PREFACE. VII
et inconnus, en France et hors de France, ont tenu à mépris ces déclamations, ou, dans leur dédain, n'en ont même pas pris connaissance. Il est vrai que, en revanche, tout ce qui est dit et écrit en ma faveur a le même sort dans le contraire parti. Que conclure de là? Puisque, en réalité, on ne s'atteint pas, séparé qu'on est par la violence et l'exagération, ne vaudrait-il pas mieux renoncer aux polémiques insultantes ou mensongères? Peut-être même ces polémiques deviendraient-elles moins inefficaces par cela seul qu'elles auraient un peu plus de modération équitable * . C'est un spectacle singulier et attachant que le profond discord entre la libéralité bienfaisante de la société française et l'intolérance acharnée de l'esprit clérical. Cette intolérance a beaucoup perdu, depuis le temps où elle disposait et usait sans mesure des bûchers, des supplices, des bastilles et des exils. Elle perd tous les jours malgré le bruit, et aussi à cause du bruit qu'elle fait. C'est une brume, reste d'un autre
1. Ce que je dis ici des hommes philosophiques est applicable, en une certaine mesure, aux hommes politiques. Quel amas d'injures el de calomnies les suppôts de l'ordre moral n'ont-ils pas accumulé sur la tôle do M. Thiers! Eh bien! qu'ont-ils gagné? Sans doute ils ont satisfait leurs passions, leurs rancunes et celles de leurs amis et promoteurs; mais c'est tout. Au-del;\ de ce cercle sacro-saint, ils n'ont changé ni une idée, ni un sentiment ; personne ne les a crus ; et beaucoup ont pensé qu'on servait bien peu le vérilal)lc ordre moral en perdant toute justice et tout respect à l'égard de ceux qui , par leurs talents, leurs services et leur réputation, honorent leur patrie.
PRÉFACE
ciel, qui se dissipe graduellement devant la chaleur et la clarté vivifiantes des sentiments modernes.
Ces quelques mots rétrospectifs conviennent à un volume qui clôt la série; c'est un congé que je prends d'un passé qui d'ailleurs n'a plus d'avenir.
\ovombre 1S74.