‹ Littérature et histoireChapitre 58 sur 78 · RÉSIGNATION · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION

Je tus aussi, je fus pasteur en l'Arcadie; Et la nature, ;i mon berceau, Me promit des plaisirs pour cette courte vie; Je fus aussi, je fus pasteur en l'Arcadie,

Et dans les pleurs je descends au tombeau.

Les ans n'ont qu'une fois des roses printanières; Et les ans n'en ont plus pour moi.

L'irrésistible dieu, pleurez, pleurez, mes frères^ A renversé ma torche; et les ombres légères Fuient çans retour et me manquent» de foi.

Je suis déjà voisin de la borne dernière, 0 redoutable éternité; Le plein pouvoir ([ue j'eus au bonheur sur lu terre. Je le le rends; du sceau, vois, l'empreinte est entière Je ne sais rien de la félicité.

A ton trône aujourd'hui j'apporte ma soulfrance, Juge voilé, juge lointain.

Sur la terre c'était le bruit et l'espérance, Que tu tenais en main l'équitable balance Qui des mortels compensait le destin.

Là, dit-on, des terreurs attendent le coupable; Et le juste sera bénit.

Tu sonderas des cœurs l'abîme impénétrable, Du monde expliqueras l'énigme redoutable, Et tiendras compte à celui qui souffrit.

C'est là que trouve enfin l'exilé sa patrie, Son foyer le déshérité.

De peu d'hommes connue, et de bien moins suivie, Une fille des dieux allait guidant ma vie; On me disait : k Son nom est Vérité.

« Tout te sera payé par delà cette terre, « Tout... Donne-moi tes jeunes ans.

« il faut dans ma promesse avoir croyance entière. » J'eus foi dans la promesse et dans une autre terre, Et je donnai ce qu'avait mon printemps.

« Donne, donne la femme, objet de ta tendresse, « Le plus aimé de tous tes biens; « Tes pleurs seront comptés : va, crois-en la promesse. » De mon cœur déchiré j'arrachai ma maîtresse. En sanglotant je rompis mes liens.

« Ton billet est payable à la tombe lointaine, « Me dit le monde en ricanant.

« Ah ! vendue aux tyrans pour forger notre chaîne, <c La menteuse qu'elle est te donne une ombre vaine. « Où seras-tu, l'échéance venant? »

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