‹ Litterature italienneChapitre 18 sur 56 · De vulg. Eloquentia, Ht. I. chap. x · texte numérisé non relu

De vulg. Eloquentia, Ht. I. chap. x

Le peuple cependant, cirais les diverses régions d'Italie, parlait, depuis des siècles, une langue qui lui appartenait en propre.

Bien avant la chute de l'empire romain, un fossé profond s'était creusé entre la langue écrite et celle dans laquelle s'exprimaient non seulement les illettrés, mais encore les personnes cultivées dans leurs relations quotidiennes et familières ; ce fossé n'avait fait que s'élargir de jour en jour. Le latin populaire, ou vulgaire, variait naturellement suivant la condition de ceux qui s'en servaient, et suivant la région où on le parlait. A côté de certaines altérations, qui s'observent uniformément dans toute l'étendue du domaine roman — telles sont les principales simplifications de la morphologie et de la syntaxe, — il en est d'autres qui sont particulières à telle ou telle province : la prononciation latine d'un Gaulois ou d'un Espagnol différait nécessairement de celle d'un Étrusque, d'un Osque ou d'un Sicilien. En outre l'intrusion de mots nouveaux dans le vocabulaire était en proportion directe du contact des populations latines, ou latinisées, avec des éléments étrangers , peuplades germaniques pour la plupart — Wisigoths, Lombards, Ostrogoths, Francs, — et, dans certaines régions, Slaves ou Arabes. Ainsi se sont formés peu h peu, de l'embouchure du Tage aux Carpathes, de la Méditerranée à la Manche, des milliers de patois, tous issus de la même langue, mais ! d'autant plus éloignés du type primitif qu'ils étaient parlés plus loin de Rome, leur source commune. Parmi ces patois, quelques-uns seulement ont eu la fortune de s'élever à la dignité de langues nationales et littéraires,

PliEMinnS MONUMENTS DE LA LANGUE ITALIENNE Z^

moins par leur vertu propre, que par l'efFet de circonstances politiques.

Mais les langues vulgaires n'avaient pas évolué partout avec une égale rapidité : dans le nord de la France, où le latin était plus méconnaissable à travers le langage du peuple, et où la tradition romaine s'était plus vite effacée, les documents de la nouvelle langue apparaissent plus tôt et en plus grand nombre; en Italie, pour les raisons contraires, ces documents sont plus tardifs et plus rares. Il faut attendre l'année 960 pour découvrir, dans une charte de Capoue, deux formules de témoignage qui devaient être prononcées par des illettrés : on y reconnaît déjà quelques-unes des caractéristiques essentielles de l'italien. En Toscane, un fragment de livre de banquiers, se rapportant à l'année 1211, est le premier exemple connu montrant la langue vulgaire employée dans les écritures commerciales.

II va sans dire que ces documents n'appartiennent pas à la littérature; ils intéressent surtout les linguistes. Le premier texte poétique que l'on cite est une inscription en forme de quatrain, qui se lisait, dit-on, dans une mosaïque du dôme de Ferrare et en rappelait la fondation en 1135; cette inscription a disparu depuis longtemps, et l'authenticité de la copie qui en a été publiée n'est pas à l'abri de tout soupçon. A la fin du xii® siècle paraît appartenir une pièce très obscure en dialecte campanien, connue sous le titre de Ritmo Cassincse, parce qu'elle a été trouvée dans un manuscrit du Mont Gassin; autant qu'on peut l'entendre, c'est un dialogue entre deux moines venus l'un d'Orient, l'autre d'Occident, qui parlent par allégorie des joies du ciel et des misères de la vie présente. La « Cantilena » en laisses monorimes d'un jongleur toscan, aussi énigiivatipue que la poésie pré-

cédente, semble pouvoir être rapportée à l'année 1197, si l'on s'en tient h l'interprétation la plus récente et la plus ingénieuse qui en ait été donnée. Enfin il faut rappeler que le troubadour Rambaut de Vaqueiras a composé, vers 1190, une pièce dialoguée dans laquelle une Génoise, qu'il prie d'amour en provençal, lui répond dans son patois avec une rudesse toute plébéienne. Cette poésie, écrite par un étranger, se trouve donc contenir quelques-unes des strophes les plus anciennes que possède la littérature italienne.

Moins d'un siècle plus tard, en 1283, Dante écrivit le premier sonnet de la Vita Nuova; c'est dire que si les Italiens s'étaient d'abord laissé distancer, ils surent rattraper le temps perdu. En effet, le xiii^ siècle vit surgir, du nord au sud de la péninsule, un grand nombre d'essais en langue vulgaire, mais sans aucune unité, au gré de circonstances locales souvent éphémères.

Essayons de résumer aussi clairement que possible cette période confuse de préparation.

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