CHAPITRE III
Le xviie siècle, qui correspond en Espagne et en France au plus brillant développement de la littérature de ces deux nations, marque pour l'Italie le degré le plus bas de la décadence : dans les beaux-arts triomphe le style que l'on désigne sous le nom de harocco : dans la poésie, sévissent le mauvais goût, la vaine emphase, la métaphore encombrante et l'hyperbole creuse. Lorsque, par réaction contre cette débauche de couleur et de sonorité, quelques esprits raisonnables préconisèrent, dans la poésie lyrique, le retour à l'imitation de Théocrite et d'Anacréon, ce fut pour tomber dans les puérilités et les fadeurs de 1' « Arcadie ». Seul le genre burlesque, héroï-comique et satirique échappa dans quelque mesure à la corruption du goût.
La triste impression que ne peut manquer de produire une vue générale de la poésie italienne au xvn'^ siècle, est en partie compensée par les progrès de l'esprit scientifique, qui se manifestent dans les écrits en prose,
d'histoire ou de critique, et surtout dans les traités où Galilée a exposé ses découvertes et défendu ses idées. Enfin, jusque dans son abaissement, l'Italie continue à charmer l'Europe par la verve inventive qu'elle déploie au théâtre : tandis que ses acteurs étonnent et amusent le menu peuple sur les places publiques, aussi bien que les princes et les grands seigneurs dans les cours, par les improvisations de la Commedia deU'artc, le drame musical, né à Florence, devient h Venise, à Naples, à Rome, un des spectacles les plus goûtés des sociétés modernes : l'opéra.
Le Napolitain Giovan Battista Marino (1569-1625) est en partie responsable de la fâcheuse réputation de la poésie italienne au début du siècle ; du moins est-ce lui qui personnifie le mieux le mauvais goût du temps, à tel point que, pour désigner les caractères morbides du style alors à la mode, on hésite entre les dénominations de Secentismo ' et de Marinismo. Le mal était d'ailleurs assez général à cette époque : les Anglais avaient eu VEuphues de John Lyly (1580), les Espagnols el estilo culto cher à Luis de Gôngora, et les Français assistaient à la naissance de la préciosité. Cette recherche éperdue du rare, du fin et du brillant est-elle une maladie dont on puisse retrouver l'origine et le mode de propagation d'un pays à l'autre ? Il convient de renoncer à cette idée si flatteuse pour l'amour-propre national de chacun : car si les Français se plaisaient à