plus que ' par conviction. Ils avaient commencé à s'intéresser aux crimes pour les observer et pour les discuter. Peu à peu ils se sont aperçus que leur conscience a pris les
! [UTTRE F.T CRIMINALITÉ
mes goûts déplorables o,ue leur curiosité. Us voient les étrangers qui envient nos beau' a atanl ,; t
plus encore que n« ' j s scientifiques et que
nos ûhefs-d'œuvre artistiques — et ils se résignent par Snobisme à trouver, eux aussi, que nos grands crimes Boni esthétiquement beaux.
Ce prestige de l'art, ce parfum d'intcllcctualité ou l'on obérons parfois à noyer et à confondre le puanteur qui émane du cri nie. trouvent des alliés complaisants, non seulement dans celte littérature de dernier ordre qui, pour satisfaire la fantaisie dégénérée du public. élève les gestes des grands criminels aux honneurs l'histoire, de la y ôsie, le la légende (1), mais aussi chez certains romanciers illlustres, style Maurice Ban ' qui n'admirent pas dans la vie les bonnes œuvres des humbles, mais le beau geste des audacieux, qui n meut pas les pays on règne le travail fécond et tranquille, mais . t t s I adorent les pays où les passions s'ugilenl at s'assouvissent dans le sang.
l't li personnalité des grands criminels surgit, avec l'auréole de la célébrité, de toute cette atni phèiv Littéraire pleine d'intérêt morbide et de sympathie intellectuelle. Et la célébrité produit à l'égard