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LES BŒUFS

J'ai deux grands bœufs dans mon étable, Deux grands bœufs blancs, marqués de roux, La charrue est en bois d'érable, L'aiguillon en branche de houx; C'est par leurs soins qu'on voit la plaine Verte l'hiver, jaune l'été; Ils gagnent dans une semaine Plus d'argent qu'ils n'en ont coûté.

S'il me fallait les vendre J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir que voir mourir mes bœufs.

Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit, Bravant la pluie et la tempête.

Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid ?

Lorsque je fais halte pour boire.

Un brouillard sort de leurs naseaux, Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux.

S'il me fallait les vendre, etc.

Ils sont forts comme un pressoir d'huile, Ils sont doux comme les moutons; Tous les ans on vient de la ville Les marchander dans nos cantons.

Pour les mener aux Tuileries, Au mardi gras, devant le roi.

Et puis les vendre aux boucheries.

Je ne veux pas, ils sont à moi.

S'il me fallait les vendre, etc.

Quand notre fille sera grande, Si le fils de notre régent

En mariage la demande,

Je lui promets tout mon argent;

Mais si pour dot il veut qu'on donne

Les grands bœufs blancs marqués de roux.

Ma fille, laissons la couronne,

£t ramenons les bœufs chez nous.

S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma/emme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir que voir mourir mes bœufs.

JOSÉPHIN 80ULABT. (1815-1801.)

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