‹ Littérature et histoireChapitre 46 sur 78 · Le National, 12 juillet · texte numérisé non relu

Le National, 12 juillet

missionnaire italien, qui vivait dans le dix-septième siècle, et qui possédait une connaissance très-réelle du sanscrit, avait composé en cette langue son Ezourvedam, sans doute pour favoriser la propagation du christianisme parmi les Indiens; et c'était la traduction de cette imitation' qui était parvenue en Europe. Le milieu était bien trompeur à travers lequel Voltaire faisait connaissance avec l'Inde antique; cependant, s'il a commis une erreur, excusable pour son temps, en admettant comme authentique un écrit que l'on sait aujourd'hui n'être qu'un pastiche, il eut assez de pénétration et de clairvoyance pour reconnaître que l'Inde renfermait des trésors scientilîques, et pour les annoncer longtemps d'avance à l'Europe. Ceux qui lisent, dans ses œuvres, des extraits de VEzourvedam, doivent maintenant n'y voir que des citations d'un apocryphe; mais ils ne doivent rien retrancher de l'importance que l'homme de Ferney attacha, avant tout autre, à l'histoire de la presqu'île indienne.

Cette importance n'a pas tardé à être démontrée; et les découvertes faites dans ces régions inexplorées ont largement payé la peine des travailleurs et jeté un jour tout nouveau sur la philologie et l'ethnographie. Les Brahmanes ont témoigné longtemps une répugnance invincible à initier à leur littérature les Européens ; et il ne fallut pas moins que tout l'ascendant que les Anglais avaient obtenu sur eux et sur le corps de la nation, pour les déterminer à en dévoiler les secrets. Lorsque l'empire britannique eut été définitivement constitué dans l'Inde, quelques hommes pleins d'amour pour l'étude et non sans bienveillance pour le peuple vaincu, s'étant mis à rechercher ses mœurs et son histoire, furent, au premier abord, frappés de l'existence d'une langue sacrée, connue dans le pays même sous

le nom de sanscrite (parfaite). Cette langue avait, depuis bien longtemps, cessé d'être vivante; elle était, à l'égard de plusieurs des modernes dialectes de l'Inde, dans le même rapport que le latin, langue morte aussi, est avec l'italien, l'espagnol et le français. Les prêtres instruits en avaient seuls conservé l'intelligence.

La grammaire ayant été étudiée, et la langue ayant été apprise malgré toutes les difficultés que présente le système synthétique adopté par les grammairiens indiens, système si différent de notre analyse, on fut frappé du plus grand étonnement, quand on reconnut que ce sanscrit, cet idiome sacré des Brahmanes, offrait les plus grandes analogies avec le grec, le latin, l'allemand, le])ersan. Ces analogies sont tellementévidentes, qu'il est impossible de nier la consanguinité de tous ces idiomes, et elles offrent en outre ce caractère d'authenticité, d'être d'autant plus considérables et nombreuses, qu'on examine le grec, le latin, l'allemand et le persan dans leurs formes les plus antiques. A mesure qu'on recule plus loin dans le passé de ces idiomes si divers, l'unité d'origine se manifeste davantage; mais le point de partage d'où tout est venu échappe complètement à notre vue; il est placé par delà toutes nos histoires.

Les mots sont des créations de l'esprit humain douées d'une existence plus durable qu'on ne pense peut-être. Ils voyagent bien loin sans éprouver d'altération qui les rende méconnaissables. Tel mot qui est encore vivant sur lès bords de la Seine a retenti jadis à Uome et dans la(îrèce, est écrit dans les livres sacrés des Ijrahmanes, et provient d'une source ignorée.

Kn recherchant les analogies que présentent les grammaires et les mots, on a formé une famille de langues appelées indo-européennes, qui sont le san-

scrit, le persan, le grec, le latin, le celtique, l'allemand et le slave. On voit que ces langues, avec toutes celles qui en sont dérivées, occupent une vaste portion du globe, et comprennent plusieurs des nations les plus éclairées, soit clans les époques passées, soit dans l'époque moderne. Le temps surtout, et aussi l'espace, y ont mis de notables différences. Les Yédas en sanscrit, les livres de Zoroastre en zend, les poëmes bomériques en grec, sont les monuments les plus anciens en langues aryennes, et ceux où. apparaissent le plus visiblement les atïïnités idiomatiques. Ajoutez-y les plus vieux textes latins, et beaucoup plus tard la Bible en gotbique par Ullîlas. Si l'on possédait quel- ([ues lambeaux des poëmes druidiques qui formaient le code religieux des nations celtiques bien avant César, ils seraient certainement d'importants témoignages. Ces documents, malgré leurs lacunes et le gros des langues consanguines, ont donné à la recbercbe scientifique une méthode de comparaison qui fait pénétrer profondément dans les procédés grammaticaux de l'esprit, du moins considérés en une grande famille humaine.

Dans cette famille de langues, plus on les étudie anciennes, plus elles se montrent savantes. Par langue savante j'entends celle qui exprime, à Faide d'inflexions variées, les rapports des mots entre eux et les circonstances de temps, de lieu, de nombre, et qui suit, par un obscur instinct, toutesles lois d'une synthèse subtile. De telles combinaisons sont dites savantes. Elles font défaut, en grande partie du moins, aux idiomes issus du latin. Ceux-ci y suppléent par les particules et les verbes auxiliaires. Ce sont des langues que le génie des peuples, les hommes habiles et le cours des ans ont taçonnées, et qui, grâce à ces longs travaux, ont acquis

la faculté de donner à la pensée de claires, de précises, d'admirables expressions. Mais, sous l'ordonnance nouvelle qui s'est ainsi constituée, on découvre toujours les traces de la décomposition qui s'opéra dans le passage du latin aux idiomes néo-latins. La régularité, l'analogie, la savante grammaire de l'idiome primitif ont été entamées fortement : si bien que les peuples modernes, en dépit de leurs progrès généraux, ont des langues moins régulières que les peuples anciens, et que cette régularité remonte à une antiquité hors de notre portée. Pour une synthèse de ce genre, les hommes de l'époque antique ont été doués d'aptitudes collectives qui s'exercèrent avec puissance. J'ajouterai qu'il fut besoin, en même temps, d'une période de formation, et non d'une période close et étrangère à tout travail générateur. Du moins, c'est ce qu'il est permis de conjecturer, d'après ce qui se passa chez un groupe de ces mêmes Aryens, alors que la décomposition du latin y suscita une période de formation. A ce moment, on vit revenir en usage plusieurs des procédés antiques, et c'est ainsi, par exemple, que se formèrent le futur [j'aimerai^ qui est je aimer -o.i, j ai à aimer), et les adverbes en ent {bonnement, qui est l'adjectif féminin bonne, avec le nom féminin mente, esprit, manière).

On se tromperait beaucoup si l'on pensait que, pour reconnaître les affinités intimes des langues, il sutlît de recueillir quelques mots qui y appartiennent. Cette étude est beaucoup plus diflicile; on ne pénètre pas dans le mécanisme d'un idiome, on n'en découvre pas les lois de formation et les analogies les plus secrètes sans de profondes recherches, et sans avoir vu passer et repasser bien des fois devant les yeux ces éléments si ténus et cependant si importants. A de pareilles investigations, de nombreuses comparaisons sont néces-

326 LITTÉRATCRE ET HISTOIRE.

saires; c'est ce qui a manqué aux anciens. Aussi n'ontils eu aucune idée des rapports des langues. Les affinités, si visibles, du persan et du grec leur ont échappé; à peine si Varron et quelques savants ont reconnu celles qui existent entre le grec et le latin. A la renaissance des études orientales, les liebraïsans, conduits d'ailleurs en cela par les idées bibliques, voulurent retrouver toutes les langues dans l'hébreu. Mais depuis cinquante ans l'horizon philologique s'est immensément agrandi. On a procédé bien plus sûrement, parce qu'on possédait des faits innombrables et, avec eux, les éléments du problème. Il est arrivé là quelque chose de semblable à l'anatomie comparée; une particule, une lettre a suffi pour caractériser avec certitude la généalogie d'un mot, comme une simple saillie osseuse caractérise quelquefois un animal ; et la découverte de l'identité fondamentale du grec, du germain, du persan et du sanscrit a de l'analogie avec la découverte par laquelle Cuvier a restitué les êtres antédiluviens. Toutes deux nous reportent à des époques perdues dans la nuit des temps: l'une nous ramène, par-delà les races humaines, à l'origine des choses vivantes; et l'autre, à l'origine des sociétés aryennes et à la formation de leur langage.

L'ancienne littérature de l'Inde est une des plus riches que l'on connaisse; elle comprend des écritures sacrées (les Védas), un ancien code de lois (les lois de Manou), des poèmes gigantesques plus longs que l'Iliade, un théâtre très-curieux et très-considérable, une multitude d'écrits philosophiques, des grammaires et des dictionnaires d'une grande antiquité, des traités scientifiques, et entre autres des traités d'algèbre. Il faut remarquer que les chiffres que nous appelons arabes ne sont pas originaires de l'Arabie; les Arabes eux-mêmes les appellent chiffres indiens; et

c'est des bords du Gange qu'est venue dans l'Occident cette simple et belle numération décimale dont nous nous servons, et qui a manqué aux grands mathématiciens de la Grèce.

Au milieu de toutes ces richesses, une singularité frappe : c'est que la littérature sanscrite n'a encore offert à la curiosité européenne aucune histoire proprement dite. Les événements des temps passés ou bien sont transformés par les Brahmanes en récits mythologiques, ou bien se perdent et s'évanouissent de la mémoire des hommes. Aussi cette absence de documents historiques laisse les savants européens dans le plus grand doute sur tout ce qui concerne l'antiquité que s'attribuent les Indiens; et quelques critiques, profitant de l'inconsistance de l'histoire indienne de l'Inde, en ont reporté l'origine réelle vers le neuvième ou dixième siècle de l'ère chrétienne. Mais tout s'oppose à ce qu'on adopte une date si moderne. Voici quelques-uns des faits essentiels à cette discussion.

Les Védas, qui sont le livre sacré de l'Inde, en sont aussi le plus ancien monument littéraire. Ils appartiennent indubitablement à une haute antiquité; mais cette anti(|uilé n'est pas datée. Seulement, le système religieux qui y est lié fut l'objet d'une réformalion de la part de Bouddha, dont la date est mise, avec beaucoup de probabilité, par des documents de l'île de Ceylan, au sixième siècle avant Jésus-Christ. Dans tous les cas, un point fixe est donné par un synchronisme certain entre 1« roi Xandracottos (en sanscrit, Chandragupta) et les premiers rois grecs de l'Asie en deçà de rindus, successeurs d'Alexandre. Ils eurent des relations avec lui, et ne transcrivirent pas trop mal son nom en grec. Ce synchronisme est d'une grande inq)ortance. Grâce à lui, on peut déteriiihier la place de plusieurs

puissants princes bouddhistes longtemps avant l'ère chrétienne. Les bouddhistes, après avoir longtemps vécu en paix à côté des Brahmanes, furent expulsés de Flnde à la suite d'une guerre très-sanglante. On manque, il est vrai, de la date précise de ces persécutions religieuses; mais M. Wiison, dans la préface de son dictionnaire sanscrit, a prouvé qu'elles devaient être placées du troisième au septième siècle de l'ère vulgaire, c'est-àdire longtemps avant l'époque où quelques critiques veulent faire descendre les débuts de la civilisation indienne. Dans cette chaîne des temps et en confirmation, on remarquera qu'au deuxième siècle de Père chrétienne le bouddhisme était encore tranquille dans l'Inde; car Porphyre nous en parle à propos d'un ambassadeur indien qui parut à la cour de l'empereur Antonin.

Alexandre ne pénétra pas dans l'Inde proprement dite; mais il en ouvrit la porte, et quelques-uns de ses successeurs eurent des rapports très-suivis avec les Indiens. Mégasthène, ambassadeur de Séleucus, avait résidé plusieurs années à la cour d'un roi puissant sur les bords du Gange, Or, tous les mots indiens conservés par les anciens nous montrent la langue sanscrite aussi bien formée, aussi savamment construite qu'elle l'est aujourd'hui dans les livres. Elle était doue dès lors grammaticalement lixée, ainsi que le prétendent les Indiens.

Cet ensemble de renseignements témoigne qu'à une époque fort ancienne, mais dont il n'est pas possible de fixer exactement les limites, a régné dans l'Inde une culture religieuse et littéraire, fort digne d'intérêt. Le point culminant en répond aux temps des successeurs d'Alexandre jusqu'à l'ère chrétieinie et audelà. Les Indiens reportent l'âge d'or de leur littéra-

ture à un prince nommé Vricamaditya, qu'ils mettent cinquante-six ans avant Jésus-Christ, c'est-à-dire à peu près contemporain d'Auguste. Bien que cette date n'ait pu encore être reconnue irréfragablement par la critique européenne, du moins elle est très-probable; car elle s'accorde parfaitement avec tout le développement, établi d'ailleurs, de la culture indienne.

A la religion, à la langue, à la littérature, se joignent, comme en Egypte, des monuments d'architecture d'un caractère singulier, pour démontrer l'antiquité des arts dans l'Inde. On y trouve un système de construction qui n'a son analogue ni sur les bords du Nil, ni dans la Grèce. Les Indiens, à une époque qu'il est impossible de déterminer, se sont complu à creuser leurs temples dans le roc. On comprend les difficultés d'un pareil travail : temple, statues, colonnes, ornements, toit, pavé, tout est d'un seul bloc. Il a fallu que l'ingénieur chargé de ces étonnants travaux calculât son plan comme le fait un mineur, pour désigner tout ce que le marteau ne devait pas faire sauter, et pour que le plafond de son immense construction ne s'abîmât ])as sur sa tète. Hérodote, revenu de son voyage en Egypte, disait à ses concitoyens assemblés pour entendre la lecture de son histoire ; « Si l'on faisait la « revue et le calcul des constructions de la Grèce, tout ft cela n'équivaudrait ni au travail, ni à la dépense du (( seul labyrinthe égyptien. » 11 en aurait certainement dit autant des grottes d'Ellora ou d'I'^léphantine. Depuis longtemps, les Indiens ne construisent i)lus rien de semblable.

L'étude du sanscrit a fait de très-grands et très-rapides progrès en Occident, l^lle comiile un grand nombre d'adeptes; en raison des allinités avec les langues classiques, elle sortira du cercle de l'érudition proprement

dite, et sera regardée par les hommes qui cultivent les littératures grecque et latine, comme un complément nécessaire. M. Pautlîier a donc été utile, en traduisant en français les excellents Essais de M. Colebrooke. La pliilosophie occupe une très-grande place dans la littérature indienne, et la poésie même en est toute imprégnée. L'intelligence des auteurs sanscrits n'est donc complète qu'à l'aide de l'intelligence des systèmes philosophiques. Or, ces systèmes sont très-nombreux et très-subtils. L'esprit humain a passé, sur les bords du Gange, par les mêmes phases que dans notre Occident : le spiritualisme, le matérialisme, le panthéisme, des catégories semblables à celles d'Aristote, la théorie corpusculaire, tout cela se trouve dans les différentes plîilosopbies de l'Inde. Aussi la publication de M. Pautlîier est d'un grand intérêt pour celui qui, même sans être orientaliste, recherche l'histoire et la fdiation des doctrines philosophiques. La légende grecque fait voyager Pythagore dans l'Inde et en rapporter la transmigration des âmes, transmigration que nous retrouvons encore aujourd'hui dans les livres sanscrits.

Cette ancienne philosophie, cette ancienne langue, qui nous mènent loin en arrière dans l'espace des temps écoulés, viennent seulement de nous être révélées; et toutes les questions sur les rapports et le mouvement des populations antiques, ou ont reçu une clarté nouvelle, ou ont été déplacées. Le système chronologique que l'on suit ordinairement est trop étroit pour qu'en son cadre puissent se ranger des phases et des évolutions si lentes. Le vieil Homère compare les races humaines aux feuilles des forêts que le vent disperse dans l'arrière-saison. Les poètes brahmaniques se complaisent à représenter la vie comme une goutte de rosée qui brille sur une mobile feuille de lotus, et qui se dessèche

en un moment. Combien de ces feuilles, de ces gouttes de rosée, générations perdues dans le gouifre des âges, ont passé, sans laisser de traces, avant le commencement de nos histoires! Et cependant ce passé n'est pas sans limites; car il fut un temps où la terre, imprégnée d'une grande chaleur, ne pouvait nourrir d'animaux ; il fut un autre temps où elle portait des palœothériums ou de gigantesques sauriens, qui n'ont jamais été les compagnons de l'homme. C'est après ces divers enfantements qu'il faut placer la naissance des sociétés humaines et la formation de leurs langages.

Depuis l'invasion musulmane, dans le dixième siècle, l'Inde n'a plus fait que déchoir; et, quoique conservant toujours ses mœurs et sa religion, elle a vu ses villes et ses champs occupés tour à tour par les musulmans et les chrétiens. Aujourd'hui les Anglais y régnent; étrangers, ils exploitent l'Inde à leur protit. Cependant leur empire, depuis qu'il est consolidé et incontesté, a des avantages pour les Indiens; et ces avantages dépassent même, pour le moment, les inconvénients de l'occupation étrangère. Ayant abattu tous les princes indigènes, qui guerroyaient sans cesse entre eux, ils font régner dans la presqu'île entière une tranquillilé qui y était bien rare jadis. Pline, admirant une pareille tranquillité donnée par Rome aux provinces conquises, vantait, en son éloquent langage, l'immense majesté de la paix romaine.

Dans un espace presque aussi grand que l'empire des Césars, les Anglais ont établi cette même paix, et, avec elle, ils ont introduit un ordre plus régulier, une justice moins capricieuse et plus de respect pour la vie des hommes qu'on n'en trouve sous le régime des monarques orientaux. Les idées de la civilisation européenne ont jjénétré avec eux; les sacrilices des femmes

332 hlTTERATURE ET HISTOIRE.

veuves ont cessé presque partout; une excellente armée indigène a été formée, et les Indiens commencent à sortir de leur longue immobilité. Toutes ces choses préparent un grand avenir à l'Inde et à la nation indienne. Elle est trop nombreuse et trop compacte pour que la population anglaise puisse la supplanter, comme elle a supplanté les sauvages dans l'Amérique du Nord. La religion chrétienne n'y fait pas, non plus, de prosélytes, de sorte que c'est seulement la civilisation européenne qui s'y infiltre; et cette infiltration commence à devenir rapide. En même temps, les Anglais font tout ce qu'ils peuvent pour consolider et agrandir leur empire. On a annoncé dernièrement qu'ils venaient d'acquérir la grande île de Socotora, position importante pour le commerce avec l'Afrique et la mer P.ouge. D'un autre côté, ils ont fondé, il y a une quinzaine d'années, dans le golfe d'Amherst, sur l'emplacement d'une an* cienne ville siamoise, un établissement auquel ils attachent une grande importance, et qui prend de rapides développements: c'est Amhersl-Town, sur la Salouine, grand (leuve navigable pour les bâtiments de 400 tonneaux; ajoutons Moalmyiie, située sur le même lleuve, au confluent de trois rivières, et vingt-cinq milles plus haut. Ces noms sont encore bien peu connus en Europe, mais ils le deviendront beaucoup; car les Anglais ont choisi un pays fertile, un beau fleuve et un emplacement admirable; et ce n'est pas en vain qu'ils ont pris une position si avancée du côté de l'Orient.

Ainsi, pendant que l'Inde moderne est, pour les Anglais, l'objet d'une ardente ambition et le théâtre d'un vaste empire, l'Inde ancienne n'excite pas, chez les érudits, de moindres convoitises, et n'ouvre pas un moindre champ à leurs conquêtes. Une langue qui, à la surprise universelle, se trouve être la sœur des langues

classiques de l'Occident; le brahmanisme, qui, avec ses Védas, touche à des formes primordiales de polythéisme et de religion élémentaire; le bouddhisme, qui, venu en réformateur, a aussi ses livres sacrés et ses légendes; une littérature riche en compositions très-diverses et non sans de belles parties; une histoire tout entière à établir, malgré l'absence d'annales régulières et malgré les lacunes de l'esprit indien en ce domaine: voilà quelques-unes des visées de l'érudition, à mesure qu'elle s'empare de l'Inde. L'invasion est vigoureusement commencée, et les obstacles qui lui sont opposés ne résisteront pas aux armes perfectionnées dont elle dispose, c'est-à-dire une critique vigilante, toujours appuyée sur les textes et sur la comparaison.

I^'TRODUCTION A L'HISTOIRE

PAR

Page 1