ULTIMA VERBA
(Fragment,')
Devant les trahisons et les têtes courbées Je croiserai les bras, indigné mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées, Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain.
Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste, O France ! France aimée, et qu'on pleure toujours. Je ne reverrai pas ta terre douce et triste, Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente, France ! hors le devoir, héla^ ! j'oublîrai tout. Parmi les éprouvés je planterai ma tente; Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J'accepte l'âpre exil n'eût-il ni fin ni terme; Sans chercher à savoir et sans considérer Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme. Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
Si l'on n'est plus que mille, eh bien! j'en suis. Si même Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ; S'il en demeure dix, je serai le dixième.
Et, s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! Jersey, 2 décembre, 1852.