I.'HiSTOIRE GOBIPARBB DES LANGU
Les rapports qui existent entre les langues sont de deux sortes ; selon que l'on compare les mots ou les formes, le Tocabulaire ou la grammaire de ces langues.
Les rapports des mots sont ceux dont on a le plus abusé , et qui prouvent le moins. £n effet , les combinaisons de sons que peut former la bou^ elle de l'homme sont limitées , et parmi les com^ binaisons possibles , il en est un grand nombre que Poreille rejette. Dans ce qui reste , il n'est pas étonnant qu'il se rencontre des ressemblantces , surtout si l'on compare une grande quantité de mots et une grande quantité d'idiomes. Car de ce qu'un mot existe dans une langue , il ne s'en suit pas nécessairement qu'un mot analogue ne puisse exister dans aucune autre. Aussi , ae ^ap^
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procliemens isolés et fortuits entre certains mots de deux langues , on a induit trop légèrement à la parenté de ces langues. Dans un temps tout venait de l'hébreu, dans un aulre^ loat du celtique.
La comparaison de êéries de mots prouve plas que la comparaison de mots isolés ; mais ici en« core il reste beaucoup de place pour le hasard. D'ailleurs , par ce moyen , on ne saurait apprécier d'une manière exacte le degré d'affinité de deux langues , on établit seulement qu'elles ne sont pas entièrement étrangères l'une à l'autre ; et^ comme cette méthode de comparaison a réussi à peu près pour toutes , l'universalité même de ce succès en diminue l'importance ; il en résulterait, ctuut au plus pour les langues comparées, une origine commune , non une fraternité véritable.
Un généalogiste eroirait-il avoir suffisamment établi ia parenté de deux familles en démontrant qu'elles descendent toutes deux en ligne directe d'Adam ?
Outre les ressemblances accidentelles entre les mots, il en est d'autres qui proviennent de cir- -constances inconnues. Tout prouve que les peuples ont bien long'-temps erré sur la terre avant ,d'y établir des dei!iieures fixes ; beaucoup de mots omi pu voyager avec eux. Depuis , les relations commerciales ont nécessairement amené le transpori et cQimme le trafic d'une foule d'expressions.
IPOUB L'mstOIBE COHPARtS DSS LANCVES. 121
Le mot. de sac par exemple, qui se tronre presqîie partout, a circulé de main en main, pour ainsi dire, d*un bout du monde à l'autre , avec le meuble utile et portatif qu'il désigne.
Souvent aussi la dénomination des objets est importée dans un pays avec les objets mêmes ; ainsi , en français les termes d'art sont italiens, et les termes de guerre et de marine viennent en général du nord. La guerre elle-même établit entre les peuples des communications sanglantes,** mais fécondes , qui ne sont pas sans influence sur le langage.
Probablement bien des mots ont été portés , il y a quelques années , des plaines de la Ghampa* gne , on des rues de Paris, au fond de. la Crimée et aux rives du Volga. S'il y avait des étymologîstes chez les cosaques et lés baskirs , auraient-ils le droit d'en conclure à quelques rapprochemens entre leur langue et le français ?
Il est cependant des mots fondamentaux qu'on n'emprunte guère aux autres : tels sont les pronoms , surtout les pronoms personnels. On ne va point chercher dans une langue étrangère une manière de se désigner soi-même, de désigner la personne à qui l'on s'adresse, ou oelle de qui Fou parle ; tel est le verbe être , lien de toute proposition , base de tout langage ; tels sont les mots qui servent à dénommer soit les parties du corps, soit les objets naturels les plus frappans , soit en-
fin les sentimens ou les actes les plas simples et les plus essentiels.
Tons ces mots primitifs et indispensables forment le fond propre d'une langue , et c'est parmi eux qu'il fiant choisir , de préférence, des termes de comparaison.
Hais si cette comparaison se fait au h^ard , on sera souyent trompé par l'apparence d'un faux rapport , et on méconnaîtra celle d'un rapport certain.
Ce sont ces jeux arbitraires de l'étymologie cjui l'ont si fort discréditée. Le ridicule a fait justice de cette science prétendue , qu'aucune difficulté n'arrêtait , qui , de changement en changement , de suppression en suppression, dénaturait complètement un mot pour le ramener à un autre ; qui faisait venir laquais de Vemacula-,
D'autre part , il est certain que des mots , dont la physionomie semble au premier conp-d'œil complètement différente , ont un rapport trèsréel ; il n'est pas douteux que jour ne vienne de Dies, et que lucus ne soit la racine de rossi* gnol (1).
Embarrassé de cette double difficulté, et averti par un tact pratique exquis , combien les rapports de mots difièrent de leurs ressemblances ou
(i) Dies , dturuutf giorno ( Pr. djiomo ) anc. français , jor., fir. j«ur.«-<-Lacut , lueinia, luciniola, It. assignooUi fr« rosiignoL
POUH l'bISTOIBE COHPABÊB des langues. 129
de leurs dissemblances apparentes , W. Jones en était venu à dire qu'il n'y avait point de règle, et qu'il fallait s'en rapporter à l'instinct des étymologistes. C'était une ressource périlleuse et un peu désespérée.
£niîn , plusieurs savans de l'Allemagne et du nord , à la tête desquels on doit placer MM. Frédéric Schlegel, Jacques Grimm , Chrétien Bask et François Bopp , ont posé les véritables bases de la science étymologique, par des travaux d'une sagacité et d'une critique admirable. Comme ces travaux, en grande partie inconnus en France » entrepris d'une manière indépendante , n'ont pas encore été coordonnés entre eux , même dans les pays qui les ont vu naître , et comme ils ont pour objet la grande famille de langues dont font par* tie les idiomes Scandinaves , je crois utile d'en présenter ici, d'une manière systématique, les principaux résultats.
Ces résultats portent sur les règles qui doi«vent servir à reconnaître et à mesurer l'analogie qu'offrent les mots de diverses langues , et sur les rapports plus importans pour la comparaison de ces langues , de leurs formes gramma* ti cales.
Je commencerai par les rapports qui peuvent exister entre les mots.
Je suis obligé d'entrer ici dans quelques consi»dérations sur les élémens même du langage, c*est-
U(l j(ÎTTELQ1IB9 PR1NC1P18
à-dire sur les lettres. Je prie mes lecteurs de ne point penser au maître de grammaire de M. Jourdain. L'importance des lois que nous voulons établir , la grandeur des rapports qui en dérivent , la portée des résultats historiques où ils peuvent nous conduire , commandent la méthode la plus rigoureuse , et demandent grâce pour la minutie inévitable des détails.
Il faut d'abord poser en thèse générale que , chacune des consonnes peut se changer en toute autre consonne , et chacune des voyelles en toute autre voyelle , soit immédiatement, soit en parcourant une série de transformations intermédiaires.
D'où il suit : P qu'aucun changement n'est impossible et ne doit être rejeté à priori ; ainsi , les deux mots qui paraissent les plus éloignés peu* ▼ent venir l'un de l'autre , et en se moquant des étymologies qui semblent les plus forcées , on court risque de se moquer d'un fait.
â*^ Qu'on ne peut croire à un changement , par cela seulement qu'il est possible , car tous le sont, et que par conséquent il faut des raisons particulières pour se déterminer en faveur d'une éty« mologie.
Ces raisons sont de deux sortes.
Ou l'on possède les degrés intermédiaires qu'un mot a parcourus en passant d'une langue à l'autre , t>ii on connaît les lois générales et particulièreê
POUR l'histoire comparai des langues. 131
q^i président à la permutation des lettres entre ces deux langues.
De ces lois celles que j'appelle générales étaient connues de tout temps , et je me bornerai aies rappeler; elles se fondent sur l'analogie op» ganique des lettres. Certaines lettres sont voisines dans la série des sons , elles sont produites par une disposition semblable des organes. Le passage de l'une à l'autre est plus naturel, plus fréquent, par conséquent plus probable que s'il s'agissait * de deux lettres plus différentes entre elles. D'après cela on conçoit que les permutations doivent s'opérer facilement entre les lettres de même classe qui ne sont que la même lettre douce , forte ou aspirée.
C'est cette loi générale , et depuis long-temps reconnue du rapport organique de certaines lettres entre elles , qui doit servir de point de départ dans la comparaison des mots.
Mais il est des lois particulières qui gouvernent une famille de langues, en vertu desquelles, non seulement les lettres de même organe se rempla* cent, mais encore se remplacent d'une manière constante dans un ordre invariable , et pour ainsi dire dans un sens déterminé. Celui qui a découvert ce principe , M. Jacob Grimm a montré , pour eu donner un exemple , que dans les mots où il y avait un p , en Islandais ( Yepn , Armes ) * il y avait eu en allemand un /'(Waffen), naais que la
'lS2 QUELQUES rHUIClMS
réciproque n'était pas vraie, c'est-à-dire que là où était un f en islandais (l^as , sur), il y avait en allemand non pas un p , mais un h (Uber); c'est plus que de dire ce qu'on savait que le J9,le /T et le h ne sont que t^ même lettre articulée différemment , et que par conséquent ces trois sons se substituent facilement les uns aux autres. C'est un pas de plus et un pas très^important d'avoir reconnu que, dans une même famille, cette substitution ne se fait pas arbitrairement » mais toujours de la même manière > de sorte que les langues où elle s'opère passent les unes aux autres par une progression régulière.
D'après cela , il doit arriver que des mots qui , . d^ns les diverses langues paraissent assez éloignés au premier coup'd'œil > soient reconnus au fond identiques. Seulement les sons qui les composent ont été altérés diversement eu vertu d'une différence nécessaire d'articulation qui repose sur une didèrence essentielle d'organçs.
Voilà pour les rapports des mots* Les rapports des formes grammaticales sont d'une tout autre importance ; on conçoit qu*e le hasard ou certaines circonstances produisent entre les mots une ana* logie accidentelle. Mais , si le mécanisme intérieur de deux langues est le même , si les grandes di* visions grammaticales , les déclinaisons et les conjugaisons correspondent, et si ces conjugaisons et ces déclinaisons qui correspondent ont des tfiv»
votjR l'histoirb comparée des LAUGUES. 13^
niiaaisons analogues ; si en appliquant à celles-ci les lois du rapport des lettres observées entre les racines des mots , ou des lois semblables , on les trouve indentiques, quel doute pourra-t-il rester sur l'étroite parenté des langues queFon compare ? Au moyen des rapports que nous avons étudiés jusqu'ici, on peut déterminer d'une manière certaine les affinités des langues entre elles. Plus ces rapports sont nombreux, constans, moins l'altération des sons , soit dans l'intérieur des mots , soit dans les désinences grammaticales, est grande ^ plus les langues sont voisines ; ainsi l'existence de ces rapports constate la parenté des idiomes , leur constance , leur nombre , et leur extension en mesure le degré.
Mais pour déterminer Tordre de filiation , c'està-dire le degré d'antiquité relative des langues de même famille , il faut avoir recours à d'autres lois.
Les changemens réguliers dont j'ai parlé ont bien lieu également , soit lorsqu'il s'agit de langues contemporaines, soit lorsqu'il s'agit de langues successives ; mais ce n'est pas eux qui peuvent établir le fait de cette succession ni en révéler l'ordre. £n un mot, nous savons quand deux langues tiennent l'une à l'autre , nous pouvons apprécier jusqu'à quel point elles se tiennent de près ; il reste à indiquer les moyens par lesquels on peut découvrir que l'une a précédé l'autre.
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Ici , les mêmes hommes qui nous ont foumî Tés principes posés plus haut , nous fourniront encore ceux dont nous ayons besoin. Un nom illustre Tiendra sejoindre aux leurs , celui de M. Guillaume de Humboldt , qui a appliqué son immense con* naissance des langues et la force d'une des têtes les plus remarquables de l'Europe à l'étude du langage , .considéré surtout dant ses rapports avec les pensées. Avec cet appui de plus ^ après avoir donné idée de ce qui peut fonder d'une manière précise le rapport de ressemblance entre les langues , je vais rechercher ce qui peut indiquer leur rapport de succession.
Une langue est un être qui a son organisation , sa vie ; elle s'assimile les élémens qui lui ^ont nécessaires, et, par une sorte de vertu plastique, leur donne sa forme. Elle croit, elle produit, puis se décompose et se dissout , laissant, après elle, d'autres langues nées de son sein.
£h bien! ce développement successif, si semblable à celui de la vie dans les corps organisés , se fait de même d'après certaines lois. La plus im* portante , celle qui renferme tintes les autres , est celle-ci.
£n remontant aussi loin qu'il nous est possible dans rhistoiredn développement des langues nous trouvons cette loi remarquable : c'est que leur richesse essentielle , au lieu de s'accroître , va tou* jours diminuant.
POUR t^HISTOIES COtPARiE SES LANGUES. I&5
Cette tendance universelle et fondamentale des langues s'observe et par rapport aux mots, et par rapport aux formes grammaticales dont elles se composent.
Prenons les mots, c^est un fait, que plus on s'é-> lève haut dans Fhistoire d'une langue ou d'une famille de langues , plus on troiare les mots harmonieux , pleins de voyelles retentissantes ; plus on redescend , plus on les trouve écourtés , appauvris , pour ainsi dire ; les voyelles sonores cèdent la place aux voyelles sourdes ; de sourdes elles deviennent tout-à-fait ctoufTées, muettes enfin , <et finissent par disparaître. Lés diphtongues se contractent , les consonnes fortes s'affaiblissent , les finales se détachent et se perdent ; de tout cela > il résulte que les mots sont moins pleins, moins harmonieux , qu'ils vont toujours s'aiténuant et s'amaigrissant davantage. Ils perdent de plus en plus la puissance de charmer l'oreille , d'ébranler l'âme par les sons ; ils se bornent à éveiller une idée dans l'esprit , ils ne sont plus des images , ils ne sont que des signes. Ainsi on voit toute langue commencer par être une peinture et une musique, et finir par être un algèbre. £n latin on disait elemosyna ; ce mot est devenu successivement en français almosne , aumône; en anglais alms qu'on prononce ams, — Son histoire est l'histoire universelle des mots.
Il en est des formes grammaticales , comme des
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mots. Cest aussi une loi du langage d'aller perdant toujours quelque forme grammaticale , quelque richesse de désinence, quelque ressource de composition. A une certaine époque de la plupart des langues, les formes sont abondantes , flexibles; toutes les modifications de Tidée peuvent se rendre par les modifications ^de la racine, les racines ell^s-mémes se groupent et forment, par leur association , des mots composés, pour expliquer des idées complexes; mais il yient un moment où cette fécondité s'arrête , où cette première sève semble tarir ; les flexions se perdent , les rapports ne s'expriment plus par Fassociation immédiate des racines ; les marques des cas , des temps des personnes disparaissent : il est nécessaire^ 4e les remplacer par des articles , des auxiliaires , des pronoms ; la dépendance respective des idées a besoin d'être exprimée par des prépositions , des conjugaisons, et il faut alors un mot tout exprès pour énoncer lourdement ce qu'indiquait d'une manière rapide un simple changement de terminaison. C'est ce qui est advenu , par exemple , à l'italien et au français. Le Romain disait d'un seul mot : Je serai aimé ( amabor ) (I) ; son descendant est obligé , comme nous , d'employer trois mots
(i) Des trois ieUres de la terminaison (bor), la première indiquait ridëa de futar; la seconde, celle de la première personne ; la troisième , celle de la passivité.
fOtJR l'hISTOIBB C03IPABÊE BS6 LAUGUES. 197
an liea de trois lettres. Pour rendre deux mots ( Liber Pétri ) , nous en mettons quatre : le Livre de Pierre ; et une expression composée , comme suaviloquena devient une phrase entière ; Celui qui farlé agréablement. Le mémo principe s'applique à la plus grande partie des langues que nous connaissons : comparez le grec ancien au grec moderne , la langue de Zoroastre au Persan d'aujourd'hui , le sanscrit aux dialectes actuels de FLodoustan , l'anglo-saxon à l'anglais, le frison au hollandais, l'ancien tudesque â l'allemand , enfin la vieille langue Scandinave conservée en Islande avec celle que parlent la Ji^orwège, le Danemark, la Suède , vous verrez partout l'abondance des formes, la plénitude des mots diminuer considé-» rablement, en passant de l'idiome antique à l'idiome moderne.
Ce résultat peut étonner d'abord, il semble contraire à l'idée si naturelle du perfectionnement humain. Mais on doit envisager ce perfectionnement dans son ensemble , et non pas le faire por* ter sur telle ou telle faculté de la nature humaine; il est trop clair que pour gagner d'un c6té il faut se résigner à perdre de l'autre : si on gagne plus qu'en ne perd , il y a perfectionnement ; ainsi l'homme, à mesure que la réflexion grandit et mû» rit en lui, perd beaucoup des qpalités aimables du premier âge, époque charmante de l'inspiration et deTentraînement, mais il avance, car il a'é«
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lève à la maturité , à la dignité de son âge viril , il gagne en philosophie tout ce qu'il perd en poésie. Il en est du langage comme de l'homme , il faut qu'il renonce à cette ahondance, à cette grâce de la jeunesse ; mais tandis que sa beauté matérielle diminue , il devient plus précis , moins rapide , moins nombreux peut*étre , mais meilleur pour exprimer les abstractions plus profondes et les combinaisons plus variées de la pensée. La grammaire est moins riche , les mots sont moins sonores , mais Tart qui augmente remédie à ces défauts par des tours ingénieux, par des nuances délicates ou des associations habiles.
Il faut avouer même qu'on a poussé jusqu'au paradoxe l'admiration pour cette richesse primitive des langues , qui , portée trop loin , produit la confusion. Elle fournit le moyen d'exprimer rapidement d'un seul mot plusieurs pensées à-lafois, mais seulement certaines pensées ou certaines associations de pensées, je m'explique; en finnois , par exemple, une légère modification dans la terminaison d'un nom de lieu indique , dit-on , si celui qui va vers ce lieu veut y entrer , s'il veut y entrer et en sortir, ou aller auprès sans y entrer. Voilà qui est beau , mais supposons un homme qui n'ait pas décidé ce qu'il veut faire, il sait seulement qu'il va à tel endroit, mais il ne sait pas s'il s'arrêtera ou non (1) ; il est possible qu'il soit
(i) Ne sanluat point le finnois, jlgoore si cette langue ne présente
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fort embarrassé avec ces trois datifs dont chacun dit plus que lui ne veut dire, et qui] préfère une langue biens moins pourvue de formes compréhensives , où l'on finit toujours , avec des prépositions , par dire ce que Ton veut , un peu plus longuement il est vrai ; mais où du moins on n'est pas forcé de dire , au lieu de ce qu*on pense , ce que la langue a pensé pour vous.
Le véritable point de la perfection des langues n'est donc pas dans l'excès d'une richesse de lexique et de grammaire, souvent fort incommode, en ce qu'elle prive de tout secours étranger, sans être jamais capable de les compenser entièrement, mais dans ce degré d'abondance mesurée , qui n'exclut pas Temploi de diverses sortes d'auxiliaires, mais aide en général à s'en passer, et par la facilité, la rapidité, le mouvement de la phrase , autorise la liberté des inversions ; la langue grecque et la langue sanscrit^ sont peut-être celles qui offrent le mieux cette sorte d'avantage.
Ces deux langues sont placées à un haut degré d'antiquité dans la série dont elles font partie. On ne peut remonter historiquement plus loin qu'elles. Peut-être si on le pouvait trouverait-on avant leur âge celui des langues démesurément riches, comme le sont en général celles des peuples peu
pas , ce qu! est probable, quelques moyens indirects de se tirer de Vespèce d'embarras que je suppose , il est clair que ce n'est qu'un exemple pour faire comprendre ma pensée.
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avancés dans la civilisation , des Lapons , des Basques, des nègres Wolof, ou des indiens de la Delav^are ; peut-être avant toutes ces langues , toujours plus abondantes en forme à nïesnre qu'on remonte davantage, trouverait*-on enfin les langues plus simples qui ont dû les devancer. Cette époque de puissance de la fécon dite ne futelle pas celle de la puberté du genre humain ? celle de son enfance n'a-t-elle pas précédé ? n'y a-t-il pas eu avant l'époque des langues polysyllabiques et flexibles, celle des langues monosyllabiques sans flexions ; dont la langue chinoise , arrêtée par l'invention prématurée et imparfaite de l'écriture, et par là avortée et nouée, pour ainsi dire , serait restée comme un curieux monu* ment ?