‹ Littérature française: deuxième annéChapitre 76 sur 153 · LITTÉRATURE.— CRITIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE.— CRITIQUE

YILLEMAIN.

Abel François Villemain naquit à Paris en 1790. Sa mère était une femme spirituelle et distinguée, qui veilla sur l'éducation de son fils avec sollicitude. Il apprit bien le grec sous un maître qui était excellent helléniste. Luce de Lancival fut son professeur de rhétorique française; il lui arrivait souvent d'être absent ou en retard. Un jour Villemain s'installa dans le fauteuil du professeur et se mit à traiter le sujet de la leçon avec une facilité et une élégance qui émçrveil'

lèreiit ses condisciples. Le professeur suppléant était tout trouvé.

Il était doué d'une mémoire extraordinaire, qui le servit bien dans toute sa carrière. A l'âge de douze ans il jouait la tragédie grecque, et trente ans plus tard il savait encore, et récitait à ses amis étonnés tout son rôle d'Ulysse dans la tragédie de Philoctète.

Presque au sortir du collège il fut nommé par le grand-maître de l'Université, M. de Fontanes, maître de conférences à l'Ecole Normale. Il avait 19 ans.

Il débuta dans la critique par trois triomphes aux concours de l'Académie, l'un pour les Avantages et Inconvénients de la critique, qu'il eut le triste privilège de lire (1814) en séance solennelle, en présence du roi de Prusse et de l'empereur de Russie; les deux autres pour l'Eloge de Montaigne et l'Eloge de Montesquieu.

En 18 14 il avait quelque temps été suppléant de Guizot pour l'Histoire moderne, et avait professé sur le 15^ siècle. En 181 6 il eut la chaire de littérature française et d'éloquence, et par son élégante et brillante parole justifia pleinement le titre de sa chaire. En 1821 il fut reçu à l'Académie, y remplaçant à 31 ans M. de Fontanes, son protecteur. C'était la plus haute récompense que pouvait lui valoir l'éclat de son enseignement dans la chaire d'éloquence à la Sorbonne.

Les succès qu'il eut là comme professeur et comme écrivain le rendirent très populaire. Il devint le favori du monde; on se faisait un honneur de le recevoir et de le complimenter dans les salons les plus aristocratiques. "Courage, lui dit Mme. de Staël, vous arriverez au sommet de la gloire des lettres." Il eût été difficile de trouver un causeur plus aimable et plus spirituel. Il lui manquait les grâces extérieures ; mais il avait tant d'agréments d'esprit, tant de charmes de conversation qu'il pouvait s'en passer.

Villemain renouvela la critique comme Augustin Thierry l'histoire et Cousin la philosophie, par la

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