‹ Littérature et histoireChapitre 24 sur 78 · Histoire universelle du sieur d'Aubujné, t. 1, p · texte numérisé non relu

Histoire universelle du sieur d'Aubujné, t. 1, p

SCHILLER ET D'ADBIGNÉ. 203

Je reviens à la question de savoir si Schiller, dans sa scène de Guillaume Tell, a imité le récit de D'Aubigné dans son ^«'s^o/re universelle. Un préliminaire utile est fourni par une jolie pièce de vers qu'on lit dans ses poésies et qui est intitulée le Gant. J'en donne la traduction, avec le texte en note.

« Devant sa lice aux lions, attendant le spectacle du « combat, le roi François était assis, et autour de lui les « grands de sa couronne, et en cercle sur un haut balcon « les dames en un charmant cordon.

Il Et comme il fait signe avec le doigt, s'ouvre l'ample « ménagerie; et dans l'arène, d'un pas réfléchi, s'avance « un lion; muet, il regarde tout autour de lui, avec un « long bâillement, et secoue sa crinière, et s'étire les mem- « brcs et se couche à terre.

« Et le roi fait un nouveau signe, aussitôt s'ouvre une « seconde porte; à bonds sauvages, un tigre en sort. Dès « qu'il aperçoit le lion, il pousse un rugissement, et bat « de sa queue un rond formidable, et allonge la langue, et « tourne, craintif, autour du lion, avec un murmure de « colère, et puis se couche de côté tout en grondant.

« Et le roi fait un nouveau signe : la loge doublement « ouverte vomit à la fois deux léopards. Ils se lancent, M pleins d'une ardeur belliqueuse, sur le tigre, qui les « saisit avec ses pattes formidables; et le lion, rugissant, « se dresse; le silence se fait: et tout autour, dans cette « arène chaude d'une rage meurtrière, se cantonnent ces « terribles chats.

« A ce moment tombe du balcon le gant d'une main char- « mante, juste au milieu entre le tigre et le lion.

« Et au chevalier Dclorgcs, d'une façon moqueuse, s'a- « dresse madame Cunégonde : « Sire chevalier, si votre « amour est aussi ardent que vous me le jurez à tout mo- « ment, eh bien, ramassez-moi mon gant. »

« Et le chevalier, d'une course rapide, descend dans la « terrible arène; son pas est ferme, et d'entre les monstres « il enlève le gant d'une main hardie.

« Et avec élonnement, avec frisson le voient les cheva- « li<!rs et les nobles dames; lui, calme, rapport»; Ir gaiil. il

n n'est point de bouche où n'éclate sa louange. Mais avec « un tendre regard d'amour, qui lui présage son prochain « bonheur, le reçoit madame Cunégonde. Il lui jette le « gant au visage : « Je ne demande point, madame, de re- « merciement. » Et il la quitte à l'heure même K »

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