‹ Littérature française: deuxième annéChapitre 134 sur 153 · LES YEUX · texte numérisé non relu

LES YEUX

Bleus OU noirs, tous aimés, tous beauxi Des yeux sans nombre ont vu l'aurore; Ils dorment au fond des tombeaux, Et le soleil se lève encore.

Les nuits, plus douces que les jours, Ont enchanté des yeux sans nombre; Les étoiles brillent toujours Et les yeux se sont remplis d'ombre.

Oh ! qu'ils aient perdu le regard, Non, non, cela n'est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part Vers ce qu'on nomme l'invisible;

Et comme les astres penchants Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants.

Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Ouverts à quelque immense aurore.

De l'autre côté des tombeaux Les yeux qu'on ferme voient encore.

l'amour maternel.

Fait d'héroïsme et de clémence.

Présent toujours au moindre appel, Qui de nous peut dire où commence.

Où finit l'amour maternel ?

Il n'attend pas qu'on le mérite, Il plane en deuil sur les ingrats ; Lorsque le père déshérite, La mère laisse ouverts ses bras ;

Son crédule dévoûment reste Quand les plus vrais nous ont menti.

Si téméraire et si modeste Qu'il s'ignore et n'est pas senti.

Quel est l'ami qui sans colère Se voit pour d'autres négligé ?

Qu'on méconnaît sans lui déplaire.

Si bon qu'il n'en soit qu'affligé ?

Quel ami dans un précipice Nous joint sans espoir de retour, Et ne sent quelque sacrifice Où la mère ne sent qu'amour ?

Lequel n'espère un avantage Des échanges de l'amitié ?

Que de fois la mère partage £t ne garde pas sa moitié !

O mère, unique Danaïde

Dont le zèle soit sans déclin,

Et qui, sans maudire le vide,

Y penche un grand cœur toujours plein!

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