A MA FILLE
O mon enfant, tu vois je me soumets, Fais comme moi ; vis du monde éloignée ; Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
— Résignée ! —
Sois bonne et douce, et lève un front pieux. Comme le jour dans les cieux met sa flamme, Toi, mon enfant, dans Tazur de tes yeux Mets ton âme !
Nul n'est heureux et nul n*est triomphant.
L'heure est pour tous une chose incomplète; L'heure est une ombre, et notre vie, enfant, En est faite.
Oui, de leur sort tous les hommes sont las.
Pour être heureux, à tous — destin morose ! — Tout a manqué. Tout, c'est-à-dire, hélas I Peu de chose.
Ce peu de chose est ce que pour sa part, Dans l'univers chacun cherche et désire:
Un mot, un nom, un peu d'or, un regard.
Un sourire !
La gaîté manque au grand roi sans amours; La goutte d'eau manque au désert immense.
L'homme est un puits où le vide toujours Recommence.
Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs.
Prend en pitié nos jours vains et sonores.
Chaque matin, il baigne de ses pleurs Nos aurores.
Dieu nous éclaire, à chacun de nos pas.
Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes; Une loi sort des choses d'ici-bas.
Et des hommes.
Cette loi sainte, il faut s'y conformer, Et la voici, toute âme y peut atteindre: Ne rien haïr, mon enfant, tout aimer, Ou tout plaindre.