‹ Litterature italienneChapitre 23 sur 56 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

La personnalité de Frédéric II domine de très haut toute l'histoire d'Italie durant la première moitié du XIII* siècle; ce prince fut l'étonnement de son temps, « stupor mundi », objet d'une admiration enthousiaste pour les uns, de scandale pour les autres. Ce fils de l'empereur Henri Vf, ce petit-fils de Barberousse était Italien, ou pour mieux dire Sicilien, par sa mère Constance, la fille du roi Roger; il fit de Palerme son séjour favori et songea, dit-oii, à ramener en Italie le siège de l'empire. Célèbre dans l'histoire par la lutte acharnée qu'il soutint contre la papauté et contre les communes de la Haute-Italie, Frédéric II fut un politique adroit et sans scrupules, mélange déconcertant des qualités les plus hautes de l'esprit, et des violences d'une nature à la iois passionnée et froidement calculatrice; il inquiéta ses contemporains par ses allures de monarque oriental, par sa tolérance envers les musulmans, par la faveur qu'il

48 LITTERATLRE ITALIENNE

témoignait aux savants arabes, par son indifférence religieuse qui le fit taxer d'athéisme. Mais il acquit la réputation d'un protecteur éclairé des sciences, de la philosophie, et de la poésie : le charme de son esprit et de sa personne, sa curiosité toujours en éveil, l'accueil que trouvait près de lui quiconque se montrait capable de contribuer à l'éclat de sa cour ou aux progrès des études qu'il aimait, lui gagnèrent d'ardentes sympathies : « Ceux qui avaient quelque talent, dit un vieux conteur, accouraient auprès de lui de toutes parts; car il était libéral et faisait bonne mine aux gens de mérite, quels qu'ils fussent : musiciens, poètes, beaux diseurs, artistes, jouteurs, escrimeurs, se donnaient rendez-vous à sa cour. »

Les « sonatori e trovatori », dont parle ici le rédacteur du Novellino^, furent d'abord des troubadours venus de Provence, mais ce furent aussi des Italiens qui se mirent ;\ plier leur langue à l'imitation de la poésie courtoise, à l'expression savante de l'amour chevaleresque. La part d'honneur qui revient a Frédéric II dans cette entreprise hardie est considérable : il l'encouragea par son exemple, et cinq de ses « Canzoni » nous ont été conservées. Son entourage immédiat est largement représenté parmi les poètes de ce groupe, auquel on a donné le nom d' « école sicilienne » ; on y relève le nom d'un de ses fils, Enzo roi de Sardaigne, celui du célèbre Pier délia Vigna, confident et conseiller de l'empereur, arrivé aux plus hauts honneurs en 1247, et subitement disgracié en 1249 ; ceux de Jacopo da Lentini, qui dès 1233 paraît avoir été l'un des notaires de la cour, de Guido délie Colonne, qui porte le titre de juge, de Jacopo Mostacci, fauconnier

Page 1