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L'INSPIRATION POPULAIRE DANS LA POESIE ITALIENNE DU XIII' SIÈCLE

Le mot « populaire », appliqué à la poésie, peut donner lieu à de lâcheuses conlusions. A proprement parler, l'inspiration populaire est celle qui émane directement du peuple, et qui s'exprime en des chants, lyriques ou épiques, généralement anonymes, car ils sont l'œuvre de tous. Si cette âme collective du peuple est traduite par une intelligence consciente et réfléchie, par un poète qui se fait, plus ou moins spontanément, l'interprète des sentiments de ses contemporains, son œuvre ne cesse pas d'être populaire, tout en renfermant déjà un élément personnel et artistique, qu'il ne faut pas méconnaître. Enfin on peut encore appeler populaires des com positions destinées à divertir ou à instruire le peuple, mais n'émanant pas de lui. Dans ce cas, le poète possède une culture littéraire supérieure à celle de son public, mais il lui emprunte son langage, sa façon de penser et de sentir; il se met à la portée des intelligences simples,

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et réussit par là à leur faire adopter ses propres conceptions.

Pour ne pas multiplier à l'infini les divisions, on a gioupé dans ce chapitre ces diverses formes de poésie populaire, en ayant soin pourtant de ne pas les confondre.

Nul ne peut douter que de tout temps le peuple italien n ait aimé h chanter, en ses divers patois, ses plaisirs, ses joies et ses deuils. C'est lui faire une sorte d'injure que de donner toujours le pas h la poésie savante, importée de France et de Provence et dépourvue à l'origine de toute spontanéité, sur la poésie populaire, indigène, pleine de fraîcheur et de sincérité.

La vérité est que cette poésie populaire nous est fort mal connue, précisément parce que, destinée à être chantée, et non lue, elle se transmettait de bouche en bouche et n'était pas écrite. Cependant plusieurs pièces, recueillies ou composées au xiii® siècle par quelque jongleur ou quelque poète plus lettré, nous permettent d'apercevoir quels étaient, depuis longtemps sans doute, les motifs favoris de ces chansons aimées du peuple. Dans le genre amoureux, ces thèmes ne diffèrent pas sensiblement de ceux que l'on retrouve, à la même époque, en d'autres pays, par exemple en France : on y voit exprimées les plaintes d'une femme mal mariée, celles d'une fille enfermée malgré elle au couvent, ou qui tourmente sa mère pour qu'on lui donne un mari; le désespoir de deux amants obligés de se quitter au matin, ou de se séparer parce que l'amant part pour quelque guerre lointaine. Ces divers sujets sont traités, le plus

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