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lanteet courte, sans déclin, sans vieillesse, laissant après elle de longs regrets , une longue renommée; dans le nord, on y a joint de longues vengeances.
Sigurd est le centre du grand cycle épique dont je vous ai parlé au commencement de cette lecture. L'histoire de ce cycle est certainement une des pages les plus curieuses des annales de la littérature primitive. Il est rare qu'on puisse analyser aussi complètement les élémens divers , et poursuivre avec autant^ d'exactitude les phases d'une légende épique. Le jour que réfléchit une pareille recherche rejaillit sur toutes les recherches du même genre. Nous ferons donc , avec le plus grand détail, cette monographie (1)^ d'où l'on peut tirer des matériaux propres à compléter l'histoire de la formation de l'épopée grec» que et des épopées du moyen âge et de l'orient.
Nous recomposerons d'abord la destinée héroïque de Sigurd , selon la version Scandinave contenue dans VEdda, Nous verrons le héros conquérir sur un dragon le trésor fatal auquel ses malheurs et sa mort sont attachés ; puis aller sur la montagne réveiller la jeune Valkyrie dans son palais entouré de flammes; périr enfin, victime de
(r)Voyex Sigurd, tradition épique restituée, Revue des deux Jttoiidet, août i83s.
TJO ANGUNUB LITTtRATUSB SCAHBIllAin.
tila et de Hermaorik, puis en AUemâgiie, aa moyen âge, sur ce fond barbare et idolâtre, s'étentre à demi une couleur chevaleresque et chrétienne.
Elargissant alors le cercle de nos études , nous chercherons ailleurs des débris du même cycle , des retentissemens de la même légende. Nous en trouverons dans presque toute l'Europe, depuis le pied de l'Hecla jusqu'à celui des Appennins, depuis les bords de la Baltique jusques aux rives de la Loire, depuis lefond de la Pologne jusqu'au cœur de l'Angleterre.
Ainsi sera établie l'existence d'une poésie produite par les nations germaniques , et qui se rencontre à peu près partout où ces nations ont paru. C'est un âge poétique tout entier avant l'ère delà littérature chevaleresque.
Ce sont là , messieurs , les siècles héroïques des peuples modernes ; elle a eu aussi son Uiade, cette Europe barbare, dont M. Thierry , avec un courage égal à son malheur et à son talent, recompose en ce moment l'histoire, et dont le pliis grand écrivain de notre temps a répandu la couleur sur <}uelques pages immortelles des Martyrs et des Études,
Il me reste à vous dire deux mots des sagas et des scaldes.
Les sagas ne sont point des poèmes , comme on a paru souvent le croire. Ce sont des récits en
•iseoiits. 191
prose f qui appartienoent à un genre littéraire, qu'il n'est pas inutile de signaler.
La «a^An'est point un fait particulier à l'Islande : c'est un fait général dans la série des progrès de l'esprit humain. Lsisaga, le mot l'indique , c'est ce que l'on dit, ce que l'on raconte ; c'est l'histoire naïve qui correspond à la poésie naïve. £n effet, à ehaque phase de cette poésie correspond une phase de la saga. Dans un temps donué, ce que les uns chantent^ d'autres le racontent. A côté des poésies mythologiques , partout les plus anciennes , il y a les sagas religieu|ses, les traditions sacrées, qui se transmettent dans les temples. Quand vient l'âge delà poésie héroïque, qui est toujours chan* téOf vient aussi l'âge des traditions héroïques parlées , si on peut dire ainsi : telles sont la plupart des sagas Scandinaves ; enfin les chants populaires ont pour cortège ces contes , comme eux marqués souvent d'un caractère de trivialité , et qui sont de véritables sagas populaires. La saga est donc un produit à part de l'intelligence , comme l'histoire , l'épopée et le roman.
C'est de l'histoire moins la critique, de l'épopée moins la forme , du roman moins la fiction volontaire ; c'est de la tradition orale , crue par ceux qui la racontent et par ceux qui l'écoutent. Dans Hérodote, il y a beaucoup de sagas grecques. Les premiers livres de Tite-Live sont des sagas romaines , mises en œuvre par un his-
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toiiea artiste; mais si la aaiffL a eiUté partoat oèi a existé la poésie primitiTe, l'Islande est plus riche qu'aucun pays dans ce genre de traditions. Nous ferons Tinventaire de cette richesse ; nous classerons ces nombreux monumens qui , malgré leur commune dénomination , difierent û fortement par le sujet et la nature du récit. Noos rangerons, dans diTcr^ps catégories, les sagas épiques qui reproduisent dans leur rédaction en prose, et complètent en plusieurs points le cycle de VEdda et celui des Niehelungen; les sagas héroïques, qui racontent les destinées pleines de meurtre et d'inceste de quelques famiHes , dont la célébrité tragique fut semblable à celle qui s'attacha dans la Grèce au nom des Atrides et des Labdacides ; les sagas historiques , qui contiennent tantôt de piquantes biographies d'individus , tantôt de curieuses annales de famille , quelquefois le récit d'événemens mémorables , comme la colonisation ou la conversioii de l'Islande , la découverte du Groenland ou celle de l'Amérique , quatre siècles avant Colomb , et qui offrent toujours un tableau fidèle et vivant de l'ancienne vie germanique, des vieilles mœurs du Nord ( 1 ) , enfin , les sagas romanesques et merveilleuses , oîi l'on voit les caprices de la fantaisie et les extravagances de la crédulité populaire envahir peu-à-peu et finir par
0) Voyez pliu ioio quf;lq[uei extraits dei sagai.
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tsupplanter complètement les majestueuse» traditions de la mythologie et les naïfs récits de Tiiis** toire.
Je terminerai en tous faisant connaître qu^« ques-uns des principaux exemples de la poème ly** rique des scaldes. . Cette poésie , d'un âge postée rieur à celle de VEdda, n'en a pas la grandeur et la simpliste. Vous serez étonnés , messieurs» d'apprendre que, dès le dixième siècle, l'époque de la décadence et du faux goût avait commencé pour la littérature islandaise. Chose bizarre ! ces pirates de l'Hécla' poussaient la haine du mot propre et l'amour de la périphrase , bien autre<^ ment loin que les Précieuses de Molière. C'est une preuve que les raffinemens de la littérature n'attendent pas toujours ceux de la civilisation « et que la barbarie ne préserve pas de la recherche.
£n effet ces poètes, qui contournaient si industrieusement leur pensée et leur expression^ étaient la plupart des guerriers indomptables , et quelquefois féroces ; et à travers ce tissu artificiel , se fâitjour, en plus d'un endroit, un enthousiasme de la guerre, une joie de ladouleur et de la mort, un goût de sang , et comme une odeur de carnage dont n'approche, que je sache, nulle autre poésie. Un pareil contraste empreint celle-ci d'un caractère à part, qui suffirait pour y intéresser , quand elle n'offrirait pas fréquemment des 1 raits subli mes
tS4 ARCIENHE LITTfiBâTniB fCAllDIlVikyS , ETC.
eomme le peuvent dire tous eeux qui ont lu le efaant célèbre de Régner.
Le temps nous manquera, messieurs, pour aller plus loin. Nous ne pourrons nous avancer à travers le moyen âge , pour y écouter , retenir les échos de plus en plus affaiblis , mais toujours reconnaissables des anciennes traditions du nord. Nous ne pourrons faire entrer dans l'espace trop resserré de ce cours les chants . populaires de la Scandinavie moderne. Noua resterons sur le ter> rain de la vieille Scandinavie.*
Yons avez pu voir que cette littérature , comme reléguée dans des régions lointaines et ignorées « tenferme en elle tout un monde , qui a sa mythologie, sa poésie, son histoire , et que ce monde à part n'est pas sans rapport avec le triple monde de rOrient , de l'antiquité et des temps modernes. . Quelque rapide et quelque incomplet qu'ait été ce sommaire , il a pu vous donner une idée de ce que nous allons rencontrer dans la carrière où vous daignez me suivre. Messieurs , que votre bienveillance , à laquelle je n'apporte d'autres titres que des études sérieuses et un grand zèle , m'aide à la parcourir.
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