CHAPITRE II
l'eDOA de iUSMUNO.
Deui livres islandais nous ont été conservés sous ce titre d*Edda : l*Edda, en vers, connue sous le nom
d'Edda de Saemund, et l'PIdda, en prose, de Snoni Stiirleson. Nous commencerons par parier de la première, el voici les questions que nous devons nous poser : Qu'est-ce que l'Edda? Que signifie ce nom encore intraduit y et peut-être Intraduisible? Gomment rEdda a-t-elle été composée^ et comment est-elle arri» vée jusqu'à nous?
L'Edda, je le dirai d'abord en peu de mots, devant y revenir plus tard par une analyse détaillée, est le poème tbëogonjque, cosmogonique, non-seulement de rislandet non<seulement de la race Scandinave, mais de toutes ces races tenant à une origine comuuuie, issues en second lieu du rameau golliiquc, en premier lieu , d'une souclie orientale, et inipiaiih'es à diverses époques dans les ibréts de la Teutuniet au
Iwrd des lacs de Suède, et sur les montagnes de Norvège. C'est là que la tribu germanique privée de ses anciens chants mentionnés par Tacite, de ses tradi' tioDS particulières, cherche les premières traces de son aocien paganisme; c'est là que Grimm a voulu puiser les principaux éléments de sa ni\ tbologie allemande (i).
On a fait diverses suppositions sur l'origine et la signification du mot Ëdda sans pouvoir arriver à aucune conclusion certaine. Les uns disent que ce mot vient ^Oddr^ le nom de la retraite isolée de Scemund; d'autres du substantif (7</r, qui signifie esprit, sagesse; d'autres encore de l'indien l'vda^ par analogie avec l'altération de Voden en Odin. Enfin on a eu recours, pour expliquer le titre de ce poème, au substantif grec JUm; au verbe edo^ je recueille; au verbe islandais ek aedi^ j'enseigne, et au substantif islandais Eda^ aïeule. Nous nous contentons de citer ces diverses hypothèses, laissant au goût de nos lecteurs le soin
(i) On ne saurait attaquer, dit le savant écrivain, l'authenticitc de la mythologie du Nord , ji.is plu» qu*on ne peut mettre en doute rautlitiiticité et le luainlien de la langue du Nord, et il serait également impossible de nier l'elroite corrélation de ia niyili"loj^ie septentrionale avec celle des autres races germaniques. Deutsc/œ Mjthohgic. Einleitung, p. 7.
Toute une page de rette introduction est employée à montrer les divers points de contact de la mythologie Scandinave avec la mythologie allemande , et plus loin on retrouve à chaque instant dans cette œuvre si remarquable par son es[)nl de criticpie et d'éruditiou, des citations do l'Edda et d'un grand nombre de sagas iaUiodaiaes.
de chobir celle qui leur paraîtrait la plus vraisemblable.
La question crorii^ine et de composition de TEdda a donné lieu à des suppositions bien plus nombreuses, plus divergentes et plus extraordinaires. D'une pari, on a vu quelques écrivains du Nord reporter ce poème jusqu'aux temps les plus reculés; de Tautre, des écrivains allemands ne lui assignent qu'une date trés-récenle. Ainsi doransson, dans sa croyance enlliousiaste aux antiquités Scandinaves, affirmait que I Edda avait été composée au temps de Moïse, et que trois cents ans avant la guerre de Troie, on l'avait trouvée en Suède» gravée tout entière sur des tables de cuivre. Schimmelmann allait plus loin encore : il déclarait que l'Etlda était la vraie jKiiole de Dieu et le plus ancien livre du monde. Runolfus Jonae, Resenius et Gudmundus Andrae, prétendaient que la Voluspa était l'œuvre d'une sibylle qui vivait très-longtemps avant la guerre de Troie. Après toutes ces belles hy* pothèses, arrivaient Sclilozer et Adelung,qui disaient que la prétendue mythologie scaudiiiave et l'Kdda, qui la représente, n'étaient tout simplement qu'une invention islandaise très-moderne ( i ).
La sdenceactuelle, appuyée sur des faits etdesdocu-
(i) Od ne peot, dit Addang, fidre remoater les plot anciciii diiDls de 1*Edda plut haut qu'an coranencencnt do qaatonième nède, et c'est encore one asaes gnnde coaccssioD. Brkobmgem, IV* partie, p. i66.
Sciddcer exprima h peu près U uiéme opinion dans son histoire lîlténdfe. lâliUidi$eke Uitefamn Getekiehif,
T8 VOYAGF
menis aiithentu|ues, repousse égalemeni ces opinions extrêmes. 1^ plus nncions manuscrits que Voa connaisse des chants de TEdda, ne remoDtent pas, il est vrai , an delà du xiv* siècle; mais on sait d*ane manière certaine que ces chants étaient connus plusieurs siècles auparavant. Saxo le grammairien s*en esl servi pour écrire son histoire du Dauemark, qui date de la fin du xii' siècle. A chaque chapitre de son livre, on retrouve des traces évidentes de la Voluspa , du cliant de Thor, de Veglam, et des autres poèmes de l'Edda. Dans sa préface , lui-même reconnaît les emprunts qu'il a laits à la litlrmlure islandaise, qu*il appelle la littérature de ibule (i).
Quoi qu*en dise Rûhs dans son livre sur la poésie du Nord (a), il est cerlain aussi que Snorri, en composant son Heimskringla , a souvent eu recours aux anciens chants populaires de Tlsiande. tin (in un Nor> végien, Tliëodoric de Dronllieiui, qui écrivit au xii* siècle uu livre sur ranciennelé des rois de Norvège,
(i) Thylensiiim tlicsauros , historii arum rpruin pignoribus refcrtos , «'ininSMis rtnisultMis , !i:tu<! ]Kirv:tiii [m i^sfrilis operis partciii c\ eorum rclationis i mitatione conlexni - nec arbitros hftbeix; COUtcinpsi , fjuos tantîc vt-tustaii-* {>eritia callere cognovi.
[■i j Uu]\> prétend ( Kslda , page 98 ) que Saxo le grammairien et Siioni Siurlesoii unt ( ux-mriiios compost- la plupart des pièces qu'ils ont insérées dans liui^ livres, en les attribuant à différents scaldes, et il ne comprend pas (pie, s*il en était réellement iainsi, ces deux écrivains auraient par là rendu le plus grand hommage au chant |»opulairc, et prouvé toute sa puissance sur l'esprit de leurs concitoyens, puis(ju'ils u'auriiMikt osé ooiDposer leur histoire sans s'appuyer sur eette autorité.
EN ISI ANDK ET AU (iaoKNLAND. 19
reod le même horomage que Saxo et Snorri à cfs chants populaires (i).
Nous sommes donc bien convaincus que Tlslande
a eu, comme la Germanie, ses traditions liéroïcjiies et historiques, se peipeiuant parle récit de génération eu génération, jusqu'à ce qu'elles fussent recueillies et inscrites dans les livres par fragments épars, ou en totalité. Si ce fait ne nous était attesté par le témoignage irrécusable des hommes que nous venons de citer, il nous serait ciémontré par des règles psychologiques, plus péremptoires encore, par Tétude de la vie et du caractère des hommes du Mord, par une raisoDy enfin t qui répond k toules les objections, c'est qu'il n'existe pas un peuple si misérable, si sauvage qu'il soit, qui n'ait eu quelques beaux jours à chanter, quelque phase gloriruse à conserver dans sa mémoire, et à transmettre comme un noble héritage à ses descendanis. Or, la race Scandinave, on le sait du reste, était une race de guerriers. Sa religion exaltait le courage, divinisait l'héroïsme» Sa joie était de comballre, et son orgueil de raconter ses combats les plus acharnés. Chacune de ses expéditions a dû être le sujet d'un long récit, et chacune de ses victoires devait lui inspirer un chant enthousiaste. Isolée par sa situation géographique des autres contrées de TEu* rope, séparée des autres peuples par son paganisme, par ses mœurs, ou repoussée comme une ennemie re-
(f ) Hislom de antiqmtate regam norvagiensiuro. Reproduit par Langebek dans ses Scriptores rerum danicantm medii œvi, t. V,
douiable parceiix quVlle allait chnclier, le daive à la main, dan» ses courses aventureuses, commanl ne se serait-elle pas retranchée dans le sentiment de sa nationalité, dans Torgueil de sa force, et les dogmes faroucTies de ses divinités?
Ces Iraiiilioiis poétiques, histoi iques, luytliiqnes, ainsi répmidues à travers le pays, Sa>mund iTavait qu'à les rectietilir çà et là pour former son recueil; il n*était nullement besoin qu'il en composât de nouvelles, et la variété de sujets et de style de plusieurs chants de l*Edda, la difTérence marqnée qui existe entre ces poëmes et ceux que l'on &iùl posilivenienl avoir été écrits par Saeuiund, rinspiration étrange de quelques parties de cette épopée mythique, et le souffle païen qui Fanime, tout nous semble démontrer que Sœmund ne peut être Fauteur de TEdda. De plus , on voit par la saga d*Olof Tryggvason que quatre des chants de l'Edda, celui de Sigurd , de Brynhilda , de Gudruii et de Gunnar, étaient chantés à la cour d'Olofy c'est-à-dire, soixante ans avant la naissance de Ssemund. Enfin , si Sœmund était, comme l'ont prétendu queUpiescritiques allemands, l'auteur de l'Edda, Snoni Slurleson nt^ 1 aur.iii-il pas su, lui <jui vivait dans les lelaUous les plus étroites avec la famille de Saemund , et qui a fait un si grand usage de ces poèmes? Or, Snorri qui, dans le cours de sou histoire, nomme consciencieusement les scaldes du Nord chaque fois qu'il leur emprunte quelque strophe; Snorri, Télève du petit-fils de Sa'niuiid, cite toujours l'Edda coninie une œuvre anonyme. Tout ce
EN ISLANUE ET AC GROËNLAND. lit
que i'oD peut donc rationDellement admettre, c*est que SœmuDd n'a fait que recueillir les divers chants cosmogoniques el th^ogoniques qui vivaient encore
de son temps dans la mémoire du peuple islandais (i% et il serait bien possible aussi ([u'il eût rapporté luimême d'Allemagne et traduit en islandais quelquesuns des chants du cycle des Volsungs et des NieflungSt qui sont joints à l'fidda. Sflemund était chrétien, et tout en rassemblant ainsi, par amour pour la science et la poésie, les derniers débris des traditions païennes, il chantait en vers islandais la gloire et la puissance de son Dieu. Nous avons de lui un chant intitulé le chant du Soleil (Solar liod), où, sous un certain nombre d'images touchant encore au paganisme, on reconnaît, comme nous le verrons par la suite de ce récit et {);n des citations, l'élan, la pensée d'cuie âme toute chrétienne.
Cet homme , dont le nom a tant occupé les savants de l'Europe, était né dans un humble presbytère d*Is* lande (io54-io57). Son père était prêtre. Tout jeune encore, Saemund quitta sa patrie dans ledésir de s'instruire, et voyagea en Allemagne, en France, en Iiaiie. Pendant longtemps on ne sut ce qu'il était devenu, et
(i) Fùui Magnosea parle de plusieurs sagas et d'une lettre d*An!^in Johnson qui attesteraimt positivement que Samond avût eommeucé à recueillir les chants de l'Edda. I.e tait est que mat prêtre chrétien qu'il Mt, ii avait une si grande prédilection pour les tradidons dn paganisme et les anciens elnuits manques, qn» le peuple le croyait un |»eu magicien. ÙenmUrtBidat Intro^ dnction , 1. 1 , p. axiii.
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il s'en allait alors de pays en pays, de citt' va c'iié j enlralné par le désir de voir des lieux nouveaux et d*observer de nouvelles mœurs. Quel dommage qu*il ne nous ait pas laissé son récit de voyage! Une description de FEurope au xi* siècle par un jenne Islandais! quel curieux livre a lire! Un des Islandais les plus dislingués de l'époque, l'évéque Jôu Ogmundssoo, qui faisait un voyage à Rome, rencontra sur sa route le jeune Saemundet le ramena, en 10769 avec lui sur le sol d'Islande. Revenu de ses lointaines excursions , Sa;raund se retira avec ses souvenirs et quelques livres dans la denienie de son père, reçut la consécration de prêtre, et appela uulour de lui des entants, des jeunes gens, auxquels il donnait lui-même des leçons de latin, joignant ainsi, comme un vrai ministre de Dieu, le sacerdoce du savoir à celui de la religion. Plusieurs rois,révéque Thorlak de Skalholl et l'évèque Kettil de Holum, qui avaient entiepi is tle rédiger un code général ecclésiastique, eurent recours à la sagesse, à Texpérience de Sœmund (i), et il mérita par ses
(1) Les ch'iix évèdu s de risiande, colui de Skâlhoit et celui de Hôlar, suivirent, pondant les prcniicrs temps de leur fondation, les lois ecclésiastiques pi oinulgiu'es par Olof le Saint. En Tannée 1096, ils adoptèri'nt la loi stir les dunes rédigée par Ssemund, sanctionnée par révéque Gissur hleifsscm , promulguée, malgré mainte résistance, par le iagmadur Marciis Skeg^eson. A Tanciencode succéda, en 1 12'3, celui de Thorlak et de Ketlil. Ce code a été publié par Thorkelin avec une traduction latine et des notes à Co{)eolia({lM et Leipzig; in-8**, 1 776. Voir, sur le rè^'Icment des dîmes, l'onvrage de Finn Johanssen , Hist. ecclés. isL, 1. 1 , p. 1 20 et sviv», et sur le dernier code, la même histoire, 1. 1, p* 540; t. Il, p. 10.
!i*avaux el ses ciniscils ti'èhe appelé, selon l'expressiou de son biograpiic Jon C^mundssoDy un des piliers de rJSglise islandaise. Jn^resti du caractère de prélrey il épousa la fille d'un noble islandais dont il eut plusieurs enfants. Il mourut en ii33, Âgë de près de quatre* vingts ans. A soixante<<lix ans, il avait écrit une histoire de Norvège depuis Harald Hàrfager jusqu'à Magnus le fion, mais il ne reste de cet ouvrage qu'une sèche série de noms et de dates. On lui a attribué plusieurs autres écrits I entre autres la Nialsaga. Rien ne démontre positivement qu*on doive admettre ou rejeter cette supposiiiùii. I grande célébrité de Saemund lui vient après tout de i'iikida.
BIBLIOGRAPHIE DE l'eDDA..
Avant d'entrer dans 1 analyse des chants de r£dda , qu'il nous soit permis de faire encore une courte di* grciwon f et de dire les diverses interprétations par lesquelles ces chants ont successivement passé. L'histoire d'un livre qui renferme une grande pensée est intéressante à étudier. On désire savoir comment ce livre est sorti de son obscurité, comment il a peu à peu attiré Tattention, ému les esprits, et comment, enûn, ridée qu'il exprime s'est répandue au loin et a fructifié.
IjCs divers poèmes réunis sous le nom de l Edda restèrent ignorés en Islande pendant près de cinq siècles.
En 16/43, l'»''vè<|ue f'rsniulf Sveiidson de Skalholt ilécouvril par basard ua manusciit sur parchemio qui reDfermait les plus impoiiants de ces poèmes. Il en lit une copie et envoya Toriginal au roi de Danemark, Frédéric III , qui avait un goût prononcé pour l'anrienne lillt rature Scandinave. C'est ce manuscrit connu sous le nom de ( o</r.r rrgimy qui existe encore à la bibliotlièque de Copenhague. D'après Texameu minutieux qui en a été fait par les savants danois» on pense qu'il doit être du commencement du xiv* siècle. Sur la première page, Bryniulf a inscrit Tannée où il le dccouvril, el les deux letlies initiales de son nom latinisé : L. L. Lupus Jjyricatus, Dans la première collectiou d'Ame Magnusen (i), on voit encore un fragment en six feuillets d'un travail plus étendu et qui renferme tout le chant de Vegtam dont il n'y a point de trace dans le Codex regius» Les autres chants de i'Ëdda ne se ti ou vent que dans des copies récenles d'anciens manuscrits perdus (^i)..
En i665) Peder Resen publia le texte islandais et la traduction latine des trois principaux poèmes de l'Edda, c*est*à-dire de la Voluspa, du Havamal et du chant runique. Gudmund Andersen y joignit des
(1) Nom ne faisons que citer ici un nom vénère à jusle litr*' claas le Nord, et connu de l'Europe entière. Nous d >niu rons à la Im de ce livre une notice sur ce sarant illustre et sur ses priticipaux travaux.
fa) La commission d'Ame Magnusen a donné une fl- srnjjtion d< t nlli e (le ce<> divers manuscrit;» dans le premier volume de sa traduction de TEdda.
notes explicatives. Huit ans après, lemémeGiulmund publia k Copenhague une édition séparée de la Voluspa avec une traduction latine et un vocabulaire.
Tlioiiias Bartholin cite et insèredaiis ses A.nuc|uitts danoises (i) des fragments de viiigl et un chants de TEdda. Qu'on ajoute à ces premiers essais un passage inséré en 1670 dans Touvrage de Seringham (de Art' ghrum gentis origine discepiatio)^ et on aura la nomenclature de tout ce qui avait été fait jusque-là pour révéler au uioikIc savant la poésie de TEdda.
Près d'un siècle se passe, et c'est un Suédois qui le premier reprend cette œuvre si importante et si peu connue encore. En 1750, Gôransson publia à Stockholm le texte islandais et la traduction suédoise de la Yoluspa sous le titre' de : Yverboma Jtlirtffars eller sviogôlhars och norduuuuiers pntrittrdiaiiska Lara (a).
L*împulsion étant une fois donnée aux écrivains du Nord, bientôt elle agit sur les écrivains étrangers. En 1756, Blallet fait paraître ses monuments de lamytho» logie et delà poésie (3); en 1765, sou introduction
(1) Thomas. Bartholiai AntiquiUtM danicte. In -4% Capcuhtgoe.
(a) Dogme |)atriarcal des desoeodants des Yperboriens» ou de» Goths suédois et normands. Noos avons vu quelle haute anttqiiitë IVndiousiaste GAramfoa aUribuaît à ce poème.
(3) Mallet, né à Genève en 1730.» proGetseur de littérature Tran- ^ise i Copenba^, en 175», voyagea, en 17S5, en Norv^e et en Suède; de retour dans sa pairie, en 1769, mort à Genèvje, en
à riiistoire de Daaemaik , où il cite souvenl rEdda(i).
. £d f 77a , le poète Denis publie à Vienne, dans ses Ueder Smeds des Barden, une traduction en vers aile* mands du Vegtamsqmda et de la Voluspa, Cinq ans après, J. Schimmelniaiiii traduit aussi en «illemand rEdda de Snorri, le Havamal et la Vuiuspa, en J779, Herder insère dans ses chants populaires ce deroier poème , le chant runique et le Vegtamsqutda, et Gottle publie en anglais les chants iliologiques {1).
La nu nie année, le Danemark se remet à explorer ses nmoniiments iiatiunaiix. Le pbilolûgue Thorkeliii publie le texte islandais el une traduction latine du f^a/2Arwi>M>ina/ avec des notes critiques, philologiques et un vocabulaire. Sandvîg traduit pour la première fois en danois, dans son intéressant recueil, quelques chants de l'Edda. En 178"^, il publie une traduction complète de neuf de ses chants. La mort le surprit au milieu de ses louables travaux.
Cependant une commission scientifique établie à Copenhague, la commission d'Arne Magnusen, recueillait avec soin tons les fragments des anciens poèmes, collaliotmail luiis les n)aîîns( rils , et pre[)ai^ait une grande et complète édition de l'Edda. Le premier volume de cette importante publication parut en J787 (3), le second en 1818.
(t ) Traduit ea anglais tous le titre de : Northern aiHiquitieti % vol. îii-8^, Ixmdret, 1770.
(1) Ia-S^ Bristol, 1797.
(\) Edda Ssemundar himis froda, EJda rbythmica sive aotîqiiÛM'
JVI. Finn Magiiusen, auteur du Dictiounalre mythologique joint à cette savante éilitioOy publia en i8ai uoe traduction en danois des mêmes poèmes (i). Jl n'exîsf^ipas uoe meilleure traduction en langue moderne de TEdda de Smnund fi). •
Les travaux de la commission de Copenhague, les notes et commentaires de Finu Magnusen, ont puissamment contribué à éclaircir les passages les plus obscurs des cbants de FEdda, et à faire apprécier ïélévatlon poétique ou le sens symbolique deces poèmes. Dans les derniers temps, plusieurs de ces poèmes ont été de ii()uv( aii traduits, cités, cotiimentés dans différentes langues étrangères, et on en a tiré de nombreuses inductions mythologiques (3).
vulgo Séemiindiiia dicta, citm interprète lione latina, kctionibus variis, notis, glossari<» vociiin et indice rerum.
(i) Den ci'ldre Edda. Le premier volume parut en 1821; le cpiatrième, en iSa'i. In- 8°, Copenhague, il faut y joindre l'ouvrage (|ue le même sa vaut a publié sous le titre de Edda lœrtn (dogmes de l'Edda); 4 ^ol. in-tt"^, Copenhague, i8a4-i8a6. C'est un tableau complet des anciennes traditions religieuses Scandinaves comparées à celles des Grecs, des Perses, des Indiens, et de plusieurs autres peuples y une œuvre d'une érudition prodigieuse.
(a) Il en existe encore une très-recommaodable eu langue suédoise, publiée à Stockholm , en 1818, par A. Afgelind.
(3) Nous citeront entre autres, pour rAllemagne : une tradaction des chanta historiques, publiée par M. Vander Hagcn, en iSia; une autre des fi rres Grioiin : Lkderder alten Edda ; Berlin, 1 8 1 3 ; le livre de M. Mone sur le paganbme du Nord : Gcschichte des HâiàBnthums im nonlischen Europa; celui de M. Legis : FundgrubeM des alien Nan6t>M{ fjcipxig, i8ar). Pour la France : l«$ deux ou-
Division DE l'eddi.
^ous diviserons en trois parties les divers cliaiils réunissons le nom d'Edda : lâchants mythiques, tra- Uitions cosmogouiques et ihéogouiques de lancien temps; a» chants moraux ou dogmatiques; 3** chaots historiques ou épiques.
En téte de la première catégorie est la Fotuspa, Son nom vient de l'ala^ devineresse (i^, et de spit y prophétie. Nous avons dit lerùle cjue Jes leui mes jouaient jadis dans le ]\ord en prenant Je caractère de Vala, rinfluence qu'elles pouvaient exercer et le respect que le peuple leur témoignait (a). Cest une de ces Vala , une de ces prophétesses populaires qui entonne le chant primitif de la religion Scandinave
vrages de M. F.delcstan du Meril, que nous avons déjà nommés; celui de M. Bergemann ; \ Introduction à l'histoire de Normandie de M. Depping; et un Essai de traduction de M*^ Puget. Pour l'Angleterre : les Illustrations of Northern antiquities; in^^**, Edimbourg, i8i/i; History of the Northmenn de Henri Wheaton.
(i) Le root de vala vient probablemeat de vo/r ou vauir, petite baguette ronde dont lea devinereiaes se aervaient dans leurs eoujurations.
(i) Histoire de l'Istaïute, p. 169.
(3) Finn Magnusen croit que les prophétesses chantaient leur» chants dans les fêles pubU(}Me<>, et la Foluspa devait précisément, dit-il , être un de ces chants destinés à émouvoir la foule, à lui rappeler les croyances de ses pères, dans une occasitHi solennelle. Der tefdre JSdda, 1. 1, p. i4'
P.If ISLANDE ET AU GROËNLAND ft9
A i'eulrée de la foi-ét sombre, i>alaDcée par le vent dti nord, au milieu des corbeaux qui croassent sur s« tétoy et des loups qui hurlent autour d'elle » la proph^ tesse monte sur le tr^ied, et devant la chair palpitante des victimes, elle prononce ses conjurations et le dieu apparaît. /M/v, <;< t'r dcas! Au soutfle puissant qui i*agite, sou cœur tressaille, ses cheveux se héris-* sent sur son front, ses yeux enflammas regardent pas-ser avec une sorte de stupeur et* d'effroi les images qu'elle évoque, et elle chante le chaos, la naissance des géants, les couihats des dieux. Une voix impérieuse lui crie : Ne vois-tu rien encore? et déjà fatiguée de sa lutte intérieure, abattue, épuisée par la fièvre de sa pensée, elle fait encore un efTort et raconte la dernière catastrophe du monde. Dans Tardent essor de* son esprit , elle erre de région en région , elle s*élance jusqu'à la demeure des maiires du ciel, et redescend jusque dans Tabime des enfers. Par Tétendue de ses souvenirs et la puissance de sa divination, elle touche à toutes les époques, elle se rappelle le passé, elle voit le prtent , elle dévoile l'avenir.
IjL Voluspa est le chant le plus ancien de l'Edda et le plus obscur. I^i prophétt sst cjni le récite s'a(irpsse, on le voit, à des auditeui-s qui ont rintclligence des Gûts qu'elle raconte, des dogmes qu'elle formule. Ëlle court rapidement de période en période , d'image en image. Emportée elle-même, par l'élan de sa pensée, par la magie de ses souvenirs et le prestige de ses visions, elle ne s'arrête p(»inl à mesurer Tétendue de sa route, elle vole, elle vole, et dans son vol fantas-
tujiie entraiiie ceu\ qui Técoutent à travers le temps et l'espace. Rien, daus ce chant exalté, ne répond à l'idée que nous nous faisons d'un, hymne ou d'no dithyrambe. L'ode fougueuse de Pindare n*a pas une telle ardeur ni une telle impétuosité. On dîmt la parole saccadée et le cri ardent d'un malade a»^ilé par la fièvre. Ceux (jui ont j)U altrihiier cette composition à Sacmund la jugeaient, à ce qui nous semble, trèslégèrement. Un poète n'enfiinte pas par le labeur de rétude de telles œuvres; c'est la tradition populaire qui les lui livre, et quand il les recueille, il ne fait que répéter ce qni vibrait dans le cours des siècles, dans lame d'uue nation.
A la distance où nous sommes à présent des idées et des dogmes représentés par la Volu^ , il est difficile de donner une juste et claire interprétation de ce clianl symboIi(ju( . Il faudiait, pour le rendre plus compréliensible, y joindre de nombreux commentaires, et ces commentaires pourraient même parfois nous conduire dans des sentiers assez hasardeux. Nous avons pourtant essayé de le traduire, et pour faire cette traduction , nous nous sommes aidé de celles qui existent dtja dans dilïérenles langues, et nous avons consulté les hommes du Nord qui ont le mieux étudié cette question; et pourtant nous n'avons pu arriver à produire le calque lucide, ni peut-être même rigoureusement exact de cet étrange tableau.
a J'invite à ratteulion tous les êtres sacrés, les enfants de Heinidall , grands et petits. Je veux raconter
les mystères du père suprême; je me rappelle les choses antiques.
Je me souviens des Jotes, les premiers nés» Ce sont
eux qui m*ont donné des leçons. Je connais neuf mondes, neuf cieux, et larbre magnifique planté sur Ja terre.
Cétait au commencement du temps. Ymer régnait. Il n*y avait ni sable, ni mer» nî vagues fratches. Nulle part on ne trouvait la terre ni le ciel élevé. Il y avait
le gouffre béant et point d'herbe.
Les fils du Bur élevèrent le firmament. Ils bâtirent le superbe Midgaard. Ije soleil éclaira du midi les murailles de la demeure. La terre se couvrit de plantes vertes.
Le soleil du sud répand ses faveurs sur la lune, à la droite de la porte du ciel. Le soleil ne savait pas où était sa demeure. Les étoiles ue savaient pas où étaient leurs places. La lune ne savait pas quel était son pouvoir.
Alors toutes les puissances allèrent sur les sièges élevés. L.es dieux saints délibérèrent. Ils donnèrent un nom à la nuit et au premier quartier de la lune. Us en donnèrent un au matin et au milieu du jour, au crépuscule et au soir, pour mesurer Tannée.
Les ases se rencontrent dans la vallée d'Ida. Ils bâtissent un sanctuaire et une enceinte élevée. Ils établissent des fourni aux, forgent des minéiaux précieux, fabriquent des tenailles et des ustensiles.
Ils jouent aux dés dans leur enceinte et sont joyeux. L*or ne leur manque pas. Alors arrivèrent
troii> jeunes iUles tiiussei» puissanles du luuude des Joies.
Les dieux sacrés ^ les grandeurs s*eD vont sur leurs sié§;e8 élevësy et tiennent conseil pour dÀâder qui forjnerait la race des nains de la chair de firimir, des os du géant livide.
Modsognir fut le premier de tous les nains; Duriuu f ut le second. Plusieurs autres furent foroiés de terre à rimage des hommes, selon les instructions de Durinn.
Nyi et r^îthi, Nurthri et Surthri, Austri et Vestri,
Allliiofr, Dvalinn, Naer cl ^ainn, Nippingr, Daiiin, Vefgr, Gandalir , Vindalfr, Thorinn.
Bifurr, Bafaur, Brumbur, Nori, Anar, Onar, Aï, Miœthvitnir, Thrar et Thrainn, Thror, Vitr^ Litr, Nyr et Nyrathr, Reginn et Rathsvithr. Maintenant j*ai au juste énumër^ les nains.
Fili, Kili, I laulinii, .Aali, Ilepti, V ili I îanar et Svior, Billingr, Bruni, Bildur, Bursi, Frar, Forui>ogi, Fro^r et toni, Aurvai^r, Vari, TikinskialdL
11 est temps de compter pour les enfants des hommes les nains de la tri&u de Dvalin jusqu'à I^far. Ceux-ci fuyant des roches de la demeure, ont cliereiié un refuge à Aurvanga et jusqu'à Joravaila.
Cest Draupnir et Dolgthrasir, Har, Haugspori, Hlevangr, Gloi, Skirvivir, Skafithr, Ai, Alfr et Ynguî, TitretOinn.
Fialar et Frosti, Finnr et Ginnar, Heri, llœgslari, Hlioiliulfr, Moinn, celle nombreuse race de Lofar
vivra UDt qu'il y aura des Ijomtnes dans le monde (i ).
Trois ases de l'assemblée, trois ases bons el puis» sants descendent vers la mer. Us trouvent sur la terre
cliétive Ask et Embla sans destinée.
Ask et Embla n'avaient ni âme, ni intelligence, ni sang, ni mouvement, ni couleur riante. Odin donna TAroe, Hœnir rintelligencet Lotbur le sang et la couleur riante.
Je connais un frêne (Ask) que Ton nomme Yggdrasill, arbre cbevelu humecté pai- une brume blanche. De là vient rhumidité (la pluie el la rasée) qui tombe dans la vallée. Il reste toujours vert sur la source d'Urd.
Là viennent les vierges qui savent beaucoup. Elles
viennent de la source qui est près de Tarbre. l/uiic se nomme tlrd (pass(^), Taulre Verdandi (présent). Elles gravent des tablettes. La troisième est Skuld (avenir). Elles donnent des lois, elles déterminent la vie, et fixent la destinée des enfants des bommes.
Je me rappelle la première guerre du monde, quand ils percèrent Gulti\tiy;r avec des piques el la brûlèrent dans la demeure du Très-ilaut. Trois fois brûlée, trois fois elle renaît Souvent brûlée de nouveau, elle vit encore.
On rappelle Heîdur (richesse, argent) dans les maifions où elle entre. Elle méprise la science de la pro-
(i) Chacun de ces noms a une tipitSealion : les nains sont les génies des éléments ; les uns penplent les airs, d'antres les enirailles des montagnes, et quatre d*entre enx supportent les piliers sur les» quels repose la terre.
phélcsM". VÀle K iiiuiil la magie, elle i<nie avec la magie, et t'ait toujums les délices des mécliants.
Alors les dieux saints, les graDdeurs s'en vont sur les sièges élevés , et tiennent conseil pour décider ai les ases devaient expier le meurtre , si les dieux devaient en recevoir le prix.
La palissade de la forteresse des ases est rompue, [^es \anes ont su, par leur ruse, ouvrir les remparts. Odin lance son javelot. La Vala se souvient de cette guerre, la première du monde.
Alors les dieux saints , les grandeurs s*en vont sur les sièges élevés, et tiennent conseil pour décider qui avait le premier répandu le poisun dans Tair et livré la fiancée d'Odin à la race des géants.
Thor est là enflammé de colère. Rarement il reste en repos, quand il apprend de telles choses. Les serment s lurent violés; les promesses positives, les convenlious faites de pari et d'au Ire furent rompues.
Vala sait que le corps de Heimdall est caché sous la voûte du ciel, sous Tarbre sacré. Elle voit le fleuve écumant qui se précipite de rœil du père suprême. — En savez-vous plus? Quoi? Elle était assise seule, loisqu'il s'approcha, le vieux, le plus avisé des ases; elle le regarda dans les yeux. — Pourquoi m'interroger? pourquoi me mettre à l'épreuve? Je sais tout, Odin. Je sais où ton ceil est caché dans la source de Mimer. Chaque matin Mimer boit la bière dans le gage du père suprême. — En savez-vous plus? Quoi?
Le père des ai nit es choisit |)our elle des anneaux pi des bijoux, les riches chants de la sagesse et l'esprit
EN ISLANDE ET AU GftOKNLAND. 95
lie prophétie. Alors sa vue plongea au long et au large dans chaque inonde.
. Elle voit les Valkyries accourant de loin à cheval pour se rendre auprès de la race des dieux. Skiild
pof i( 1( Ixuiclier. SkœguI est la seconde. Viennent ensuite Gunnai-, Hildiir, Gœndul, Geirskogui. Voilà que j*ai compté les vierges d'Odin, les Valkyries qui galtvpent dans les champs.
J*aî vu la destinée réservée à Balder, victime sanglante, fils d'Odin. Dans une belle vallée s'élevait el grandissait un gui faible, niais beau. De cette lige si tendre eu apparence provint le trait dangereux et fatal que Hôder lança.
Le frère de Balder venait de naître. Agé d*une nuit» ce fils d'Odin prit Farme du combat, il ne se lava pas les mains, il ne peigna pas sa chevelure avant qu'il eût porté au bûcher l'adversaire de Balder. Mais Frigg pleure dans Fensalir le malheur du Valhalla. — En savez-vous plus? Quoi?
Vala voit, couché près de Hverahund, un méchant corps, rafTreux Loki. En vain il secoue les funestes liens de Vali. Elles sont trop fortes , ces cui des de boyaux. Au-dessus de son mari est assise Sigyn, qui n'est pas réjouie. — En savez-vous plus? Quoi ?
Un fleuve tombe à Test dans la vallée du Venin, un fleuve de fange et de limon. On Ta [) pelle Slidur (cruel). Vers le nord, d itis les champs do Xida (obscurité), s eieve la salle d or de la race de Sindri. A Okolnir s'élève la salle de banquet du géant qui s'appelle Brimir.
Elle voit une autre salle située au Narstrand (rivage
das moi'ls), loin Un soteil. Les poites en sont tournée du côté du Dord. Des goultes de venio y tombeot par chaque ouverture. La salle est formée de dos de serpent.
Elle voit se traîner dans les eaux épaisses les parjures, les meurtriers, et celui qui séduit la iémiue d'un autre. Mdhoggr suce les cadavres de ceux qui descendent là. Le loup les déchire. — En savez-vous plus? Quoi?
A Torient, elle est assise, la vieille, dans le Jamvid
(les cbamps de fcr\ et nourrit la {nogéiiiluie tle Feurifi. Lu des éires de cette race, sous la forme d'un monstre, engloutira la lune.
Il se repait de la vie des l&ches, il tache de gouttes rouges le siège des dieux. La lumière du soleil s'obscurcit à la fin de Tété, le vent et la brise deviennent des tempêles. — tu sa\e/.'VOUS plus? Quoi?
Assis sur une hauteur, il fait vibrer sa harpe, le gardien des géants, le joyeux £gdir. Près de là, dans la forêt des oiseaux, chante le beau coq rouge que Ton nomme Fialar.
Près des ases chante Gullinkambi, qui éveille les héros chez le père des armées. Mais un autre coq, d'un rouge foncé , chante sous la terre, dans les de* meures de Hela.
Garmr (le chien des enfers) pousse d'affreux hurlements devant Gnypaball. Les cbaînes se briseront, le loup s'échappera. Elle sait beancDup de cboses , la propbétesse, elle voit de loin le crépuscule des ases, la chute des dieux de la victoire.
Les frères combattronl et se tueront Pun Tautce ; les liens de la parenté seront rompus. Le mal est dans le monde. La luxure règne. Voici l'âge des haches, Tàge des épées, où les boucliers sont brisés. Viendra Tâgedes tempêtes, Tàge des loups, avant que le monde tombe. Mors nul homme ne fera grâce à Thomme.
Les fils de Mimer jouent aux sons du cor de Giallar. L'arbre du milieu sembrase. Ht inidall élève son cor eu l'air et sonne ibrlement. Odiu interroge la tête de Mimer.
Le vieux frêne Ygydrasill frémit et tremble. Le géant s'échappe de ses chaînes. Garmr pousse d^a^-
freux hurlements devant Guyppahall. Les chaînes se brisent, le lou[) sc'chaj)j>e.
Urym vient de l'Orient, la mer s'enÛe; Joraïungand se tord dans sa rage de géant Le serpent soulève les vagues. L'aigle pousse un cri de joie. Le bec jaune déchire les cadavres, et Naglfar (i) est détaché.
Ce navire vient tle forient , les fils du Miis|)( Il voguent sur la mer. Loki tient le gouvernail. La race entière du monstre navigue avec le loup. Le frère de Bileist est avec eux.
Surtur arrive du midi avec les flammes tremblantes. Le soleil brille sur le glaive des dieux guerriers, ijes rochers craquent, les géants tremblent. L'homme suit le chemin de 1 enfer, et le ciel se fend.
Qn*arrive*t-il des ases? Q'arrive-t-il des elfes? I^e
(i) Lo plus grand navire qu'on ait jamais vn. Il est construit avec les ongles des morts, et porte les ennemis des dieux.
Litténttare itUmdwM, 7
monde des s^éniits mugil. Les ases liennent conseil. Les Daius gémissent à la pot-te des cavernes de pierre, les naÎDS, ces sages habitaote des montagnes. — En aaves-TOUs plus? Quoi?
Alors une autre douleur s*empare de Hlîne, quand Odin se met en marche pour combattre le loup. Tandis que le meurtrier de Bele résisie à Surlur, ie dieu bien-aimé de Frigga succombe.
Mais il s'avance, le fds du père de ia victoire, il s*avance, Vidar, pour combattre le monstre afTreui. Il plonge son épée dans la gueule du descendant des géants et Tenfmice jusqu*au cœur. Ainsi le père est vengé.
Voici venir le fds superbe de illodyna, il sappinx lie, le descendant d'Odin, pour combattre ie serpenL Le défenseur de Midgard le frappe rudement. Les héros ensanglantent tous h colonne de leur demeure. Il recule de neuf pas, le (ils de Fiorgune, mordu par la vipère qui ne craint rien.
Le soleil s'obscurcit. La terre lonibe dans Ja mer. Les étoiles brillantes disparaissent du ciel. La fumée flotte autour du feu destructeur. La flamme gigantesque monte jusqu'au ciel.
Elle voit surgir de l'Océan une terre nouvelle, une (ei re verte et riante. Des cascades y tombent, i aigle plane sur les bauteui-s épiant le poisson.
Les ases se rencontrent dans la vallée d'Ida, et ju* gent avec autorité. Ils se souviennent des jugements des dieux et des runes anciennes de Fimbnityr.
lis retrouvent sur l'herbe les merveilleuses tablettes
EPr ISLANDE ET AU GROËNLAND. 0»
(l'or que les chefs des dieux et la race de Fiselnir possédaient au commencement des temps.
Les champs portent des fruits sans être ensemencés. Tout mai disparaît. Baider revient. Balder et Hoder, dieux puissants, habitent les heureuses demeures de Hroptr. — En savez-voiis plus? Quoi?
Alors Haenir peut choisir sa part, et les fils des deux frères habitent les larges régions du vent. — En savesvous plus? Quoi?
Elle voit s'élever sur le Gimli une salle plus brillante que le soleil, couverle d'or. Là demeiireiU les iribus fidèles. Elles y jouissent d'une éternelle félicité.
Letre puissant qui gouverne tout vient d'eu haut présider aux jugements des dieux. 11 adoucit les sentences, étouffe les discussions, et établit une paix sacrée qui durera à jamais.
f^e sombre dragon volant arrive de l'empire des ténèbres. Il étend ses ailes, plane sur la vallée, au-dessus des cadavres. Maintenant il tombe dans Tabime. i»
Le Vafthradnirsmal (i) explique divevaes croyances de Fancienne mythologie Scandinave, dont quelquesunes ont d^à été racontées ou indiquées dans la Voluspa. C'est (JJia lui-même^ qui veut interroger la sagesse d'un géant. Tous deux s'adressent diiférentes questions et se donnent des énigmes à résoudre jusqu'à ce que le géant ivconnaisse qu'il a devant lui le
(i) Mdl signifie parole, chant; thrud^ la force; vaf^ le tissu (le tissu entortillé de? énigmes). Ce chant a clé tr.iduit en latin dans l'éditioD d'Arne Magousen; en alletnand, par Grflter et par Majer, eu danois, en auédois, en anglais.
fOO VOYAGE
(li(Mi stiprème, cl mette fin, avec effroi^ à celle lulle dangereuse.
ODIN
DonneHtnoi un conseil, Frigga; il me tarde d*al- 1er voir Vaf^hrudnir* J'ai un grand désir, je Tavoue^ d'essayer mes forces dans la science des anciens lempa
avec ce géant qui sait tout.
FRIGGA.
Père des armées, je te conseille de rester chez loi , dans la demeure des dieux, car je ne connais pas un géant ausd fort que Vallhrudnir.
ODIW.
J*aî voyagé beaucoup, j ai connu bien des choses, j'ai mis à Tépreuve bien des forces; je veux voir ce qui se passe dans la demeure de YaQhrudnir.
FRtGGA.
Que le bonheur soit avec toi à ton départ ! que le
bonheur soit avec loi à ton retour! que le bonheur soit avec foi cjuand tu rc\it'iidras parmi les Asitnics! Que la sagesse te soit en aide, ô père des temps, quand tu discourras avec le géant!
Qdin part pour éprouver la sagesse du géant qui sait tout. 11 arrive k la demeure que possède le père d'Imr,le dieu prudent } eulrc aussitôt.
ODIX.
Salut à toi, Vaflhnidnir. Je suis venu dans ta demeure pour te voir, je veux reconnaître par moi-même si tu es habile et savant en toutes choses.
VAFTnRlîDîflR.
Quel est cet homme t^ui dans ma salle madresse
ainsi la parole? Tu ne sortiras pas de cette enceinte si tu n'en sais pas plus que mot.
ODiir.
Je m'a[)|H lie (iiuigrad. Pressé par la soif, j'ai quille ma roule pour venir dans la demeure. J*ai fait une longue marche, et j'ai besoin d'être reçu et accueilli par toi y 6 géant!
irAFTHRUDiriR.
Pourquoi es-tu là, Gangrad, debout sur le seuil?
Viens l'asseoir dans la salle: nous verrons qui en sait le plus de Yhàie étranger ou du vieux parleur.
GUrCBAD.
Le pauvre qui vient chez le riche doit parler à propos ou se taire. Le babillage est funeste à celui qui se
trouve avec un homme mal disposé.
VAFTHRUDîriR.
Di&«Qoi, Gaugrad, puisque sur le seuil tu veux montrer ton savoir^ dis^moi comment s'appelle le cheval qui apporte chaque matin le jour aux hommes?
GAWOR4D.
li s'appelle Skinfaxi, le cheval qui apporte le jouibrillant aux liommes. il passe pour le meilleur des coursiers; sa crinière reluit éternellement.
. VAFTSBimVlR.
Dis4noi, Gangrad, puisque sur le seuil tu veux montrer ton savoir, comment s'appelle le cheval qui apporte de l'Orient la nuit au\ dieux propices?