FONTENELLE
Fontenelle était un neveu du grand Corneille. Il avait l'esprit philosophique, l'intelligence vive et fine, et un grand amour de la paix. On l'a appelé le plus aimable des égoïstes. Il disait : Si j'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. Il écrivit des vers sans être poète, et en prose les Entretiens sur la pluralité des mondes et les Eloges des Académiciens.
Le premier ouvrage a pour but de populariser la 3ciçnçç ; on a reproché à l'auteur d'y avoir fait une
plus grande dépense d'esprit et de belles phrases que le sujet n'en comporte.
€ONDILLA€. (1715-1780.)
S'il y a une chose dont le i8* siècle aimait à se vanter plus que d'une autre, c'est sa philosophie. Si philosophie veut dire absence de respect et intempérance de pensée et de langage, il n'avait pas tort. Jamais on n'a plus abusé de cette liberté d'esprit qui, sous le prétexte de tout examiner et de tout discuter, déraisonne sur tout, et pervertit le sens de tout.
Le porte-drapeau de la philosophie du i8* siècle est Condillac.
Disciple de Locke, dont il n'avait pas les grandes qualités intellectuelles, il fut en France l'apôtre du sensualisme. Son principal ouvrage est l'Essai sur l'origine des connaissances humaines. Il eut beaucoup de lecteurs à une époque, où il était à la mode d'apprendre à penser. Condillac, par un certain artifice de méthode et de lucidité, semblait mettre cette science à la portée de tout le monde; en réalité il l'abaissait en retranchant tout ce qu'elle avait d'élevé.
D'ALEMBEBT. (1717-1783.)
Une oeuvre qu'on ne peut passer sous silence en parcourant le dix-huitième siècle, c'est l'Encyclopédie.
Rien n'est aujourd'hui plus commun que les ouvrages de ce nom. Il y a peu de bibliothèques qui n'en aient une ou plusieurs, et, dans l'état actuel des connaissances, on se passerait difficilement de ces répertoires généraux, arrangés alphabétiquement, et ayant, en quelque sorte, une réponse prête pour chaque question. C'est à une association d'écrivains français du i8* siècle que revient l'honneur d'en avoir eu la première idée. On les appelle les Encyclopédistes. Les deux principaux sont d'Alembert et Diderot.
P'Alernbm a écrit le Discours prélimmaire de
TEncyclopédie. C'en est peut-être la meilleure partie. La pensée de Tœuvre y est expliquée clairement, le but déterminé avec netteté; il y manque l'imagination et le sentiment. D'Alembert n'avait pas en lui ce qui fait le penseur profond et le grand écrivain. • Il excellait dans la géométrie: peut-être s'y serait-il élevé au premier rang, s'il avait donné à la science tout le temps qu'il donna aux lettres, sans atteindre même au second.
De caractère il était modeste et désintéressé. Il refusa la présidence de l'Académie de Berlin, que lui offrait Frédéric le Grand, et un traitement de cent mille francs que lui proposa Catherine II pour venir en Russie faire l'éducation de l'héritier de l'empire.
DIDEROT. (17ia-1784.)
Diderot avait ce qui manque à d'Alembert, l'imagination et la verve. Son activité et sa fécondité étaient prodigieuses. La dixième partie de ce qu'il écrivit ou dicta aurait suffi à l'immortaliser, s'il avait eu de l'ordre, du bon sens et plus de moralité. 11 était écrivain par tempérament; il produisait, comme une terre en friche, plus d'ivraie que de bon grain. Il prêcha de mauvaise philosophie, fit des drames malsains, composa des romans licencieux. Ce qu'il laissa de meilleur ce sont ses Salons, articles de critique littéraire et artistique, et ses Lettres.
Les lettres de d'Alembert ont fait tort à sa mémoire; celles de Diderot témoignent en faveur de l'homme, et montrent, ce qui n'est pas le seul exemple au dix-huitième siècle, un auteur qui vaut mieux que ses ouvrages.