‹ Littérature et voyagesChapitre 34 sur 53 · LITTÉRATURES SLAVES, BOHÊME · texte numérisé non relu

LITTÉRATURES SLAVES, BOHÊME

iÇbtotre natbnalf»

C'est une chose remarquable que la Bohème au milieu de rAllemagne , que cette population slave subsistant au sein des populations germaniques. Il faut qu'il y ait eu dans ce peuple une grande énergie de vitalité nationale , pour qu'il n'ait pas été absorbé par la civilisation étrangère qui le presse de toutes parts , et qui ,.dans tout le reste de l'Allemagne , a triomphé. LeMecklenbourg, la Poméranie , le Brandebourg , la Silésie , une partie de la Saxe , ont été possédés par des peuples slaves ; des slaves ont fondé et nommé Dresde et Berlin. Mais ces pays sont tous devenus allemands : il n'est resté de traces de l'ancienne langue que dans les noms de lieux ; les souvenirs nationaux ont péri avec la langue. £n Biohéme , au contraire ,

fllSTOIRE HATIOUAIE. 77

lalaiigae est restée ; tous les gens lettrés la savent ; souvent les gens du peuple n'en savent pas d'autres ; même à Prague , dans une grande ville au cœur de Fallemagne , sur le chemin de Dresde à Vienne , on est tout étonné de rencontrer dans les rues des gens dont on se ferait mieux entendre en russe qu*en allemand ; et , si on ne sait demander son chemin qu'en cette langue , on risque de ne pas le trouver sans peinei La Bohême a produit une littérature écrite, dont l'histoire forme un ouvrage considérable, une poésie populaire dont la richesse se renouvelle incessamment. Il y a à l'Université de Prague, un cours de littérature indigène qui se fait dans l'idiome du p^ys ; une fois par semaine, on donne sur le théâtre de cette ville une représentation en langue bohème. Cette langue a été robj et de persécutions bien opposées: tantôt c'étaient les jésuites qui allaient dans les villages , brûlant à causé d'elle les livres nationaux ; tantôt c'était Joseph II , qui , par un désir tyrannique de civilisation mal entendue , en proscrivait impitoyablement l'usage. Maintenant le gouvernement , plus sage en ce point , en exige la connaissance des employés de l'administration et de la justice. Les sa vans et les littérateurs , par un louable sentiment de patriotisme, s'appliquent à en conserver les monumens; A la tête des travaux entrepris dans ce but , il faut compter ceux de la Soeiéié du Muséum national. Le l^*" janvier 1827»

7S LITTÊRAT1JRES SlikTKS , BOBÈXE.*

elle a commeuo^ la publication de deux joorBaux littéraires : l'un , en langue bohème , et paraissant tous les trois mois ; l'autre , en allemand , Xorme une publication mensuelle.

« La tendance de ces journaux , disent les ré^

» dacteurs , doit être une tendance toute patrio- » tique ; tout ce qui peut' intéresser les Bobines, » cojume Bohême , doit s'y trouver exprimé avec » liberté et sagesse. Cette feuille , s'il est possible, > doit être une feuille vrainient nationale. » Le Journal de la Société du Muséum national contient donc : 1 ** des recherches sur l'histoire de la Bobême, des publications , des discussions de tous les genres de monumens concernant cette histoire ; â° des observations sur l'histoire naturelle du pays ; â° des échantillons de poésies nationales. Nous dirons d'abord un mot de la partie historique de ee recueil : les poésies nationales de la Bohême viendront ensuite.

On remarque dans les premiers numéros de ce recueil, plusieurs morceaux traduits de l'ancienne langue bohème, et qui éclaircissent quelques points des annales du pays , entre autres V Abrégé d'une Chronique contemporaine du siège de Prague, par les Suédois, en 1648 , où les événemens de ce «iége mémorable sont racontés , heure par heure , par un témoin oculaire. Un morceau fort curieux est l'extrait du Journal de Voyage des eneoyéa de Georges, roi de Bohême, è Louis XL Ce Geoi^g^

BfSTOIKE RATIOITAIK. 79

aTsnt en )a pensée ; fort extraordinaire ponr son temps, d'une espèce de haut tribunal , formé par les différens monarques de l'Europe , devant lequel chacun d'eux pourrait pt^rter sa plainte , soit contre les aggressions des autres souverains, «oit contre les prétentions de ses propres sujets , et , ce qui me semble surtout avoir ocôupé Georges, contre celle de l'Eglise. Il voulait que Louis XI se mît à la tête de cette confédération. Le récit naïf des bons envoyés bohèmes montre au lecteur, beaucoup plus clairement qu'ils ne l'ont vu euxmêmes , l'âme tortueuse de Louis XL Après les avoir tracassés quelque temps , il finit par les éconduire en homme dont la politique ne tendait pas précisément à établir la paix entre les puissances de l'Europe. La peinture des dangers et des obstacles , à travers lesquels ils exécutent ce voyage , maintenant si facile , retrace vivement l'état de ia civilisation à cette époque. Les guets-apens auxquels ils échappent à grand'peine, l'hospitalité un peu chanceuse de laquelle ils dépendent , la manière dont ils sont parfois rançonnés et la naïve humeur qu'ils en témoignent , font voir comme on respectait alors le droit des gens et le caractère sacré d'ambassadeur :

« Le mercredi après sainte Sophie ( le 16 mai ) » à la treizième heure (l'heure italienne) , nous » partîmes de Prague , et par Beraun et Tilsen * nous fûmes gagner Tachau , où nous passâmes

SO LITTÉRATIJRJES SJUVES^ BOHÈME.

vie jour d& Pâques chez le sire de Burian. Les » moines de Yaldsassen nous reçurent avec beau- > coup d'hospitalité. Un demi mille avant le cou- » vent , nous rencontrâmes un gros de Croisés al- » lemands qui s'en allaient guerroyer contre les j» Turcs payons, A Wunsiedel , ville du margrave a de Brandebourg , on nous regarda de travers : » on y garde les halles d'arquebuse que les Bohé- • mes ont autrefois jetées dans la ville ( dans la B guerre des Hussites), et qui sont suspendues à

> des chaînes dans Téglise comme des reliques. » Sur notre route de là à Baireuth , nous déjen- » nâraes à Fars , où un prêtre nous vendit le vin , » la hière , le pain , le foin à la livre et fort cher ; B de sorte qu'il nous fallut payer deux ducats de » Hongrie. Notre septième coucher fut à Graefeu-

> berg , petite ville démantelée que deux bour- » geois de Nuremberg tiennent en fief de la cou- » ronne de Bohême. A Nuremberg , on nous fit » présent de douze brocs de vin de France^ d'Ita- » lie , et autres ; on nous montra la ville et le » château. Un prêtre traversait le marché avec le » corps du seigneur , et personne ne le suivait ; » dans la même rue chevauchait un homme qui » voulait représenter saint Urbain , dont c'était la 9 fête. Hommes et femmes le suivaient en foule > avec un drapeau y et personne ne faisait attention » au prêtre et ne ployait le genou ; mais on buvait j» à force dans les auberges. A Anspach, où le

BISTOIHE NATIONALB. 81

margrave de Brandebourg tenait sa cour, nous dînâmes à la table du prince. Le seigneur Kotska et Antonio (les autres envoyés) montèrent à cheval avec. le margrave pour aller à la chasse. Il nous mena aussi dans les appartemens de sa femme , ce qu'il ne fait pas pour tout le monde. Le margrave nous donna une escorte pour nous conduire jusqu'à Stuttgard, chez le comte de Wurtemberg. Là, beaucoup de belles femmes et jeunes filles nous invitèrent à les visiter. D'autres vinrent avec des ceintures et des bourses qu'elles offraient de nous vendre^ si bien que le sire de Bawer regrettait d'être marié. Nous obtînmes une escorte pour aller jusqu'à Pforzheim , d'où nous partîmes pour Baden , où nous arrivâmes le S juin. Le margrave nous envoya du vin et du gibier , et nous invita le jour suivant à sa table , où lui et la margrave , sœur de l'empereur (Frédéric IV) , nous firent beaucoup d'honneurs. Nous nous baignâmes dans les eaux thermales , et nos compagnons dansèrent avec la princesse et ses filles , et au coup de Y Ave Maria, tous se mettaient à genoux, chacun avec sa danseuse.

» De là , avec notre escorte et une recommandation du margrave , nous allâmes à Strasbourg , où les fiers seigneurs de la ville (die Stolzen Stadu-Herren) nous souhaitèrent la bien-venue, et s'informèrent de la santé de notre gracieux a. 8

BS LITTÉRATtmtS SIÂTIS , «tttn«

» roi et seigneor ; et ils dirent ao sire Kotslca que » nous ne pouirions aller pins loin sans danger ,

• soit que nous voulussions descendre le Rhin

• jusqu'à Cologne, soit que nous voulussions le » remonter ; et ils nous offrirent cinquante ou » cent cavaliers , qui devaient nous escorter dans

• les passages périlleux. Ils nous donnèrent avis » surtout du comte Jean d'Eresburg , qui , comme

• lious rapprîmes depuis à Constance , nous guet-

> tait dans les montagnes. Mais , grâce à notre » prudence , il ne put nous prendre. »

Enfin les envoyés atteignirent , le 22 juin , le roi à,^Saint-Pol. Il leur assigna une audience à Abbeirtlle, où il devait se trouver, au plus tard , le mercredi 27.

« Il n'y fut que le 10 juillet, dit le même narra-

> teur et il n'a jamais rien faif de ce qu'il nous « avait annoncé , comme aussi sa promesse de

■ nous expédier en six jours , qu'il n'a point té- 9 nue. » En attendant cette audiei^ce , la discussion s'était établie vivement entre les envoyés de Bobéme et le cbancelier du roi. Celui-ci disait :

■ Que le roi de Bobéme ne pouvait rien faire sans

• l'assentiment du pape et de l'empereur. » A quoi le sire Kotska répondit : « Certes nous prenons en » considération ce qui est dû au Saint-Père et à la 9 majesté impériale ; mais il est étonnant , ajoutait- » il , qu'il vous soit désagréable à vous autres

• prélats que nous , laïcs , nous fassions quelque

BISTOIIS lIAXIOIfALs/ tS

» chose de bon par ]ioii«-inémes ; tout devrait se » faire par TOtre pouvoir et votre influence , et 9 vous seigneurs spirituels il faut que vous vous » mêliez de toutes les choses temporelles! »

Le roi reçut les ambassadeurs , parla de son attachement au roi de Bohême, 'puis suscita des lenteurs , les chicana sur les formes de leurs lettres de créance , sur le titre de duc de Luxembourg que prenait leur souverain , et enfin ^ après avoir été encore quelque temps promenés d'un lieu à un autre, ils retournèrent chez eux sans avoir rien obtenu.

La traduction et la publication de cette pièce est due , ainsi qu'un grand morceau d'histoire sur le grand interrègne de Bohême (de lAZdà 1-458), qui mériterait d'être traduit dans son entier , à M. f . Palacky , jeune homme plein de talent , qui se voue avec un grand zèle à la recherche et à l'examen des sources d'où peut sortir une histoire de Bohême : il voit dans cette histoire une lutte continuelle des Bohèmes pour conserver, au milieu des populations étrangères qui les environnent , leur individualité nationale (Bœhmisch-^ thum ). Selon lui , la question pour la race bohème dans la guerre desHussites , dans les guerres de la réformation , était une question d'existence. L'histoire politique de la Bohême présente aussi plusieurs particularités remarquables , comme rittiportance très-ancienne du tieirs^état. Là , la

84 LITTÉBATVBBS SLAVES, BOHÈIS.

féodalité semble n'avoir jamais été oppressive. Si haat qu'on remonte , on trouve les bourgeois des villes formant un ordre indépendant et représenté. A aucune époque , au contraire , le clergé ne forme un ordre distinct et les évêques ne jouissent d'aucun droit politique. Au commencement du seizième siècle (c'est toujours M. Palacky qui parle ) , les quatre onzièmes des terres sont dans des mains non aristocratiques. Enfin , les souvenirs de la guerre de trente ans sont vivans à Prague : on montre encore aujourd'hui dans la ca-* thédrale un boulet que les Suédois y ont lancé , et^ de la ville, on aperçoit la montagne blanche (Weissenberg) , où était le camp deWallenstein. Il sufi&t d'avoir vu Prague avec son immense enceinte, trop vaste pour sa population d'aujourd'hui , ses larges rues bordées de palais , ses vieilles églises, les deux villes qui la composent, et qui plusieurs fois se sont fait la guerre au moyen âge , pour comprendre qu'il y a eu là un passé mémorable. En regardant , des hauteurs qtii la dominent , cette double cité, cette foule de dômes qui lui donnent quelque chose de l'aspect majestueux et monumental de Rome , ce beau pont couvert de statues , jeté sur un fleuve sauvage , tout cet appareil d'une gi:andeur déchue dont les traces sont partout, on ne peut se défendre de partager l'intérêt qui attache les savans bohèmes à leurs souvenirs nationaux et anime leur

HISTOWS HATIORAUS.

éradition d'un zèle patriotique. La lecture de quelques vieux chants indigènes qu'ils ont publiés justifie encore mieux cet intérêt.

85 LITTÉHATORIS SLAVES , BOHÈIB.

^omt& natt0nate0.

Le caraclère propre aux nations slaves les distingue d'une manière frappante de toutes les autres. Intermédiaire en quelque sorte entre les peuples du Midi et les peuples du Nord , cette race semble tenir aux uns par le climat , aux autres par lés dispositions naturelles et le tempérament. Les Slaves n'ont rien de ce flegme septentrional qu'on retrouve à différons degrés chez toutes les nations Scandinaves et germaniques ; elles ont aussi en général plus de finesse et peutêtre moins de candeur. Un sang plus vif , plus chaud, plus léger, coule dans leurs veines. Ce sont véritablement des méridionaux égarés au Nord. Rien n'est plus délié et plus brillant qu'un Polonais , et ceux qui ont été à Moskow savent que la population y est presque aussi animée , et qu'il s'y fait presque autant de bruit dans les rues

poisiEs srAnoifAi.Bs. sr

qa*à Naplea. U n'y a pas trop long-temps qu'on a commencé à s'occuper sérieusement des langues et des littératures slaves. Ces belles langues, dont la parenté avec le sanscrit est maintenant reconnue, paraissent se rapprocher à quelques égards, plus même que le grec, de ce magnifique idiome. Si l'abondance de leurs formes les recommande à l'attention du philologue, elles ne sont pas moins dignes , sous le rapport littéraire , d'exciter vivement l'attention de ceux qui se plaisent à l'étude des poésies populaires. £n effet , chaque branche de la famille des langues slaves est riche en poésies de ce genre. Les plus connues jusqu'ici, et à ce qu'il paraît les plus belles de toutes , sont les Chant serbes. Les Russes possèdent aussi de fort anciennes poésies nationales , dont quelques unes remontent, dit-on , jusqu'au temps des grandes invasions des Barbares ; et chaque jour il s'en compose de fort belles, témoin le fameux chant de milice [Landwherlied). A Prague, centre intéressant de la culture slave , on a pu- . blié récemment des collections de chants popu • laires polonais, moraviens , slowaques. U y a aussi, sans compter la Gusla, des recueils de chants illyriques. Bans toutes ces poésies , aussi bien dans celles qui sont nées sous une latitude plus boréale , que dans celles qui ont vu le jour sous un ciel plus doux , on retrouve le même ca- . ractère de vivacité , de chaleur, de passion ,, sou*

88 LITTttATlIlBS 81ATS8, BOBÊKE.

-vent iinehardiesse et une imagination tout orientale , pareille à celle qu'on rencontre çà et là dans les chants de la Grèce moderne , qu'a fait oonnaitre le trarail si accompli de M; Faurieh

La Bohême a aussi ses chants populaires. Pour en recueillir un grand nombre , il suffirait de se promener pendant Tété dans les rues de Prague , où les gens delà campagne les chantent dès l'aube du jour. L'instinct musical , uniyersellement répandu parmi les Bohèmes , y perpétue et y renouvelle sans cesse la poésie populaire. Mais , si nous en croyons le témoignage d'un savant du pays qui semble du reste zélé pourra gloire {Ani. Mûller, Monatschrift der ges. des vaL mus. , 1827, A«g, P. 72 ), cette poésie n'est pas aujourd'hui ce qu'elle fttt en Bohême , ce qu'elle est encore chez d'autres peuples slaves ; le moment de sa fleur est passé. Heureusement un monument plus ancien permet de juger de ce qu'elle a été autrefois. M. le bibliothécaire Hanka a publié enl819(l) une collection de poèmes dans l'ancienne langue bohème j assez différente, à ce qu'il paraît , de la langue actuelle. Cette publication du texte original est accompagnée d'une traduction en langue bohème moderne et d'une version allemande, qui me permettra de faire connaître quelque chose de ces

(i) Uae auU« cdilion a para en 1839.

MfiSIES IfATIOIlALBS. »»

poésies aux lecteurs français. Le fragment du manuscrit qui les contenait a été trouvé dans le couTent de Kœniginhof , sous un amas de vieux papiers. Sa date paraît tomber entre 1290 en 1310^ mais la plupart des morceaux qu'il renferme sont éyid^ment plus anciens. Il en est un , entre autres , le plus remarquable de tous , qui remonte certainement à un temps payen. Son sujet est la résistance des héros bohèmes à des conquérans chrétiens, probablement à des Francs. Ce chant a un caractère sauvage et fier : on y sent un emportement de haine et de valeur qui va bien à une pareille époque. Les autres offrent le même caractère; seulement il est moins prononcé. Un échantillon de ce poème servira donc à donner une idée de tous. Je vais en extraire les parties les plus saillantes.

Ici commence le récit d'un grand combat :

« Au dessus d'un bois noir s'élève un rocher ; sur le rocher monte le fort Zaboj. Il regarde le pays autour de lui de tous côtés; et, à l'aspect du pays , il est rempli de douleur. Il soupire comme si des colombes pleuraient. Long-temps il demeure assis , abîmé dans sa douleur ; ensuite il s'élance comme un cerf, il descend à travers la forêt vaste et solitaire ; se hâtant , il va d'un homme à nn autre; dans toute l'étendue du pays, il va trouver chaque brave , lui dit secrètement de courtes paroles , s'incline ea passant devant les

90 LITTABATimSS -BlkVW, MBtn*

dieux, et ya dliercber on autre brave. Il «'écoule un jbur ; le second se passe aussi , et , comme dans la nuit du troisième la lune se lère , les hommes se rassemblent ici dans le bois^ et yers eux vient Zaboj , et il les conduit dans une rallée, dans une yallée profonde , au sein de la grande forél. Au dessous , bien au dessous d'eux , se place Zaboj ; il prend son Tarito plaintif : « Hommes au cœur V de frère , hommes aux regards étincelans , éoou- • iet , je TOUS chante des profondeurs de la Tal* » lée un chant qui me vient du cœur , oui , du » profond de mon cœur, que le chagrin consume. > Le père est allé vers ses pères ; il a laissé à la 9 maison ses enfans et aussi sa bien-aimée , et à 9 personne il n'a dit : Frère , parle*leur^ dis4eur 9 des paroles paternelles. £t voici qu'un étranger » est entré avec violence dans notre pays , et il » commande ici dans une langue étrangère ; et ce 9 que l'on fait depuis le matin jusqu'au soir , dans » l'étranger , il faut que nos femmes , nos enfans » le fassent ici. Il faut que nous n'ayons qu'une 9 compagne dans tout le cours de notre vie. Be- 9 puis Wesna jusqu'à Morana (1) , ils chassent les » éperviers des bois sacrés ; et , s'il y a des dieux 9 dans les terres étrangères , c'est devait eux que 9 nous devons* nous incliner, à eux que ntms de-

(i) La vf9 terrestre est soui U garde de deaz diviaités : Wcsim ( le iprintcmps )» et Honn» ( U mort ).

MÉm» 1I4T10IIAU8* gi

yoms porter les oSraade». Nous ne pooTons plus ooas frapper le frant devant nos dieux, ni le soir leur porter de la nourriture. Là où le père a porté aux dieux de la nourriture, où il eat allé entonner les anciens cantiques. Ils ont abattu tous les arbres , ils ont mis tous nos dieux en débris. »

— « Ah ! Zaboj ! ah ! oui , c'est du cœur que vient ton chant, et'îl arrive à notre cœur, au milieu de notre poitrine , que le chagrin remplit. Éomme Lumir qui , par ses paroles et sa voix , savait émouvoir le Wyssghrad et tous les pays , ainsi toi tu émeus moi et tous mes frères. Oui , les dieux aiment les bons chanteurs ; chante donc : la puissance t'a été donnée d'enflammer les cœurs contre l'ennemi. »

« Le regard de Zaboj. rencontre le regard em- ' brasé de c<^ère que lance Slawoj , et il continue ainsi d'enflammer les cœurs : «Deux jeunes héros dont la voix commençait à être virile , allèrent à la foret. Là , avec l'épée et la hache , ils exercèrent leurs bras; puis ils cachèrent leurs armes , et revinrent joyeux dans leur maison. Et lorsque leur bras fut devenu assez robuste et leur âme assez forte pour fondre sur l'ennemi, et quand les autres frères eurent aussi grandi , tous s'élancèrent sur l'ennemi , et leur colère ressembla à l'orage du ciel , et le bonheur d'autrefois revint dans le pays. >

91 UTTtHAT0B«9 flLATES*; BOKÊHK.

« Tous alors se précipitent vers Zaboj , le pres^ sent dans leurs bras vigoureux; ils placent les mains sur la poitrine les uns des autres » et prononcent beaucoup de sages paroles ; et la nuit était avancée , le matin approchait : alors ils se dispersent , ils se cachent derrière tous les autres arbres , ils sortent du bois par tous les côtés. Il s*écoule un jour; le second se passe aussi, et après le troisième , quand la nuit était déjà sombre , Zaboj vint à la forêt. Derrière lui des troupes de combattans s'avancent à travers la forêt. Slawoj vient aussi, et derrière lui s'avancent à travers la forêt des troupes de combattans, tous pleins d'une ferme confiance en leur chef, tous haïssant le roi {1) du fond de leur cœur , tous portant des armes aiguës , et les portant contre le roi.

« De l'innombrable armée de Ludiek (S) , un bataillon nombreux s'élance sur Zaboj ; et Zaboj, les yeux en feu , s'élance contre Ludiek. Comme si , s'arrachant de la forêt , un chêne combattait contre un chêne, Zaboj bondit au devant de l'ar-» mée à la rencontre de Ludiek. Ludiek le frappe avec son épée , et fend trois peaux de son bouclier. Zaboj lui porte un coup de hache. Ludiek saute lestement de côté ; la hache rencontre un

^t) On pense que le roi ennemi est Dagobert.

«- (3) probablement Louh.

arbre , il tombe sur l'armée , et trente guerriers Tont rejoindre leurs pères.

• Zaboj alors prend sa hache 4'armes;Ludiek saute de côté ; Zaboj brandit haut sa hache et la lance à son ennemi ; la hache vole et brise le bouclier; (lorrière le bouclier elle brise la poitrine de Ludiek. La pesanteur de la hache épouvante Famé de Ludiek; la hache fait sortir cette âme du corps, et pénètre cinq brasses plus ayant dans l'armée.

» Ecoutez dans la foret le hennisserpent des che- Taux. c A cheyal , à la poursuite de l'ennemi ! ■ partout, chevaux agiles, portez notre veqgeance » sur' ses traces ! » Et sur les chevaux agiles s'élance la fpule dei^ guerriers, et ils s'élancent rapidement à la chasse de l'ennemi. Les clievaux soufflent de furçur : plaines, montagnes , bois, disparaissent ; à droite^ à gauche , tout fuit derrière eux. Voyez , là rugit un torrent impétueux; flot sur flot se précipite , et sur ses bords rugît Farmée, qui chasse les fuyards : tous s'élancent à travers le courant rapide. Beaucoup des étrangers périssent dans les flots : les flots portent à Feutre rive les guerriers amis. Un milan sauvage déploie ses ailes, et donne la chasse dans toute la plaine à une volée d'oiseaux ! c'est Farmée de Zaboj qui se déploie , s'étend , et qui, dans tout le pays, s' élance à la poursuite des ehnemis , les terrasse , les écrase , les foule sous 2. Q

94 LITTÉRATURES 8LATE8, BOHftSK.

Fongle des che?aax ; furieuse, lespoarsaîtla nuit, au clair de la lune, les poursuit au grand jour, quand le soleil est brûlant; et ainsi toujoursdurant lanuit sombre, ainsi toujours quand le matin commence à poindre.

•c Les yents rugissent dans le pays, dans le pays rugissent aussi les armées; dans le pays à droite, à gauche, marchent les longues lignes de soldats; il marchent en avant avec des cris de triomphe. Vois, frère, vois la montagne grise où les dieux nous ont donné la victoire : bien' des âmes voltigent ici et là , d'un arbre à l'autre , et devant elles s'épouvantent les oiseaux et les bétes fauves ; le hibou seul ne s'en effraie point. Allons à la montagne enterrer nos morts , porter à nos dieux , qui nous ont délivrés , de riches offrandes, entonner les chants qu'ils aiment , et leur consacrer les armes des ennemis que nous avons tués. »

sua

Page 1