CHAPITRE VIL
iNsmucnoir publique. — voésœ modibiui.
Dans sou isolement au sein de l'Océan, la pauvre lie d'Islande n'est point restée étrangère au mouvement iotellectuel de notre époque. I^e gouyemement danois, qui, entre tous les gouvernements européens, se dislingue par son zèle pour Tinstruclion du peuple, s'est occupé avec une active sollicitude des écoles d Islande. L'intérêt que les savants du IMord ont manifesté pour les productions littéraires de ia patrie de Snorri et leurs publications n'ont pas peu contribué à raviver parmi les Islandais le goût de Tétude et Tamour de leur liistoire, de leur j)()e sie. Grâce à ces divers mobiles, la demeure des pauvres paysans islandais offre aujourdliui aux regards du voyageur un intéressant objet d'observation. Chez tous ces paysans, on trouve la Bible et les sagas.
La Bible et les sagas, c'est leur dot de mariage , c'est le legs de leur père, c'est le iiéscjr de lauiille qui a succédé à la cotte d armes du vikmgr, à la
bâche des berserkir. Dans les longues soirées d liiver, quand la tempête gronde autour de Thumble bafr, quand la neige couvre tous les chemins et interrompt toutes les communications, la famille du
paysan se réunit dans une nunie salle. I^s femmes préparent les vêlements <ie laine , les liommes façonnent leurs instruments de pêche ou d'agriculture , et, à la lueur d*un paie flambeau , le maître de la maison prend un livre et lit à haute voix. Souvent même , si les livres lui manquent, il récite par cceur des firagmenls de poèmes, et des sauras entières. Ainsi tous appreinient à connaître leur iustuire, les actions de valeur de leurs ancêtres, et les faits d'armes qui ont illustré le lieu qu'ils habitent et les lieux qu'ils parcourent. Neuf siècles sont passés, et les noms de ceux qui ont peuplé ces montagnes d'Islande sont redevenus populaires parmi leurs descendants, et les exploits de ces soldats aventureux qui s'en allaient sur leur barque fragile braver la guerre et les orages, font encore palpiter le coeur pacifique de ces habitants du baer qui ne pensent plus qu*à élever leurs moutons , ou à jeter leurs filets le long de la côte.
Quand le paysan a In tons les livres qu'il possède, il fait un écljange avec ses voisins. Le dimanche il emporte à Téglise sa bibliothèque. 11 prête ses sagas à ceux qui ne les connaissent pas encore , et les autres paysans lui prêtent les leurs. Il est aussi tel livre qu'il relit régulièrement cliaqne hi\ ( : , li < ti r^t d autres qu'il copie en entier. On voit dans plusieurs habitations de gros volumes in-folio écrits avec le plus
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grand soin. C'étaient les traditions que le paysan avait lui-même copiées » faute de pouvoir les acheter.
La société de Copenlia£»ue a rendu un e^rand service à lûutes res réunions de famille en publiant à un prix modéré une nouvelle collection de sagas Aussi les paysans islandais ont»ils souscrit avec empressement à cette collection.
Si de la demeure du fermier nous passons h celle du prêtre ou du sysselman , le cercle de connaissances s'agrandit et Tctonnement redouble. Que de fois je me suis arrêté avec un sentiment de vénération dans un de ces presbytères isolés au milieu des cbampsde lave! J'entrais dans une chambre humide, malsaine, dépouillée de meubles ; mais sur les coffres en bois, sur les fenêtres, sur une planclie clouée contre la muraille, j'apercevais les meilleurs livres de science et de littérature » et un homme couvert d*une mauvaise redingote s'avançait vers moi, prêt à me répondre en quatre ou cinq langues, prêt k me parler des grands poètes modernes et des classiques anciens Dans ces
* Fommanna ««e|g«r. Copenhague, 1830. Il en i d^à paru 11 vol. in* S*. M. Rafn a aussi publié un recueil importani sous le titre de Fomaldar stegutt 3 vol. în^S*.
* Cest dam un de ces malheureux presbytères que Torlaluon traduint en vers fidèles et élégants VEtnU turVhomme de Fope et le Panuii0 perdu de Mil ton. Dans un autre, nous avons trouve un jeune prêtre qui avait vendu son mince patrimoine pour voyager, et qui, en s' imposant de longues privations, était parvenu à visiter successivpmenî rAlleinagne, la Fmncc, l'Angleterre, l'Italie et la Grècf. Il ciJimaissait tout»' notre littérature moderne, et nous ritait avcr )>nnheur les «oins {lc> cci ivains dont il avait étudie les œuvres et de;, prolesseurs dont il avait suivi les cours.
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babilatioiis solitaires le pauvre prêtre n'aperçoit devant lui que Téglise et le cimetière, Tégliae où il a été baptisé, le cimetière où il a déjà marqué sa tombe à côté de celle de son père. Pas un être n*est là pour
répondre à ses pensées, pour l'encourager dans ses efTorts. Tout ce que nous appelons gloire, fortune, moyens d'émulation, tout cela est perdu pour lui; et cependant il travaille, il s'instruit, il se fait à lui* même son monde poétique. Les muses, pour nous séduire , n'ont pas toujours besoin de venir à nous la téte couverte de laur iers, et 1 élude , que nous devrions déifier connue les muses, attire à elle, par un cbarme infini, plus d'un homme simple et dénué d*ambition , qui n^attend rien de son travail que le bonheur même de travailler.
Tous les Islantlais savent lire et écrire, ils n ut)t rependant point d école élémentaire publujue, ef il ne peut eu être autrement dans un pays où les habitations sont toutes disséminées à travers champs , et éloignées Tune de Tautre ; mab chaque bœr est une école, et chaque mère de famille se fait elle-même l'institutrice de ses enfants. \a soir, elle les ra?.î»euible autour d'elle, et leur donne ses leçons. Les entants orphelins ou appartenant à des parents incapables de s'occuper de leur éducation, sont placés, aux frais de la caisse des pauvres, dans une autre famille. C*est le prêtre (jui surveille ces diverses écoles , c'est lui qui interroge les élèves, qui approuve ou concianuie, et distribue aux pauvres femmes de pécheurs les livres élémentaires dont elles ont besoin. Le grand
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jour d*épreuve est celui où les enfanta se pilotent à la confirmalion. Pas un d'eux ne peut être admis
s'il ne sait lire et écrire, et ce serait pour une mère de famille islandaise uu vrai mnllieur de voir un de Ses fils échouer dans cet examen religieux.
Deux autres causes contribuent encore à entretenir parmi les Islandais le goût de Tétude, ce sont leurs longues nuits d*hiver -et leur isolement. Pendant près Je 1;> moitié do laiinée , ils vivent seuls, renfermés dans leur baer , dépourvus de toute société et de tout moyen de distraction. Que feraient-ils alors, s'ils n*aimaient le travail? Les uns Usent, les autres s'occupent d*ouvrages d'orfémrie oti de ciselure. L*ëté leur ramène la vie de voyage : Thiver leur impose la vie de solitude et de recueillement. Puis l'Islande est maintenant dotée de plusieurs établissements dont on aime à reconnaître l'heureuse influence. Il y a une imprimerie à Vidœ, une bibliothèque publique et une société littéraire à Reykiavik, une école latine à Besesstad.
La bibliothèque de Heykiavik fut fondée en 1 821 , par les soins de M. Rafm , professeur à Copenhague. Elle appartient à toute Tlslande, car toute l'Islande a contribué à la former, à l'enrichir. Le gouvernement danois ouvrit une souscription, et les particuliers donnèrent des livresetde l'argent. Chaque année encore le paysan, le prêtre, le marchand apportent leur tribut volontaire à cette bibliothèque , et cliaque année le gouvernement loi envoie les meilleurs livres imprimés à Copenhague* Aujourd'hui elle compte près de
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huit mille volumes, composés de classiques anciens et d'ouvrages étrangers. Le but des fondateurs est de la rendre aussi populaire que possible , et surtout d*y
former une collection complète de tous les ouvrages ayant rapporta l'Islande. Le lieu (qu'elle occupe n*esl pas disposé de manière quon puisse y venir lire, mais chaque semaine elle est ouTerte à jour fixe , et Fon prête des livres aux habitants des districts les plus éloignés, pour plusieurs mois et quelquefois pour nn an. Ainsi , ijuand l'Islandais des monlai^iies du Nord vient à UeYkiavik| la bibliothèque populaire s'ouvre pour lui, il y dépose son olTrande, et il prend les livres qu*il veut étudier. Si cette coutume présente un résultat fôcheux , celui de priver pendant un assez, loiiii espace de temps la bibliothèque de plusieurs ouvrages essentiels, elle offre l'avantage immense de faire circuler dans les familles une foule de bons livres qu'elles ne pourraient se procurer, de répandre comme une source abondante la vie intellectuelle dans toutes les artères de cette lointaine population.
1^ société iilléraire d'Islande date de 1816. Elle se divise en deux branches, celle de Copenhague et celle de Reykiavik. Son but est de propager en Islande le goût de la littérature , et de faire imprimer dans la langue du pays les livres les plus utiles. Lf nombre de ses membres n'est pomt limité. En même temps qu'elle cherche à s'attacher par un lien de confraternité littéraire des savants étrangers , elle enveloppe dans son vaste réseau toute Tlslande intellectuelle. A part
KX ISLANDE ET AU GROÊNLAND. âOU six cenls francs (ju elle reçoit chaque aniif c du 2:011vernement danois, cette société n'a pas d'autre ressource que la cotisation à laquelle se soumettent ses membres , et avec ce revenu précaire et le produit de ses publications, elle a fait paraître plusieurs ouvrages populaires et conU ibuc a la cuurection d'une carte générale de l'Islande.
Outre ces livres excellents d'histoire, de géographie, que la société répand dans chaque district, elle publie encore tous les mois un journal. Cest une simple feuille in-18 , qui a pour titre Courrier du midi (Sun* NA.N l^osTt RiNNj, une feuille créée exprès pour le peuple, écrite pour le peuple. Il n'y a là ui discussions politiques, ni querelles littéraires. Le paysan d'Islande, tout occupé de sa ferme, desapéche» est encore étranger à ces graves débats qui agitent si fort nos salons. Seulement le Courrier du midi lui dit de temps à autre ce qui se passe en Kiu ope, s'il y a une révolution, une guerre, un désastre, et cela lui suHit. 1^ plus souvent, on Fentretientde lui-même , on lui donne des conseils d*hygiène, d*agricuhare, d'économie domestique. Puis un rédacteur lui annonce les découvertes les plus utiles; un autre lui comimuiique ses observations astronomiques , et de temps en temps , un troisième chante sur le mètre des anciens scaldes le bonheur et les vertus de Flslande moderne. Le paysan est enchanté de voir tant de science et de sagesse réunies dans une
* Je citeraî , entre autres, la Stitrlunga saga» 4 vol. în-l; les Àmtatea H'tshittde, 3 vol. in-4j les poésies de Groendal» Olaf»* seD, etc.
SI petite feuille , et ctiaque mois il Tattenil avec impa*
lience; aussi le Courrier du //?/>// coiupte-t-ilj sur uue population de ciiiquaute mille liabilauts , onze ceots aboimés ^
Une société déjeunes gens instruits et zélés a fondée sous le titre de FtoirUr*, un jouroalqui s'écarte dédai-
gnousenieiil des roules paisibles frayées par le Cour* rier du midi. Il y a Iji, en littérature, un souffle romantique venu des côtes de France; eu politique, un vague retentissement de nos éternelles discussions et de nos {tassions orageuses, qui étonnent fort et quelque* fois effrayent sérietisement Tespi it pacifique des Islan* dais. \ v premier numéro de Fiotnii reiiferinait un fragment des Purofcs d'un crojani. L'humble prêtre qui avait traduit ce livr^ dans la langue des scaJdes m'en parlait comme d'une étrange fiction. .
Le journal de la jeune école islandaise parait chaque année. Il est écrit avec chaleur, si ce n'est avec habileté, el iiujirinit* avec luxe.
11 y avait autrefois, comme nous l'avons dit, deux écoles latines en Islande. Toutes deux furent d*abord réunies à Reykiavik, et en fSOti Fécole de Reykiavik fut transportée à Besesstad. Ce qu^on nomme Besesstad
• On pourrait citer beaucoup d'autres exemples de cet amour des Islandab pour la lecture. Les sagas riiuces de Vidœ sont toujours imprimées en très-grand nombre, et la dousième édition du recueil de sermons de Vidalin s'est vendue, il n'y a pas longtemps, à trois mille exemplaires.
* L*un des noms habituels d'Odin.
n'csl aulrc chose tju une église et une ferme. Il } a là quarante élèves, il ue peut y en avoir plus , taute de place. Encore couchent-Us deux à deui, ou plutôt quatre à quatre, dans une espèce d*annoire à double compartiment qui chaque soir se ferme hermétiquement sur eux, et dont l'aspect seul fait frémir. Si I on a pris à tâche de leur donner de bons maîtres et de leur enseigner beaucoup de choses en peu de temps, on s'est très>peu occupé de leur bien-être matériel. Leur existence est livrée à un économe qui , pour un prix déterminés se charge de les nourrir et de leur donner des souliers pendant huit mois de Taniiée*.
L^école s'ouvre au 1 octobre et se ierme au 1 "juin. Les élèves ont huit heures de leçon par jour. Ils étudient rbébreu, le grec, le latin, le danob, l'histoire^ la géographie, Farithmétique, et, dès leur enirée à Té-» cole, la théologie, car Besesstad est, avant tout, une école ecclésiastique, une espèce de séminaire; et de cette contraction forcée de divers genres d'étude résulte un grand inconvénient. Ceux qui deviennent prêtres, en sortant de là, sont loin d'avoir acquis les connaissances qui leur seraient nécessaires. Ceux qui suiveijl une autre carrière, ont passé de longues heures à recueillir des notions de théologie qui leur sont com-
* Quarante spccies (environ deux cent quarante francs) pour chacun. Le gouvernement danois paye pour vingt élèves.
* Il faut remarquer que le soulier islandais n'est autre chose qu'un carre de peau de phoque ou de peau de mouton reployé en deux, et soutenu sur le pied avec des courroies. Une jolie paire de souliers coûte cinquante centimes.
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pletemetit inutiles. Tous les hommes éclairés d'Islande désireraient qu'il y eut au moins deux écoies distinctes. L'argent manque pour les établir.
Il y a à Besesstad quatre professeurs. Le premier, qui enseigne la théologie et qui représente Técole dans toutes les occasions importantes, reçoit par an quatre rcnls specics deux mille quatre cents francs). Les auti es n oui (|U(' dix-liuit eenis francs. Tous quatre sunt des honnues vraiment remarquables, et tels qu'on serait heureux d'eu rencontrer dans beaucoup d'institutions plus renommées que Thumble école de Besesslad. L*un deux est très-versé dans la connaissance de la langue liehraïque et «le l'histoire ecclésiastique. ï n autre s'est distingué par ses travaux de géographie. M. Lgilsson a pris part a toutes les grandes publications d'ouvrages islandais qui se sont faites dans les dernières années à Copenhague, et prépare en ce moment une iioiivelle édilion de VEdda de Snorri-Slurleson, avec une traduction latine. Le vénérable docteur Schieving, le professeur de littérature latine, est un de ces hommes savants et modestes , que l'on n'apprend pas à connaître sans émotion , et que Ton ne peut oublier une fois qu'on les a connus, il y a vingt ans que M. SchicNing It availle à un dictionnaire islandais-latin*. 11 a tour à lour compulsé les anciens livres de droit et les anciens livres d'histoire, les chants des
* Le meilleur tlictionnairc islandais <[ue nous ayons est celui de Biorn , publié Kask. Copenhague, 181i, 2 vol. in-4. Il est encore u ùs-fauUf et ircs-incoujplcl.
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scaldes et les sagas. Quand les livres imprimés lui ont manqué, il est entre en correspondance avec les cludiants de Copenhague, afin de faire compulser les manuscrits islandais qui se trouvent à la bibliothèque. Il a classé chaque mot dans ses différentes acceptions; chaque acception est justifiée par une citation , et chaque citation accompagnée d*ttne note indiquant le livre, la page oii elle a été prise, le sens qu'elle doit avoir. J ai vu dans la demeure de M. Schieving à Besesstad Timmense quantité de matériaux qu'il a amassés pour faire son dictionnaire, et je lui ai demandé s'il ne pensait pas à le publier bientôt, (r Hélas! non, m*at-il dit; plus j'avance, plus je vois ce qui me manque pour aiiiver au but que je voulais atteindre. Quand j'ai entrepris cette longue lâche, je croyais avoir liui au bout de dix ans. Blaintenant je ne mlmpose plus aucune limite. Je travaillerai tant que je "vivrai. » Et, sans cesse, il revient sur ce qu'il a déjà fait, et, sans cesse, il recommence ses recherches, heureux d'accroître sa nomenclature, heureux de trouver un nouveau mot et une nouvelle acception, heureux des devoirs qu'il remplit, et des instants de loisir qui lui permettent de reprendre ses études favorites. 1^ science n*a pas eu souvent un disciple aussi dévoué, soumis à un travail aussi exempt d'ambition.
Le temps des éludes à Kesesstad dure de cinq à six ans. Les élèves ne sortent de là qu'après avoir subi un examen. Les uns peuvent devenir iomiédiatement prêtres, mais ceux qui se destinent à la médecine ou à la jurisprudence sont obligés d'aller étudier à \ Uni- Littérature uiandaise. It
irenité de Copenhague \ 11 y a, eu Islande , un médecin générai nommé par le gouvernement, et cinq
autres médecins placés dans les différents districts. Le médecin gniéral est M. Tliorsteinsson , qui a iait longtemps pour M. Arago des observations météoro* logiques. Cest un hommeaussidistingué par la noblesse de son caractère que par la variété de ses oonnaissances. Il reçoit dix-huit cents francs par an, à cliarge de traiter gratuitement les malades painies. Les autres médecins reçoivent ueui cents francs, el doivent également prêter leur secours à tous ceui qui le réclament.
Les jeunes Islandais qui entrent à TUniveraité de
Copenhague jouissent de plusieurs privilèges. Ils ha> bitent une maison fondée par Christian VI ; et s'ils subissent d'une manière satistai&aote leur premier examen, on leur donne tous les mois une gratification de trente à quarante francs*. Aussi le nombre des élèves augmente continuellement. Chaque année, rUniversifé renvoie dans leur patrie quelques-uns de ses disciples j et, chaque année , une nouvelle co-
< U y avait autrefois en Islande, un usage assez curienic. Les élèves, en se présentant à l'Université de Copenhague, devaientavcùr un certificat du recteur de Técole latine de Hooluin ou de Skalbolt, attestant leur ciptaté. Si > par suite de leur premier examen, ils n'étaient pas reçus» on mettait le recteur à l'amende.
* £n 1759, Frédéric V ordonna que chaque année deux élèves de Hoolum et de SkalhoU viendraient, aux frais de ]*Élaf , finir leur éducation dans une université de Daneaaark. Cette ordon* nance n'est plus en vigueur.
lonie retourne à ïalma mater, et s*m$tniit à ses le» çons. C'est à ceux qui ont étudié à Copenluigue que
Ton réserve les fonctions de ina^tsliiiL , les places de sysselman , et les meilleurs presbytères. Tous reviennent comme ceux qu'on appelait autrefois les ciercs de Paris, avec le parfum de la sdenoe et les fleurs du voyage. Tous répandent dans leur pays de nouvelles idées. Ils ont échangé la casaque de vadmal contre l'habit européen, et les coutumes encore grossières du h?pr contre les habitudes plus élégantes des grandes villes. Peu à peu leur exemple gagne ceux qui les entourent , et la civilisation s'insinue au cœur de la vieille Islande par le côté littéraire, par le cbti poétique. Le chrislianisme a détruit les pratiijues sjiuvages des farouches enfants dOdiu, et la civilisation aciiève d'éclairer leurs descendants et d'adoucir Tàpreté de leurs mœurs.
Dans cette heuretise action deTétudci la poésie est revenue aussi visiter Tlslande , et elle s'essaye à reprendre sur la lyre des anciens scaldes des accords oubliés. Mais elle n'a pas encore retrouvé sa hardiesse d'invention d'autrefois, et au lieu de créer, elle copie. Dessoixante-dix-huitpoëtes cités par Einarsen, la plu* part n*ont fait que rimer des anciennes sagas. D'autres traduisent en vers des cliaj)ilres de la Bible. Tous chantent obscurément sous i iiumbie toit qui les abrite. Un seul s'est acquis quelque célébrité. C'est Halgrim Peterssèn , Tauteur d'un recueil de psaumes que Ton trouve aujourd'hui dans toutes les familles d'Islande. Mais vers la fin du siècle dernier, cette poé-
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sie liiiude el déliante s eiiliardit et parle un langage plus élevé, tn sysselman de Reykîavik écrit plusieurs poèmes remarquables, et une comédie qui n'a pas encore été imprimée, mais qui est fort vantée de tous ceux qui la connaissent. Un pauvre prêtre traduit , dans sa solitude, Pope, Milton, klopstock. Un homme déjà renommé pour sa science de naturaliste , £ggert OlafsseDy Fauteur d!un voyage intéressant en Islande, compose un recueil de vers que tout le monde lirait avec chanuL'. Sa poésie est leudic et rêveuse. Elle a tout à la fuis le caractère de Tidylle el de 1 élégie, el elle est simple et vraie. Cest un houiiue des champs qui s*est plu à célébrer son enclos de verdure, ses montagnes d*Islande, ses lacs limpides. C*est un père de fiimflle qui a redit d*une voix émue et touchante ses joies ti liilérieur et ses rêves d'amour, il avait iiu h ère qui était poète aussi elquia laissé quehpiescliansons. Mais oelui*ci est gai et frivole ; il chante à tout propos, et sa chanson a la forme riante et coquette, il amuse, mats son frère intéresse.
société littéraire de Reykiavik a publié les reuvres de ces deux ])oëles et cell< s de Grœudal ; il serait à souhaiter qu elle pût continuer ses collections.
11 n'y a point de poésie populaire en Islande , dans le sens que nous attachons à ce mot, et il ne peut pas y en avoir dans un pays où les habitants vivent isolés Tun de l'autre , où Ton ne voit pas , comme en Allemagne , de ces grandes réunions d étudiants, d'ouvriers qui se communiquent par le chant la ballade de Schiller ou les strophes patriotiques d'Uliland. D'ailleurs, les
Islandais ont le caractère sérieux et triste. Ils ne chantent pas , mais ils lisent. U ny a point parmi eux de goodoliers de Venise et point de Bursche. Mais le livre qu'ils aiment passe de maison en maison. On le lit à la veillée , on en parle en travaillant. Voilà sa popularité, et Béranger pourrait être It ui jtoëte populaire sans qu ils eussent jamais chanté un seul de ses vers.
11 est surtout un homme dont ils chérissent le nom, dont ib recherchent les oeuvres avec empressement. Cet homme est H. Thorarensen , qui remplit aujourd'hui les fonctions de préfet dans le Nordland. G*est un vrai poêle par la pensée, par la forme, un poète qui aime son pays et qui le chante avec entliousîasme. Je ne Tai pas vu , mais j*ai été en correspondance avec lui , et ses lettres m'ont frappé par leur candeur et leur modestie. Ses poésies sont encore disséminées dans différents recueils , mais tous les Islandais les possèdent. ,Vai choisi , pour essayer de les faire connaitre , deux de ses pièces les plus goûtées en Islande.
La première de ces pièces est un chant patriotique composé par M. Thorarensen lorsqu'il étudiait à TUniversité de Copenhague. La seconde est une élégie de mort.
Ma vieille et noble Islande, ô ma douce patrie. Reine des rooots glacés , tes fils le chériront. Tant qne la mer ceindra la gi èvc rt I,h prairie, faut que l'amour vivra dans mu- ime attendrie, Tant qu'au soleil de mai nos champs reverdiront.
Du sein de Copenhague où pèse le nuage
Nous tournons nos regards vers le loit paternel Ne poorfons*Dous bientôt revoir ton beau rivage ? Ici nous ne trouvons qu'an froid et faux langage, Ou le bruit importun , ou le rire cruel.
L'aspect de ce pays sans montagnes nous lasse. Souvent cet air épais, ce ciel lourd nous fait mal. Même niveau partout, et partout o& je passe Je cherche vainement ce large et grand espace Qu'on découvre aux sommets de notre sol natal.
Mieux vaut s'en retourner, mieux vaut revoir encore La contrée où le vent est plus froid, mais plus pur ; Les champs couverts de nôge éclairés par i*aurore, £t les flots de cristal «pie le soleil colore, Et les jokul brillants avec leur ciel d'asur.
Ha vieille et noble Islande, ô ma douce patrie, Que le ciel te protège et te garde la paix !
Pour toi chacun de nous s*cmeot, espère et prie. Puisse le sort sourire à ta rive cbàrie , Puisse un bonheur constant tf animer à jamais!
SIGHUN.
Un jour je le disais ; Si lu meurs la première, Reviens me visiter. Mais tu ne croyais pas Que je pusse arracher ton corps à la poussière. Baiser tes yeux éteints, l'enlacer dans mes bras.
Je no t'aimerais pas, tua douce fiancée, Si mon amour devait s'arrêter au tombeau ; De ton front virginal la fraîcheur est passée , Mais je revois toiyours ton visage si beau.
EN ISLANDE ET AL GROI-INLAND. 27«
T/air vital est éteint Mir ta bouche riante.
Mais un souflle élernel est venu t'animer, • Et tu resteras jeune à jamais et charmante. Comme aux jours où le monde apprenait à f aimer.
Ne me délaisse point dans ce lieu monotone.
Je suis seul id-bas» songe à moi dans les cieox. Loi-sque dans nos rochers gémit le vent d'automne. Oh I reviens ; montre-toî quelque soir à mes jeux.
Si la lune apparaît à travers le nuage»
Et si ta main me cherche et m^efSeure en passant. Je me réveillerai pour voir ta diaste image, Pour entendre ta vmx avec son doux accent.
Puis pose sur mon sein, pose ta téte blonde.
Et dans tes bras de neige, ô mon ange, prends-moi.
Enlève les liens qui ni'attachmf an monde.
Je voudrais être libre et partir avec toi.
Et traversant alors raurore boréale.
Loin des lieux où toujours je n'ai fait que gémir, Sur ces nuages d*or teints de pourpre et d'opale JKous irions tous les deuxchanterj rêver, dormir.
La poésie de M. Thorarensen ne ressemble guère à celle des anciens scaldes. Ce n'est plus Tàpre langage de ces hommes qui d*une main tenaieni la harpe et de Faulre l'épée. C'est la voix d*une ftme rêveuse
et aimante qui a souveiiL caressé uiainl prestige el pleuré mainte déception. Â voir ces vers islandais revêtus d'une teinte méridionale, on dirait que le génie poétique d'une autre contrée est allé s'asseoir auprès
de rhomme du Nord , et que Thiver, dans le silence
des nuits , celui de qui nous viennent ces stances Hit laticoli(|iies a j)liis d une fois prêté roreille an\ chants d amour de Lamartine , aux élégies rêvées près du golfe de Baia.