BAVA'-HAL
y a sur l'amitié des pensées touchantes, et sur la gloire des mots sublimes.
Çà et là des réflexions naïvement satyriques , d'autres qui trahissent une habitude irréfléchie de férocité , forment un contraste frappant , mais naturel , a^ec le ton grave et sage de l'ensemble.
La fin du Hava-Mal est un petit traité de magie qui expose les effets surnaturels de la puissance des runes ; on y trouve la source de la plupart des idées superstitieuses du moyen âge ; on voit là en germe , ce qui , mêlé plus tard à d'autres idées conservées par tradition de l'antiquité , ou venues de l'Orient , a été la sorcellerie.
Je vais donner une idée du Hava-Mal , en traduisant les sentences les plus frappantes et les plus nsûves.
11 est remarquable qu'il n'y en ait presque aucune qui recommande la bravoure. Elle était tellement dans les mœurs et dans le tempérament du peuple, qu'il n'était pas besoin d'en parler.
On sera je pense frappé de quelques pensées où éclate un sentimeot profond de sociabilité. La charité chrétienne , ou le sentiment social étendu à l'espèce tout entière, est en germe dans plusieurs de ces maximes de la vieille sagesse germanique, entre autres dans celle qui se termine ainsi : l'homme est la joie de l'homme.
151 SMA.
< Regarde bien de tous côtés avant d^aller ert avant, car tu ne sais où peut être caché ton ennemi.
Heureux celui qui donne ! Un hôte entre , où va-t»il s'asseoir ?
U a besoin de feu celui qui est entré. Ses genoux sont glacés; il a besoin d'habits et de vétemens celui qui vient par dessus les montagnes.
• •.••*••.• ••■•* On ne peut prendre avec soi , en voyage , une
meilleure provision, que beaucoup de sagesse; elle vaut mieux que l'or dans un lieu inconnu. C'est un secours dans le besoin.
La bière n'est pas si bonne qu'on le dit pour les enfans des hommes. Plus un homme boit, moins il se connaît lui«méme.
L'oiseau de l'oubli (1) plane sur l'ivresse, et ravit à l'homme son intelligence.
. L'insensé croit qu'il vivra éternellement s'il fuit le combat , mais l'âge même ne lui donnera pas la paix , c'est à sa lance à la lui donner.
L'insensé veille toute la nuit et pense à beau-^
(i) Le liéron de Toubli.
HATA*HAl. 157
coup de choses ; puis , quand le matin yient , il est fatigué , et le soin qui le tourmentait lui demeure;
Quand l'ignorant yient dans une réunion, il vaut mieux qu'il se taise, personne ne s'aperçoit mieux combien il sait peu qu'après qu'il a beaucoup parlé.
C'est faire un long détour, que d'aller vers un ami trompeur, quoiqu'il demeure sur votre route; c'est prendre un chemin de traverse , que d'aller vers un ami fidèle , quoiqu'il demeure au loin.
Si tu as un ami auquel tu te confies , pour en bien jouir, il faut mêler vos pensées , échanger avec lui des présens , et aller souvent le trouver.
Si tu en as un autre auquel tu ne te confies point , et si cependant tu veux en profiter, il faut parler finement , penser prudemment , et lui rendre ruse pour dissimulation.
J'étais jeune autrefois, j'allai seul , et je m'égarai dans des routes trompeuses. Je me suis ^cru riche quand j'ai trouvé un autre j Thomme est la joie de l'homme.
Un jour, dans un champ, je donnai mes liabîts à deux hommes de bois. Quand ils en furent re-