ALEXANDRE DUMAS
Alexandre Dumas a eu une grande place parmi les romanciers de son temps. Il a beaucoup amusé ceux qui Tout lu, et il amusera toujours ceux qui le liront ; mais parmi les innombrables livres signés de son nom il n'en est pas un seul, dont on puisse dire : Voilà une œuvre de génie sûre d'obtenir les suffrages et l'admiration de la postérité.
Il naquit à Villers-Coteret en 1803. Fils d'un général de la république, il avait pour grand-père le marquis de la Pailleterie et pour grand'mère une négresse. Sa première éducation fut négligée : peu de travail de tête et beaucoup d'action, d'exercice, de chasse, de courses au grand air. De là une santé de fer, de la gaieté et une grande force d'endurance.
Quand la passion des lettres le prit, il travailla d'abord pour le théâtre. Son drame de Henri III le 10 février, 1829, inaugura le drame moderne, du moins comme il le comprenait, après avoir lu Shakespeare, Calderon, Molière et Schiller. Il ne connut que les modernes et ne s'inspira que d'eux. Son ignorance des anciens était à peu près complète, mais si son intelligence était peu cultivée, elle était singulièrement active, prompte à saisir les choses, à les retenir et à les approprier. Il avait une verve intarissable, une intrépidité qui ne doutait de rien, une grande vivacité d'esprit, une fécondité inépuisable et une belle humeur que rien ne pouvait troubler.
Ses drames se distinguent par la brutalité de l'action et une liberté de peinture qui était inconnue sur la scène et souvent choquante. Son défaut fut de ne donner ni assez de temps ni assez de soin à ses œuvres, et le temps ne respecte que les œuvres qu'on a faites avec lui.
De tout ce qu'il fit pour le théâtre son drame d'Anthony est le plus violent et sa comédie Mademoiselle de Belle-Isle celle qui réussit le mieux.
C'est surtout comme romancier que Dumas est
connu. Ses romans ont enchanté toute une génération de lecteurs; la liste en est interminable. On y trouve les mêmes qualités' et les mêmes défauts que dans ses drames: imagination, verve, rapidité d'action, entrain du dialogue, intérêt soutenu ; même manque de réflexion et de profondeur, même légèreté, même négligence, même indifférence à la morale.
Il a trop écrit ; c'est là son tort et la source de ses défauts. Ce grand prodigue avait beaucoup de besoins ; il lui fallait de l'argent, beaucoup d'argent. Pour en gagner il mit à contribution non seulement son talent et ses forces, mais aussi ceux des autres. Il employait des collaborateurs, des ouvriers anonymes, dont il signait les productions. De pareilles conditions de travail sont excellentes pour produire beaucoup de livres, détestables pour produire de bons livres.
Il mourut le 5 décembre, 1879, à Puits, près de Dieppe, chez son fils, digne héritier d'un nom, dont il rehaussa la gloire.
Les plus populaires de ses romans sont : le Comte de Monte-Cristo, les trois Mousquetaires, Vingt ans après, le Vicomte de Bragelonne, Joseph Balsamo, le Collier de la reine, la Comtesse de Charny, le Chevalier de Maison rouge, les Mohicans de Paris.
OCTAYE FEUILLET.
Octave Feuillet, un des romanciers français contemporains les plus justement populaires, naquit à St. Lô en Normandie en 181 2, et mourut le 28 décembre
Sa vie fit peu de bruit et eut peu d'éclat.
Il se fit remarquer de bonne heure par ses aptitudes littéraires. Il suivit d'abord les traces des écrivains qui paraissaient être les maîtres du jour, G. Sand, Musset, Balzac et Sandeau. Cela se voit par ci par là dans ses premières œuvres, Scènes et Proverbes; mais ce qu'on y remarque surtout, c'est l'élégance, la vérité et une rare justesse d'accent. Un autre carac^
tère — c'est que chacune de ses pièces avait un sens; elle tendait à prouver quelquechose, et le prouvait.
Ses romans, plus que ceux d'aucun autre romancier, ont les qualités propres aux pièces de théâtre: peu de descriptions, peu de portraits, mais des faits, des sentiments, des discours ou des actions.
Il avait Fart du dialogue et le talent de le faire servir à la peinture des caractères et des passions. Il avait l'imagination romanesque et le tour d'esprit optimiste.
Le romanesque et l'optimisme n'ont pas consisté pour lui à croire que les choses finissent par s'arranger. Personne n'a écrit des romans plus tragiques, à dénouements plus cruels, sanglants et irréparables. Il ne le manifeste non plus par l'invraisemblance des événements ni par l'idéalisation des personnages. La plupart de ses écrits sont des scènes de la vie réelle, et quelques uns de ses personnages très près d'être de simples criminels. Ce qu'on peut dire, c'est qu'il a commencé par croire la vie plus facile et l'humanité meilleure qu'elles ne le sont, le devoir plus agréable et la passion plus aisée à diriger.
Il y avait en lui un goût inné pour la distinction. Son éducation et son instinct l'éloignaient de tout ce qui est grossier et vulgaire. Il sentait le besoin d'un idéal, et il le défendit contre les attaques du naturalisme et du positivisme. Il revendique pour l'art en général et pour le roman en particulier le droit de discuter les idées les plus hautes; il s'en est servi pour aborder des questions intéressantes et répandre certaines idées. Il serait étrange de lui en faire un reproche. Quiconque écrit a le droit de donner son opinion sur les choses, et les idées qu'un romancier croit justes il n'a pas besoin, plus qu'un autre homme, de les cacher ou de les laisser en dehors de son œuvre, sous prétexte que cela ne se convient pas dans une œuvre d'art. L'art est plus humain que cela, et l'artiste a le droit de se préoccuper de tout ce qui agite et remue la société.
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Une préoccupation a passé pour Octave Feuillet avant toutes les autres; c'est celle de la condition des femmes dans notre société moderne. Il s'est constitué leur avocat, et dans ceux même de ses romans où il les maltraite, c'est leur cause qu'il plaide.
Il s'est limité à la peinture du monde, surtout du beau monde, et aimait aussi peu à disserter qu'à décrire. Mais tout en demeurant le plus mondain des romanciers, il en est le plus hardi et le plus pathétique. A part le Roman d'un jeune homme pauvre, un Mariage dans le monde et les Amours de Philippe, tous ses romans finissent mal. Nul ne s'est moins soucié que lui de punir le vice ou de récompenser la vertu, mais nul n'a plus sûrement apprécié ce qui fait l'honneur des hommes et la vertu des femmes.
Il avait l'âme noble et naturellement haute. Ceuxlà même qui n'ont point beaucoup d'admiration pour son œuvre conviennent qu'Octave Feuillet était un modèle de galant homme.
Peu d'artistes ont reçu sa forte éducation morale, peu d'artistes ont travaillé plus patiemment, plus constamment à la perfectionner; c'est pourquoi il y en a peu qui aient laissé une œuvre plus noble en son ensemble, et où l'on voie plus distinctement ce que peut l'alliance du talent et du caractère.
Ses principales œuvres dramatiques sont: la Crise, Rédemption, la Partie de dames, la Clé d'or, le Village, le Cheveu blanc, Dalila, le Pour et le Contre, Péril en la demeure, la Fée, la Tentation, Montjoye, le Roman d'un jeune homme pauvre et le Sphinx. Ses principaux romans: le Roman d'un jeune homme pauvre, la Petite Comtesse, les Amours de Philippe, Sibylle, un Mariage dans le monde, la Morte et Honneur d'artiste.