Histoire du Canada, p
2, Discours sur la question romnine.
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Les bibliophiles ne peuvent penser sans émotion à quelque rare plaquette qui manque à leur collection, et quand ils apprennent qu'un des précieux opuscules est mis en vente, on les voit accourir autour du commissaire-priseur, Les désirs s'enflamment, l'enchère monte de degré en degré à un chiffre fabuleux.
Pas n'est besoin de tant d'argent pour acheter les plus louables publications du Canada, les excellentes œuvres historiques de MM. Garneau, Faillon, Ferland, Laverdière, Bidard, Turcotte, les curieuses dissertations de MM, Belcourt, Marcoux, Lacombe et Petitot sur les dialectes de diverses tribus indiennes, les études botaniques de M. l'abbé Brunet et les études ornithologiques de M. 3. Lemoine ; les romans canadiens de MM. P. Chauveau, Taché, Gérin et de Gaspé, et les recueils de poésies et de légendes,
Non, ces beaux et bons volumes ne coûteraient pas ce que coûte, au temps actuel, une mazarinade ou un vieux conte écrillard,
Mais, quelle que soit sa valeur monétaire, il me semble qu'on ne peut voir sans émotion un livre canadien, en songeant à son origine. Il a été composé dans la contrée qui fut la Nouvelle-France : il vient à travers l'Océan nous rappeler le beau pays découvert par nos marins, défriché par nos laboureurs, glorifié par nos soldats, sanctifié par nos religieuses et nos missionnaires,
Jai eu derniérement la joie de recevoir des livres
canadiens, et je quelques-uns.
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M. B. Sulte, trois regret.
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canadiens, et je ne puis résister au désir d'en citer quelques-uns.
Voici d'abord trois volumes d'un spirituel écrivain, M, B. Sulte, trois seulement, et bien petits, C'est mon regret.
I y a là de jolies scènes de la vie canadienne, d'excellentes études biographiques et d’agréables fantaisies.
Un des amusants chapitres de ce recueil est celui où M. Sulte relève quelques-unes des choses qui ont été dites sur son pays. L'admirable Canada ! Comme il est encore peu admiré et peu connu ! Les uns ont vu au bord de ses claires rivières des serpents à sonnettes; d’autres affirment que pendant plusieurs mois on ne peut dans cette région polaire enterrer les morts, tant le froid est rigoureux. On les garde au logis jusqu’à ce que la température du printemps amo)llisse la terre.
Près de Montréal s'élève la petite île de Sainte- Hélène, couverte de gazon, couronnée de beaux bois, un coin de terre idyllique embelli par les barons de Longueil. Un ingénieux touriste s’écrie : cette île rappelle la mémoire de Napoléon par le nom qu'elle porte, par son pic sauvage et ses affreux ravins,
Un de nos romanciers, qui a publié de nombreux volumes sur l'Amérique, caleule gravement que le Canada peut avoir vingt-cinq ralle habitants.
La ville de Montréal, jadis Villemarie, en compte à elle seule 150,000,
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Un de nos députés républicains s'en va des États- Unis faire une excursion dans l'Amérique anglaise. Il se plait à remarquer la haute taille et la forte santé des Anglais, des Ecossais et des Irlandais, Quant aux Canadiens, il les a vus chétifs de corps et d'esprit, rabougris, maladifs.
ILest mort, ce clairvoyant député.
Que les vaillants Canadiens lui pardonnent, et les charmantes femmes de la Havane, dont il a si mal parlé !
Dans un autre chapitre de ses Mélanges d'histoire et de littérature, M. Sulte raconte les commencements du journalisme sur les rives du Saint-Laurent.
Autrefois dans ma jeunesse, il y alongtemps, quand un désir d'études m'entrainait de principauté en principauté à travers la docte Allemagne, en m'arrôtant avec un charme infini dans la ville de Pierre Vischer, d'Albert Dürer et des maitres chanteurs, je n'ai pas songé à chercher le premier œuf du Journalisme européen, la Gazette de Nuremberg, J'imagine que c'était un œuf de minime dimension et d'une parfaite innocuité, qui ne faisait gucre pressentir les œufs de serpent dont nous voyons chaque jour la formidable éclosion.
Nous savons que le plus ancien des Journaux de France fut fait avec les intentions Li et lea plus loyales,.
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Avec son recueil hebdomadaire, le bon docteur Renaudot ne pensait qu'à récreer ses malades, et à
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« Sire, disait-il dans sa préface , la mémoire de l'homme est trop foible pour lui fier toutes les merveilles dont Votre Majesté va remplir le septentrion ettout le continent. Il la faut désormais soulager par des écrits qui volent comme en un instant du nord au sud, par tous les coins de la terre. »
L'Écossais Brown, qui en 1764 fonda la Gazette de Québec, n'avait pas la prétention de glorifier son roi, GeorgesIil; mais il ne pouvait songer à l'offenser, non certes, ni cette haute majesté, ni ses ministres, ni ses plus humbles agents. Rien de plus candide que cette première gazette canadienne. Elle paraissait une fois par semaine en une feuille in-#, et reproduisait tout simplement en français et en anglais les innocentes nouvelles empruntées aux journaux étrangers.
A cette époque la colonie canadienne était dans une triste situation. Les Anglais, à qui l'horrible traité de Versailles l'avait livrée, n'éprouvaient pour elle pas la moindre sympathie, et comptaient lui enlever radicalement ce qu'elle avait de plus cher, ce qui tient le plus au cœur d'une nation, sa religion et sa langue. Déjà ils avaient voulu agir ainsi sur l'Irlande.
Maintenant l'Allemagne parait résolue à agir de même sur ses deux nouvelles conquètes,
Impuissantes tentatives dans la verte Érin et au Canada. Puissent-elle être également impuissantes dans nos deux chères provinces d'Alsace et de Lorraine!
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L'Angleterre imposait à la colonie des fonctionuaires inhabiles et violents, des magistrats déconsidérés, et nul d'entre eux ne sachant le francais,
De ce pénible état de choses pas un mot dans la Gazette de Québec, L'honnète M, Brown continuait à enregistrer les nouvelles d'Europe et d'Asie, du Tzar et du Grand Turc, d'une fête à Paris, ou d'une visite à l'éléphant blanc,
Les contributions votées par le parlement britannique soulèvent les colonies américaines. Les Bostoniens dans leur colère brûülent le papier timbré qui leur est imposé et jettent à la mer les caisses de thé qui leur sont expédites par la compagnie des Indes avec une nouvelle taxe,
Le ministère veut contraindre par la force les treize provinces à i'obéissance. Les treize provinces se coalisent, prennent les armes, et la guerre éclate.
L'Angleterre alors nous aurait volontiers rendu le Canada pour obtenir seulement notre neutralité, Louis AVI et Marie-Antoinette désiraient cette neutralité; le roi, par un sentiment de droiture, la reine, dans la noble fierté de sa grande âme, ne comprenait pas qu'une nation comme la France profität d'un tel conflit pour se venger de ses ennemis.
Mais nos philosophes étaient ravis de cette insurrection d'un peuple contre un souverain, du manifeste de Jefferson qui parlait en termes pompeux de l'égalité des hommes et de leurs droits inaliénables, Nos philosophes gouvernaient l'esprit public, et le bon-
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homme Franklin qui nous fut envoyé par le congrès
américain était un fin diplomate.
Dans sa retraite de Passy, en écrivant de jolis billets à Mme Helvétius, en dinant avec l'abbé Morellet, d'Alembert et Diderot, il n'oubliait pas un instant sa mission, et quand il parut dans les splendeurs de Versailles avec ses cheveux sans poudre, son chapeau rond, son habiten drap brun, il produisit un mouvement enthousiaste, ilenchanta toutes les belles dames de la cour, L'une d'elles fut déléguée pour lui mettre une couronne de laurier sur la tête, et l’embrasser sur les deux joues.
La France s'allia aux insurgés américains et les sauva d’un imminent désastre.
Quel a été pour la plus ancienne monarchie de l'Europe le résultat de cette ardente aventure? Après la stérile satisfaction d'humilier l'Angleterre, l'honneur étrange de fonder une république, — d'énormes dépenses dans un état financier qui exigeait les plus strictes épargnes et finalement [a propagation des idées révolutionnaires,
D'un de ses campements parmi les insurgés, La Fayette écrivait : « J'ai toujours pensé qu un roi était un ètre au moins inutile. I fait d'ici une bien plus triste figure, »
De là au desir de supprimer la royauté, il n° à pas loin.
La Gazette de Québec n'a point raconté ces événements. M, Brown, son directeur, n'osait toucher à de
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telles choses, Il devenait de plus en plus prudent et s'applaudissait de sa prudence,
Un jour deux Francais S'avisérent de composer un petit journal caustique intitulé Tant pis, tant mieux. IS ne jouirent pas longtemps du plaisir de publier quelques sarcasmes, Tous deux furent arrôtés par ordre du gouvernement et, sans autre forme de procès, enfermés dans la prison de Québec, Is y restèrent trois ans,
Nous avons vu, après la guerre de 1870, un grand nombre de Lorrains et d'Alsaciens abandonner les duleia arva pour échapper à Ja domination étrangère, et des Allemands de toute sorte se précipiter à Strasbourg, à Colmar, à Metz, pour Y porter leur trafic,
De même après le traité de Versailles, beaucoup de Canadiens des meilleures familles vinrent s'établir en France, et des Anglais fort peu recommandables, des marchands en détresse, des spéculateurs de hasurd coururent au pars conquis.
En 176%, on comptait dans le bas Canada 70,000 Français catholiques, et 500 Anglais protestants,
C'étaientcescinqeents Anglais quivoulaient écarter de toute fonction publique et principalement de tout emploi salarié les 70,000 Francais. C'étaient cos cinq cents charitables protestants qui voulaient proscrire le culte des 70,000 catholiques. C'était cette infime minorilé qui par ses faux rapports, ses honteuses invenlions et ses actives manœuvres égarait en Angleterre
l'opinion du peuple et. celle des ministres,
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Cependant un des gouverneurs du Canada, le général Murray, avait signalé en termes expressifs les qualités, l'importance et les droits de la population française dans cette colonie,
Peu à peu le ministère anglais reconnut la justesse de ces observations, et la crainte de voir les 70,000 opprimés s'associer à la révolte de Boston le détermina à céder enfin à leurs justes réclamations, En 177% fut promulguée la loi qu'on appelle l’Acte de Québec, 1 affranchissait les Francais canadiens du serment du Test 1, leur rendait les libertés civiles et religieuses garanties par la capitulation de Montréal, et constituait un conseil législatif dans lequel entreraient les catholiques comme les protestants ?,
Ainsi, grâce à leur ferme et digne attitude, les vaincus du Canada finirent par conquérir leurs droits, sans l'assistance de la presse.
Is n'avaient pas d'autre journal que la Gazette de Qnébec, et la bonne Gazette ne pensait qu'à vivre doucement de semaine en semaine sans secousse et sans inquiétude, Elle a vécu cent ans avec cent cinquante abonnés.
M. Sulte promet de nous donner la continuation de
1. Le serment de ne pas croire à la transsubstuatiation, de ne pas pratiquer le culte de la Vierge et des sainte,
Ce serment fut ordonné par un bill du parlement sous Charles Il, pour écarter de tout emploi tous les gens suspects de catholicisme.