‹ Littérature et histoireChapitre 67 sur 78 · LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

LA LUMIÈRE

L'homme orgueilleux et vain a dit dans son enfance « Pour ma terre et pour moi réternelle puissance

« A créé mon soleil ; « De mon noble séjour cet azur est la voûte ; « Et ces astres lointains, dans leur nocturne route,

a Éclairent mon sommeil.

a C'est pour moi qu'au matin la splendide lumière, « Rasant d'un trait de feu sa terrestre barrière,

« Vient commencer le jour ; « C'est pour moi qu'elle vient égayer la nature, a Et des êtres divers, perdus en l'ombre obscure,

« Colorer le contour. »

Mais le brillant rayon, qui nage dans l'espace, Jusqu'à ses faibles yeux arrive, arrive et passe ;

11 poursuit son élan :

11 n'a pas accompli sa course; et d'autres terres Attendent dans leur coin, planètes solitaires,

Son flot étincelaul.

D'un monde toujours jeune éternelle parure, Riche et brillant manteau de la belle nature,

0 mère des couleurs, Force toujours vivante, ondoyante lumière, Jetant sur le tapis de l'inerte matière,

Comme en un pré, tes fleurs,

Depuis quand, élancée aux déserts sans limites, Pour les mondes flottants et leurs vastes orbites,

As-tu pris ton essor ?

Depuis quand, secouant ta robe matinale, Sèmes-tu chaque jour ta marche triomphale

Et de perles et d'or ?

L'univers tout entier est ta vaste carrière.

Tu promènes au loin, sans trouver de barrière.

Tes flots aventureux; Et les mondes semés dans l'océan du vide, Écueils étincelants de ta vague rapide,

Réfléchissent tes feux.

Ton rayon, dédaignant l'abîme et la distance. Révèle à nos regards la lointaine existence

Des soleils radieux ; Sur notre île flottante invisibles atomes. Nous volons sur sa trace aux immenses royaumes

Qui s'ouvrent à nos yeux.

Mais ta flamme n'est pas si promptement passée, Qu'elle puisse échapper à l'œil de la pensée ;

L'homme a compté tes pas.

Il trace dans les cieux ta marche vagabonde, Et, calculant ta fiiite aux limites du monde. Te soumet au compas.

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