SCHILLER : RESIGNATION
Autour de moi sifflaient des langues de vipère : « Quoi ! devant de vieilles erreurs « Tu trembles, faible esprit I tes dieux, dans leur mystère , « Que sont-ils qu'un emprunt de la terre à la terre, « D'un monde entant provisoires tuteurs?
« Qu'est donc cet avenir que la tombe recèle, « Et ton grand mot d'éternité?
« Un prestige pompeux sans substance réelle, « Un spectre que grossit un miroir infidèle,
« Crainte ou remords en un cœur tourmenté ;
« De la vie et du temps une menteuse image, « Une momie, en vérité, (1 Que la main de l'espoir, alchimiste peu sage, « Embaume dans le fond du tombeau de chaque âge, « Voilà, rêveur, ton immortalité!
« Interroge la mort... Ah! pour de l'espérance « Tu délaissas des biens certains; « La mort a six mille ans maintenu son silence; « Jamais, pour annoncer le juge et sa balance, « Vint-il un mort des antres souterrains? »
Je vis le temps, coulant vers la lointaine rive, Faner sans retour à mes yeux Ce qui s'était paré d'une fleur fugitive; Aucun mort ne rompit le ban qui le captive; Et moi j'eus foi dans le serment des dieux.
De tout, juge éternel, je t'ai fait sacrifice; Je me prosterne devant toi ; Du monde j'ai bravé le rire et le caprice; /
Je n'ai connu jamais que ta haute justice, Tiens ta parole et récompense-moi.
« J'aime d'un même amour, répondit un génie, « Tous mes fils, sans en préférer.
« Écoutez, ô mortels... Deux fleurs dignes d'envie « Fleurissent à la fois dans le champ de la vie : (( Jouir est l'une, et l'autre est espérer.
« 0 toi qui cueilleras l'une de ces deux roses, « Laisse l'autre sœur sagement.
« Pour le même jamais on ne les vit écloses. « C'est l'histoire du monde; et le monde et ses choses « Ont en l'histoire un juste jugement.
« L'espoir qui te charmait, voilà ta récompense; « Ton bonheur était dans ta foi.
« Tes sages l'avaient dit en leur vieille sentence : « Aucune éternité ne rend à l'existence
« Ce qu'on rejette, au moment, loin de soi. »