LESAGE
Lesage est un des écrivains du i8* siècle qui ont le mieux résisté au temps et à la critique. Il écrivit
l6 LITTÉRATURE FRANÇAISE.
deux comédies, Crispin rival de son maître et Turcaret, et plusieurs romans, dont les plus connus sont le Diable boiteux et Gil Blas.
Gil Blas est le premier véritable roman de mœurs qui ait été écrit, et le plus grand roman de Tépoque : il est douteux qu'il ait été surpassé. C'est une œuvre d'un réalisme élégant, plein de finesse et d'observation, l'image fidèle du train ordinaire de la vie et de l'indifférence habituelle des hommes au vice et à la vertu.
La lecture en est facile, attrayante et en somme profitable, quoique l'auteur ne vise pas à un niveau moral très élevé.
Walter Scott admirait beaucoup Lesage. Il a loué surtout l'expression pittoresque et le talent de description du romancier français. Mais les beautés descriptives étaient pour Lesage le moindre des soucis. Le cours ordinaire des choses est son meilleur théâtre. C'est la vérité dans la vie qui constitue la nouveauté et l'intérêt de son livre.
L'ABB£ PBÉTOST. (1697-1763.)
L'abbé Prévost est le romancier pathétique du i8' siècle. Il écrivit beaucoup et toute espèce de choses, romans, histoires, compilations, journaux. Un jour il eut une inspiration heureuse, il écrivit Manon Lescaut.
Ce roman seul le fait vivre. * C'est une histoire des passions racontée avec une simplicité qui touche, avec un accent qui pénètre. L'abbé Prévost n'était pas seulement un auteur, disait Voltaire, mais un homme ayant connu et éprouvé ce qu'il raconte.
Il donna une traduction des romans de Richardson et aida l'influence du goût anglais préconisé par Voltaire. Il aurait pu acquérir une grande renommée, s'il avait su l'art de la composition, et, écrivant moins, avait écrit avec plus de soin et de méthode.
ÉCRIVAINS SECONDAIRES, l?
MABIYAUX. (1688-1768.)
Marivaux a écrit des comédies et des romans. Le meilleur de ces derniers est Marianne. On y trouve de la grâce et de la délicatesse, une manière de dire piquante et originale. Le grand défaut de l'auteur, c'est la recherche, Tabus de l'esprit.
Son nom est resté attaché à un certain genre de style plein de subtilités et d'affectation, et dépourvu de naturel: on l'appelle marivaudage.
Voltaire a finement jugé Marivaux, quand il a dit: Il connait tous les sentiers qui aboutissent au cœur humain, il n'en sait pas la grande route.