‹ Littérature et histoireChapitre 26 sur 78 · SCHILLER ET D'AUBIGNÉ · texte numérisé non relu

SCHILLER ET D'AUBIGNÉ

De ce récit, nous avons l'original dans Brantôme :

« J'ay ouy faire un conte à la cour aux anciens d'une « dame qui cstoit à la cour, maistresse de feu M. de Lorge, « le bonhomme, en ses jeunes ans l'un des vaillants et re- « nommez capitaines des gens de pied de son temps. Elle, « en ayant ouy dire tant de bien de sa vaillance, un jour « que le roy François I'^'' faisoit combattre des lions en sa « cour, voulut faire preuve s'il cstoit tel qu'on luy avoit « fait entendre, et pour ce laissa tomber un de ses gans « dans le parc des lions, estans en leur plus grande furie, « et là-dessus pria M. de Lorge de l'aller quérir, s'il l'ai- « moit tant comme il le disoit. Luy, sans s'estonner, met

Das packt sie mit seinen grimmigen Tatzeii ; Und der Leu mit Gebriill Richtet sich auf, da wird's still, Uad herum im Kreis Von Mordsucht heiss,

Lagern sicli die griiulichcn Katzen.

Da fjllit von des Altans Rand Ein Handscimli von schoncr Hand Zwischen den Tiger und den Leu'n Mitlen hinein.

Und zu Ritler Dclorges spottcnder Weis' Wcndet sicii Fraulein Kunigund :

« Herr Riltcr, ist cure Liel)e so heiss, « Wie ilu' mir's schwurt zu jeder Stund, ft Ei 80 liebt mir don Handscliuli auf. » Und der Rittcr in sciniellem Lauf

Steigt liiuali in diMi furchtbar'n Zwinger Mit fcstem Sclu'itte, Und ans der Ungclicucr Mitte

Nimmt ci- den Handschuli mit kcckcm Fingcr. Und mit Erslauncm und mit Grauen SeliBn's die Ritler und Kdelfrauen,

Und gelassen liringt er den Handscluili zuriick.

Da scliallt ilnn sein Lob aus jedein Muiide. Abcr mit zilrtlielicm Liebesbiick — Er verbeisst ihm sein naiie.s Gliiek — Empfilngt ihn Fi'.ïulein Kuuigunde.

Und er wiift ilu- den Ilandsehub ins Gesiuht :

« Den Daiik, Dante, iiegelu'' icii nicbt, »

Und verliisst aie zur selbcn Stundu.

« sa cappe au poing et l'espée à l'autre maiu, et s'en va « asseurément parmi ces lions recouvrer le gant. En quoy « la fortune luy fut si favorable que, faisant tousjours bonne « mine et monstrant d'une belle assurance la pointe de son « espée aux lions, ils ne l'osèrent attaquer; et, ayant re- « couru le gand, il s'en retourna devers sa maistresse et « luy rendit; en quoy elle et tous les assistants l'en esti- « merent bien fort. Mais on dit que, de beau dépit, M. de « Lorge la quitta pour avoir voulu tirer son passe-temps de « luy et de sa valeur de cette façon. Encores dit on qu'il « luy jetta par beau dépit le gand au nez; car il eust mieux « voulu qu'elle luy eust commandé cent fois d'aller enfoncer « un bataillon de gens de pied, où il s'estoit bien appris « d'y aller, que non de combattre des bestes, dont le com- « bat n'en est guère glorieux i. »

Ainsi, il est de fait que Schiller n'a pas dédaigné de jeter le regard sur nos auteurs du seizième siècle. Le récit raconté par D'Aubigné lui aura-t-il aussi passé sous les yeux ? On aura bien de la peine à en douter, si l'on se représente toutes les ressemblances que les deux scènes, l'historique et la fictive, ont entre elles. Sans doute Schiller n'a pris que le fonds, qu'il a élaboré conformément aux exigences de la situation qu'il créait et des personnages qu'il mettait en mouvement; mais le fonds est tout. Nous avons en parallèle, dans un beau langage, la femme de Coligny et Gertrude, le vieil amiral de France et le paysan suisse. L'histoire a précédé la fiction. Gela, en tout cas, est assuré; et cette priorité suffit atout ce qu'ici j'ai voulu montrer.

1. Vie des dames (jalantes, C<^ discours. Ce récit a été reproduit en abrégé par Saintfoix, Essais sur Paris, t. I, p. 227, Paris, 1776, 7 vol. in-12.

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