LE VASE BRISÉ
Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé ; Le coup dut effleurer à peine.
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure.
Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé ; Personne encore ne s'en doute.
N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime.
Effleurant le cœur, le meurtrit ; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt.
Toujours intact aux yeux du monde.
Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde, Il est brisé, n'y touchez pas.
2/2 LITTÉRA TURE^ FRANÇAISE.