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science et par la méthode. Sachant à fond le grec, il aimait et connaissait l'antiquité; il savait ou étudiait le Moyen-Age et les littératures étrangères.
Ses leçons étaient de véritables solennités littéraires ; elles attiraient non seulement la jeunesse des écoles, mais encore les hommes de tout âge et des conditions les plus élevées.
C'est surtout vers 1827, par le silence à peu près absolu des autres chaires et la disette de toute autre parole publique, que le cours de M. Villemain jouit d'une influence extraordinaire ; chacune de ses leçons était un événement et une fête.
Ceux qui l'ont entendu parler attestent son charme irrésistible comme orateur. Il y avait dans sa voix sonore et chantante, dans la souplesse de son esprit, dans la vivacité de ses saillies, dans l'a propos et l'imprévu de ses anecdotes et de ses allusions, dans sa négligence même et ses familiarités, quelque chose qui est perdu dans ses livres, si bien écrits qu'ils soient.
L'histoire de la littérature, comme il l'a entendue et pratiquée, comprend avec l'analyse et l'examen des œuvres françaises les plus remarquables, l'exposition de ce qui les a inspirées et produites, et des influences qu'elles ont à leur tour exercées, les rapprochements qu'elles suggèrent avec les littératures de l'antiquité et celles des nations étrangères, et la peinture des conditions sociales sous lesquelles elles se sont développées. A propos de la corruption morale et de la licence intellectuelle qu'on est en droit de reprocher au 18^ siècle, et qu'on attribuait communément aux écrits de cette époque, il a montré qu'elle a été, non pas produite, mais seulement exprimée par eux, et que la vraie cause des excès, auxquels on se livra alors, a été le despotisme insensé du gouvernement et la suppression de toute liberté de discussion.
Les cours de Villemain, recueillis par la sténographie, forment le Tableau de la Littérature française au Moyen-Age et au Dix-huitième siècle. Ce sont six volumes qu'on relit toujours avec intérêt et profit. Sçs
autres ouvrages sont : le Tableau de l'Eloquence chrétienne au IV^ siècle, une Etude sur Chateaubriand, un Essai sur le génie de Pindare et la poésie lyrique, des Etudes et des Mélanges littéraires, une Histoire de Cromwell et une Histoire de Grégoire VII.
Après la révolution de 1830, sous Louis Philippe, il fut membre du conseil royal de l'instruction publique, pair de France et ministre de l'instruction publique. Ses Souvenirs contemporains ont un grand charme et jettent un jour nouveau sur certains événements et certains personnages de la fin de l'empire.
Le plus bel éloge qu'on ait fait de son cours de littérature se trouve dans les paroles suivantes d'Augustin Thierry : " Je trouvais là dans la plus haute perfection l'alliance de la critique et de l'histoire, la peinture des mœurs avec l'appréciation des idées, le caractère des hommes et le caractère de leurs œuvres, l'influence réciproque du siècle et de l'écrivain. Cette double vue, reproduite sous une multitucie de formes, avec une variété d'aperçus vraiment merveilleuse, élève l'histoire littéraire à toute la dignité de l'histoire sociale, et en fait comme une science nouvelle dont M. Villemain est le créateur."
Il mourut en 1870, dans une retraite studieuse, après avoir justifié en quelque sorte, par la durée de l'emploi, le titre de secrétaire perpétuel de l'Académie française, dont il remplissait les fonctions.
SAINTE-BEUYE.
Charles Augustin Sainte-Beuve naquit en 1804 à Boulogne-sur-mer. Il ne connut point son père et ÎFut surtout, ainsi que beaucoup d'autres hommes marquants, le fils de sa mère. Au sortir du lycée Charlemagne, où il se distingua, il suivit pendant trois ans les cours de l'école de médecine; il fit même une année d'externat à l'hôpital Saint-Louis. Plus tard il se rappelait avec complaisance cette époque de sa jeunesse, et le privilège d'accompagner le fameux chirurgien Dupuytrçn dans sa visite à travers les
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salles. Ces études physiologiques durent vivement frapper son esprit. Nul doute qu elles n'aient contribué à donner une certaine direction à sa réflexion philosophique, et qu'il ne faille chercher là le germe et la conception première de la méthode qu'il a inaugurée dans la critique littéraire.
Il avait eu pour professeur de rhétorique M. Dubois. Quand celui-ci fonda le journal le Globe en 1824, il appela Ste-Beuve à faire partie de la rédaction. Durant trois années celui-ci y écrivit de courts articles signés S. B. L'école était bonne. Ce fut là qu'il apprit à connaître le philosophe Jouffroy, MM. de Rémusat, Vitet, Ampère, Mérimée et d'autres hommes éminents qui comptaient parmi les rédacteurs du Globe.
Il fut ensuite admis dans la petite société qu'on appelait le Cénacle, et où il se rencontrait avec des poètes, des peintres, des sculpteurs, artistes d'un mérite inégal, mais tous pleins d'une égale confiance dans leur vocation et leur génie, V. Hugo, Anthony et Emile Deschamps, David d'Angers (le sculpteur), Louis Boulanger (le peintre), Alfred de Vigny et A. de Musset. Il devint alors partisan de la nouvelle doctrine littéraire et mit sa plume au service de l'école romantique. C'est à cette époque (i 829-1 840) qu'il écrivit trois volumes de poésies, Joseph Delorme, les Consolations et Pensées d'août, le roman Volupté, le Tableau de la poésie française au seizième siècle, et qu'il commença son histoire de Port-Royal.
La réputation de critique a effacé pour Ste-Beuve celle de poète, pourtant il y a dans ces recueils de vers des pièces d'une franche inspiration et d'une belle facture, qui justifient les éloges dont elles furent l'objet et qui méritent d'être sauvées de l'oubli.
A partir de 1831 il écrivit pour la Revue des deux Mondes. Il y publia sous le titre de Portraits littéraires de belles et larges études. Les contemporains les plus illustres y étaient appréciés sur un ton de bienveillance respectueuse, qui n'exclut ni la dignité ni la liberté du jugement. Il ne laissa pas encore
percer cette amertume et cette sécheresse- de cœur qui caractérisent souvent les articles qu'il écrivit plus tard.
En 1843 il fut nommé à l'Académie française en remplacement de C Delavigne. Cette élection n'eut pas lieu sans difficulté. V. Hugo, dit-on, vota onze fois contre lui, et ce fut V. Hugo qui prononça en le recevant le discours d'usage. " La singularité de cette situation, a écrit Ste-Beuve, attira beaucoup de monde à cette cérémonie."
Lors de la Révolution de février, 1848, qui dérangeait ses habitudes et troublait le calme de sa vie, il quitta Paris pour aller professer à Liège un cours de littérature française. Quand il revint, une année après, il accepta la proposition qui lui fut faite d'écrire chaque semaine, pour le journal le Constitutionnel, un article de critique littéraire dans le numéro du lundi. Ces articles réunis sous les titres de Causeries du lundi et Nouveaux Lundis forment une œuvre considérable qui, joignant les deux séries, ne comprend pas moins de 28 volumes.
Il continua cette œuvre, quelquefois interrompue, mais toujours reprise, au Moniteur officiel de l'empire, puis encore au Constitutionnel, puis au journal le Temps. Il y aborde toutes les questions et discute toutes les idées. Ce n'est plus seulement de la critique littéraire, c'est de la philosophie, de l'histoire, de l'esthétique. Sa méthode consiste, comme il Ta dit lui-même, à ne pas séparer la production littéraire du reste de l'homme et de son organisation, à tenir compte de toutes les influences de race, de milieu, d'éducation qu'il a subies, des habitudes, des passions, des croyances et des opinions qu'il a eues.
Cette méthode tend sensiblement vers celle qui a été pratiquée par M. Taine; elle est moins physiologique et moins fataliste, mais elle resserre déjà dans un cercle fort étroit et très décourageant le jeu de la volonté et de la liberté. Elle n'est ni sûre ni complète ; elle rend compte des procédés d'instruction,
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elle ne révèle pas le sens intime, le principe au nom duquel on juge les hommes et les œuvres. Ste-Beuve les jugeait souvent avec une singulière sûreté, parce que, dans toutes ses vacillations et ses palinodies, un sens subsistait chez lui, ardent, vivace et lumineux, le sens du goût entendu dans son acception la plus large, celui d'une appréciation instinctive des convenances esthétiques et morales.
Dans ses premiers écrits le style de Ste-Beuve n'a pas les qualités qu'il acquit plus tard. Dans ses Causeries du lundi il atteignit à toute la perfection dont il était capable. Son style est alors délicieux de souplesse, de naturel et de vivacité.
Quoique d'une nature un peu grossière et capable de colère et de méchanceté, Ste-Beuve était obligeant et charitable. Sous ce rapport sa correspondance avec la princesse Mathilde, la cousine de l'empereur Napoléon III, lui fait grand honneur. La majeure partie de ses lettres à la princesse est consacrée à lui signaler des infortunes, qui reçoivent aussitôt leur soulagement. C'est aussi à la vaillante amitié de cette femme distinguée qu'il dut d'être nommé sénateur en
Il mourut le 13 octobre, 1869. Sa vie ne forme pas un tout très harmonieux, mais en somme elle a été bien remplie. Il a été un travailleur infatigable. " Je descends, a-t-il dit lui-même, le mardi dans un puits d'où je ne sors que le dimanche."
La liste de ses oeuvres comprend trois volumes de poésie, le Tableau de la poésie française au 16^ siècle, le roman Volupté, Portraits littéraires. Portraits Comtemporains, Portraits de femmes, une Histoire de Port-Royal, une étude sur Virgile, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire, les Causeries du Lundi (15 vols.) et Nouveaux Lundis (13 vols.). Plusieurs volumes ont été publiés depuis sa mort, entre autres Cahiers et Chroniques parisiennes.
Dans ses Causeries du lundi et ses Nouveaux Lundis il a laissé un des plus beaux monuments de la critique
moderne. Il en avait presque le génie, et il s'en serait servi avec une autorité magistrale, si la bile de ses antipathies et de ses rancunes, n'avait quelquefois troublé la clarté intérieure qui donne une juste vision des hommes et des choses.