‹ Littérature et voyagesChapitre 23 sur 53 · HERMANN · texte numérisé non relu

HERMANN

Je voudrais que la bourgmaîtrîse fût au diable. Veux- tu être bourgmestre à ma place ?

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Certainement la gradation de cet embarras et l'espèce de désespoir par lequel il se termine sont d'un comique très-franc et très- vif.

Mais le pauvre politique n'est pas au bout de ses peines. Deux interminables pétitions dans des sens opposés sur lesquelles il faut qu'il prononce, une révolte de matelots à réprimer^ et mille autres difficultés qui se présentent, finissent par lui faire perdre entièrement la tête ; il veut déposer cette charge fatale , on refuse sa démission. Alors sa fureur est à son comble , il s'en prend à son domestique. — « Henry, s'écrie-t-il ,• ne peux-tu m'aidera rien arranger, stupide animal 1 voyons, fais>moi voir clair dans mes affaires ou je t'assom- ' me. » Parvenu à ce point de désolation, on conçoit qu'il est le plus heureux des hommes en appre* nant qu'il a été mystifié, qu'il ^n'est point bourgmestre ; enchanté d'en être quitte^ il se trouve guéri radicalement de la politique et retourne à ses pots d'étain.

Jean de France est un jeune sot qui est venu à^ Paris oublier le danois sans apprendre le français, et qui apporte^ au sein des vieilles mœurs bourgeoises et patriarchales de Copenhague, une ridicule imitation des manières dégagées de Paris et des airs impudens de la régence.

Une scène véritablement forte est celle où Jean, qui a désappris dans ses voyages le préjugé du respect filial , force sa vieille mère à danser un

menuet avec lai. Son père commence par rire sons cape de cette mésaventure de sa moitié , qui , toujours en extase devant les travers de son fils, lui en semble justement victime. Mais son tour vient, et Jean le contraint de chanter pendant qu'il danse avec sa vieille mère. Le bonhomme veut résister ; son fils que la frivolité a endurci , jnre, s'emporte, tempête; il faut lui céder. Ces deux vieillards contraints de se rendre ridicules pour complaire à l'extravagance de leur fils , ce père âgé chantant un air lamentable pour accompagner ces cabrioles impies , la maternité dégradée par la faiblesse , les pleurs paternels coulant au milieu d'une scène grotesque , tout cela est d'une bouffonnerie forte et sérieuse , on pourrait presque dire pathétique et morale.

* Holberg a traité le sujet du Dormeur éveillé , si souvent mis en scène , mais rajeuni cette fois par la peinture originale du caractère d'un paysan j'utlandais qui est le héros, de la pièce. L'affranchissement des serfs dans cette province a été très-tardif, et jusque-là leur condition était fort rude. On sent la servitude dans la nature du pauvre Jeppe, paresseux , lâche , sensuel , brutalement insolent et presque féroce, dès qu'il a le pouvoir. Il y a quelque chose de bestial ,'quelque chose qui rappelle le Galiban de Shakespeare dans la manière dont ilendure les coups et les outrages de sa femme, dans son penchant à l'eau de vie qu'il aime

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comme an sauvage. Sa terrible moitié Ta cbargé d'un achat à la TÎlle prochaine; il faudra qu'il rende compte de chaque schelling , et sll en manque un seul , inaitre Eric ( c'est marti a bâton ) fera son office ; mais le pauvre diable ne peut résister, en passant devant le cabaret, à la tentation de boire pour un schelling. Il veut ensuite continuer sa route , mais quand il a fait quelques pas, il s'ar-* réte et s'écrie : > Ah ! si j'osais boire encore un schelling d'eau-de-vie, ah ! si j'osais boire encore pour un schelling! je crois que je vas le faire. — Non , il en adviendrait malheur. Si je pouvais une fois perdre de vue le cabaret ^ je me sentirais bien à l'aise , mais ici il me semble que quelqu'un me retient par derrière. — AUofcsj'y retourne. Qu'est cela ? Que fais-tu , Jeppe ? Je vois ma femme qui se tient devant moi sur le chemin avec maître Eric dans les mains; il me faut rebrousser chemin. — Ah ! si j'osais boire encore pour un schelling ! mon estomac dit : vas-y ! mon dos dit : n'y vas pas ! Qui faut'jl croire , mon estomac n'est-il pas plus que mon dos ? il me semble bien ainsi , frapperaisje? Eh! eh! Jacques, sors Ah! mais ma diablesse de femme me revient à l'esprit ! Si elle voulait me frapper de manière que les os du dos ne me fissent pas mal, je m'en moquerais, mais elle frappe d'une force.... ah! Dieu, aie pitié de moi, chétif! Que dois-je faire ? Allons, force nature, Jeppe ; n'est-ce pas une honte que tu t'exposes à un

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malheur pour un chien de verre d'eau-de-yie ?.... Non y cette fois-ci il n'en sera rten. Allons, en avant. — Ah ! si j'osais hoire encore pour un schelling ! Mon mal est d'en avoir tâté , maintenant je ne puis partir; allons^ mes jambes... que le diable vous casse , si vous na voulez marcher. Les canailles ne veulent pas avancer. Elles veulent retourner au cabaret ; mes membres sont en guerre : mon estomac et mes jambes veulent aller au cabaret , et mon dos à la ville. Marcherez- vous , chiennes! bêtes! brutes ! que le diable les emporte, elles veulent retourner au cabaret ; j'ai plus de peine à emmener mes jambes du cabaret , qu'à faire sortir ma jument pie de l'écurie. Ah! si j'osais boire encore rien que pour un schelling ! Qui sait si Jacques ne voudra pas me faire crédit pour un schelling ou deux , si je l'en priç bien ? Eh ! Jacques , encore un verre d'eau-de-vie pour deux schellings. »

L'irrésistible tentation à laquelle il finit par céder , l'entraîne à boire pour tout l'argent que sa femme lui a confié , jusqu'à ce qu'il tombe ivremort.

Sans cet état , un seigneur qui survient le fait prendre et transporter dans son château , placer sur son propre lit , magnifiquement habillé. Je passe sur la surprise qu'il éprouve à son réveil , c'est le côté inévitable et banal du sujet ; ce qui est propre au personnage d'Holberg , c'est le dé-

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ploiement d'une nature basse , avide et vicieuse. Dès qu'il est revenu du premier étonnement où l'avait jeté sa nouvelle condition, il voit un anneau au doigt de son secrétaire. — Où as-tu pris cet anneau ?

LE SECRÂTAIHE.

Monseigneur me l'a donné lui-même.

JEPPB.

Je ne m'en souviens pas. Rends-le-moi , je dois te l'avoir donné quand j'étais ivre , on ne donne pas de tels anneaux. Je veux visiter les autres choses que vous avez reçues. Les domestiques ne doivent avoir que les gages et la nourriture , je puis jurer que je ne me souviens pas de vous avoir rien donné. ( A part. ) Car pourquoi le ferais-je ? Un anneau qui vaut plus de 10 écus ! Non , non , mes bons aibis , pas de cela , pas de cela.... Faites attention à ce que je dis , et que mes paroles vous servent d'avertissement : ce que je vous ai donné le soir , quand je suis itre , il faut me le rendre le lendemain matin. Quand les domestiques gagnent plus qu'ils ne peuvent manger, ils deviennent insolens et se moquent de leurs maitres. — De combien est ton gage.

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