Acte IV, Scène III
Gérante. Qu'est-ce qu'un philosophe ? Un fou, dont
le langage N'est qu'un tissu confus de faux raisonnements; Un esprit de travers, qui, par ses arguments, Prétend en plein midi faire voir des étoiles; Toujours après l'erreur courant à pleines voiles. Quand il croit follement suivre la vérité; Un bavard inutile à la société, CoifiFé d'opinions et gonflé d'hyperboles, Et qui, vide de sens, n'abonde qu'en paroles.
Ariste. Modérez, s'il vous plaît, cette injuste fureur; Vous êtes, je le vois, dans la commune erreur; Vous peignez un pédant, et non un philosophe.
Gérante. Mais je les crois tous deux taillés en même
étofiFe.
Ariste. Non pas; le philosophe est sobre en ses
discours, Et croit que les meilleurs sont toujours les plus
courts; Que de la vérité l'on atteint l'excellence Par la réflexion et le profond silence.
Le but d'un philosophe est de si bien agir Que de ses actions il n'ait point à rougir.
Il ne tend qu'à pouvoir se maîtriser soi-même, C'est là qu'il met sa gloire et son bonheur suprême. Sans vouloir imposer par ses opinions Il ne parle jamais que par ses actions.
Loin qu'en systèmes vains son esprit s'alambique, Strç vrai, juste, bon, c'est son système uni(|u^
Humble dans le bonheur, grand dans Tadversïté, Dans la seule vertu trouvant la volupté, Faisant d'un doux loisir ses plus chères délices, Plaignant les vicieux et détestant les vices, Voilà le philosophe, et, s'il n'est ainsi fait, Il usurpe un beau titre et n'en a pas l'efiFet.