CONCLUSION
Le jour où les troupes italieuues pénétrèrent à Rome par la brèche de la porte Pia (20 septembre 1870), il y avait assez exactement cent ans qucTeffort continu des penseurs et des poètes tendait à cet affranchissement national, enfin réalisé par Victor-Emmanuel et ses vaillants auxiliaires. La littérature avait contribué pour sa large part à ce résultat : elle avait préparé les esprits, enflammé les cœurs, et, dans une certaine mesure, dirigé les événements. Pendant un siècle, les préoccupations purement artistiques étaient passées au second rang; la poésie s'était volontairement subordonnée à l'intérêt moral et politique du peuple italien — généreuse abdication que le succès a récompensée, mais qui ne devait pas, qui ne pouvait pas se prolonger. A une période de préparation laborieuse, puis de luttes héroïques, affectant une franche allure d'épopée, succédait presque du jour au lendemain une époque d'organisation intérieure, pénible et lente, qui n'a pas été sans dilhcultés. Le
temps des grands enthousiasmes est passé, et la littérature est redevenue en Italie une force disponible.
Nous sommes donc arrivés dans cette histoire à un moment décisif : une des époques, qui se sont lentement déroulées sous nos yeux, se termine en 1870 d'une façon très nette : une autre commence à peine. Qui pourrait dire quels en seront les caractères et la signification? L'incertitude qui se manifestait déjà entre 1860 et 1870 n'a pas cessé de régner, et il n'appartient pas à la critique de préjuger l'avenir. Peut-être est-il permis cependant de formuler discrètement une hypothèse. La période utilitaire, qui vient de s'achever, était sortie d'une réaction nécessaire contre ce culte de l'art pour l'art, contre cette superstition de la forme qui, des œuvres charmantes de la Renaissance, avaient conduit lentement l'Italie à une décadence profonde; la Renaissance ellemême, dont l'unique préoccupation fut de réaliser un certain type d'agrément et de beauté, et d'accroître ainsi la somme des joies que la nature et la vie peuvent donner aux hommes, s'était produite en opposition avec la littérature didactique et la pensée mystique du moyen âge. Les Italiens, par un nouveau coup de barre, ont-ils commencé à mettre le cap vers les rives de l'art pur? Certains indices le font supposer.
Cependant la complexité de la vie moderne ne permet plus d'imaginer un retour pur et simple aux conditions d'existence grâce auxquelles les hommes de la Renaissance ont eu tout le loisir de caresser paisiblement leur rêve, sans que rien vint les en détourner. La littérature ne peut plus se désintéresser des problèmes moraux, politiques et sociaux, débattus chaque jour, chaque jour renouvelés, sur lesquels la poésie, le roman, le théâtre doivent arrêter l'attention, toujours un peu dispersée, du
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public. Les Italiens, qui n'ont rien perdu de leur sens aigu de la réalité, n'ont pas manqué d'entrer dans cette voie; seulement chacun s'y engage avec ses vues particulières et son tempérament individuel ; il est beaucoup trop tôt pour essayer de discerner à quoi tendent tous ces efforts dispersés. Quelques personnalités saillantes attirent les regards; la direction générale du courant n'apparaît pas encore. Aussi la tâche modeste de l'historien doit-elle se borner ici h mentionner les œuvres les plus significatives, puis à classer avec le plus d'exactitude et de clarté possible, sans abuser des appréciations, les écrivains sur lesquels la postérité seule portera un jugement sans appel.
Le nom de Giosuè Carducci domine toute la littérature italienne de la fin du xix' siècle. Son dernier écrit — sur une Canzone de Dante — porte la date de 1904 ; le maître a succombé le 15 février 1907, peu de mois après avoir reçu le prix Nobel. Les Italiens honorent en lui un poète et un prosateur qui a pris place à côté des plus grands.
Enfant, il assista au mouvement de 1848 — il était né en 1835 — ; jeune homme, il se jeta dans la mêlée des partis, adoptant avec fougue les idées républicaines, affectant des allures de rebelle et de païen, et se réclamant du naturalisme robuste des anciens, en haine de la sentimentalité dévotieuse et fade des romantiques. Tout ce flot bouillonnant d'idées et de passions anime d'une vie intense ses premiers recueils de vers, oii apparaît déjà le tempérament du poète, sinon l'art supérieur auquel il devait s'élever graduellement. Sous le titre de Juvenilia^
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il a réuni les pièces composées de 1850 à 1860; les Levia Gvavia et les Giambi ed Epodi se rapportent respectivement aux années 1861-1871 et 1867-1879. VInno a Satana (1863) marque le point culminant de cette première période de son activité : le poète y salue d'un chant d'allégresse « Satan le grand, le bienfaisant », génie de « la révolte, force vengeresse de la raison », principe de tout ce qui rend la vie douce et belle, de tout ce que le mysticisme chrétien a condamné : « Matière, relève-toi; Satan triomphe!... Que montent à toi l'encens sacré et les vœux : tu as vaincu le Jéhova des prêtres ! » — ode d'une grande allure, à laquelle on ne peut reprocher que le caprice par lequel G. Carducci s'est plu à scandaliser les âmes simples, en affublant du nom redouté de Satan sa conception naturaliste de la vie : des gens graves ne le lui ont pas pardonné. Il eut à soutenir à ce propos, et en bien d'autres circonstances, des polémiques d'un ton très vif; il y a déployé une verve, une malice, une vigueur de bon sens, une verdeur toute toscane, parfois un peu brutale, d'expression, qui font de ses Confèssioni e hattas^lie une des œuvres les plus savoureuses de la prose italienne moderne.
Avec les Rime Nuove (1861-1887), un progrès décisif se dessine : à l'évolution de ses idées politiques, qui a valu à G. Carducci d'amers reproches, a correspondu une évolution non moins caractéristique de son talent. Son patriotisme, toujours très vif, se tourne avec plus de sérénité vers les grands souvenirs qu'évoque cette terre historique d'Italie; sou ardeur anticléricale et païenne, moins agressive, ramène son imagination vers les œuvres gracieuses et fortes du génie grec, qui exaltent la bonté de la Nature, tandis que sa pensée se complaît dans un épicurisme élégant qui ne va pas sans une nuance
de mélancolie. Le poète devient aussi plus artiste : depui? qu'il maîtrise mieux sa fougue, il consacre plus de temps et de soin à trouver l'expression définitive : il la condense en des strophes d'un dessin ferme comme des médailles antiques. Sentiment très vif de la nature et de la vie, même en ses aspects les plus modernes, émotion très personnelle en présence des grandes pages de l'histoire, recherche d'une forme aristocratique et difficile, par réaction contre les négligences et les platitudes des derniers romantiques, tels sont les traits de sa physionomie poétique qui se dégagent déjà nettement des Rime Nuove, et qui s'affirment avec éclat dans les Odes Barbares, parues en trois séries, de 1877 à 1889.
Sous ce titre déconcertant, G. Carducci a composé ses odes les plus classiques. Toujours dédaigneux de la banalité, il a repris les tentatives séculaires faites pour adapter à la langue italienne les règles de la métrique ancienne (voir p. 262), et le premier il a victorieusement résolu ce problème désespéré. Laissant l'assimilation factice des syllabes toniques et atones modernes avec les longues et les brèves des langues classiques, il a su découvrir dans les vers d'Horace ou de Catulle, en les lisant comme un « barbare » ignorant, un rythme uniquement fondé sur la place des accents toniques et le compte des syllabes, rythme que l'italien reproduit sans effort. D'après ce principe, il a écrit de longues odes saphiques et alcaïques, des asclépiades, voire des hexamètres et des pentamètres, d'une sonorité très moderne sous leurs noms antiques. Et à la beauté d'une forme impeccable, s'adapte excellemment le contenu de ces pièces, tantôt d'un paganisme vigoureux avec d'admirables paysages [Aile fonti del Clitunno), tantôt historiques, évocations de la grandeur romaine (NelV annuale
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délia fondazione di Roma, Dinanzi aile Terme di Caracalla, etc.), ou épisodes tout récents, — l'épopée garibaldienne, la mort du prince Napoléon, celle de Maximilien au Mexique, — tantôt enfin fantaisies plus légères, purement descriptives et volontiers épicuriennes, où le culte de la beauté grecque s'unit a un réalisme très moderne [Alla Stazione), ou encore animées par des visions d'une portée plus large et plus profonde [Su Monte Mario, Presso Vurna di P. B. Shelley, etc.)
C'est dans ces belles odes, d'une ligne si pure, d'un accent si mâle, qu'il faut chercher le classicisme de G. Carducci. L'imitation n'est pas la base de sa poétique : il ne s'inspire pas plus des anciens que des modernes; ses maîtres sont les grands Italiens, de Dante h l'Arioste et à Parini, et aussi des étrangers, Hugo, Shelley, Heine, Platen. Mais la pensée antique et le mythe païen s'identifient d'eux-mêmes avec la forme naturelle de son imagination et de sa sensibilité, cependant si modernes; et cette fusion spontanée est le principal secret du charme tout particulier de ses vers. Cette poésie n'a d'ailleurs rien de populaire : elle se refuse fièrement aux amateurs de jouissances faciles.
Depuis ses dernières Odes Barbares, G. Carducci a publié d'autres pièces aussi charmantes — Jaufré Riidel — ou aussi vigoureuses, et d'une facture peut-être plus sévère encore — Piemonte, Cadore, A Ferrara, etc., — réunies sous le titre de Rime e ritmi. Ses poésies complètes, de 1850 à 1900, forment aujourd'hui un volume compact. Mais ces mille et quelques pages de vers ne résument pas toute l'œuvre de G. Carducci : il ne faut oublier ni le professeur ni le critique.
Pendant quarante-quatre ans, il a occupé avec éclat la chaire de littérature italienne à l'Université de
Bologne. Au cours de ces quarante ans, il n'a cessé de scruter toutes les parties du domaine confié à ses soins, publiant des textes, tant anciens que modernes, avec d'érudites et suggestives préfaces; le premier il a essayé de tracer à grands traits, en une synthèse puissante, une esquisse de l'évolution littéraire de l'Italie, depuis les origines jusqu'au Tasse; les œuvres de Dante, de l'Ariostc, du Tasse, de Parini, de Manzoni, de Leopardi lui ont inspiré ses études les plus fouillées; mais il n'est guère d'auteur ou d'époque sur lesquels il n'ait eu à dire son mot sous forme de discours, de conférence, d'article ou de leçon. Il s'en faut que cette immense production ait encore trouvé place dans les vino^t volumes actuellement parus de ses Œuvres (de 1889 à 1909). En attendant, un volume d'écrits en prose, choisis par luimême, allant de 1859 à 1903, est venu former, en près de' quinze cents pages, le digne pendant du volume des poésies; tous les amateurs de bonnes lettres peuvent ainsi posséder dans leur bibliothèque l'essentiel de cette œuvre variée, forte, originale, où se reflète la personnalité littéraire la plus haute de l'Italie moderne.
L'influence qu'a exercée G. Carducci sur la poésie contemporaine est considérable. Parmi les hommes de sa génération, Giuseppe Chiarini (1833-1908) l'a subie plus que personne : lié au maître par une étroite et fidèle amitié, G. Chiarini, théoricien et imitateur de la métrique « barbare », traducteur de H. Heine, poète délicat lui-même dans ses Lacri/mae (1880), s'est fait le biographe de G. Carducci. — Domenico Gnoli (n. 1838),
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auteur d'Odi tiberine (1879 et 1885) fort remarquées, a réussi en ces dernières années à piquer au vif la curiosité de ses compatriotes, en renouvelant sa personnalité par une inspiration plus romantique, en la dérobant même sous un nom d'emprunt, celui d'un mystérieux Giulio Orsini, en qui de graves critiques ont salué l'avènement d'un jeune et vigoureux talent [Orpheus, 1901, réédité en 1903 dans le recueil Fra terra ed astri). — Enrico Panzacclii (1840-1904), professeur à l'Université de Bologne, critique, auteur dramatique et conférencier, a composé des vers faciles et musicaux, qui se rattachent à la tradition romantique.
Parmi les élèves de G. Carducci, beaucoup sont professeurs eux-mêmes et critiques distingués, en même temps que poètes : Giovanni Marradi, né à Livourne en 1852, est l'auteur de nombreux recueils, dont les plus connus sont les Nuovi Canti (1891), les Ricordi lirici (1893), les Ballate moderne (1895) et une Rapsodia Garibaldina en trois parties (1894, 1902 et 1903); — Severino Ferrari, bolonais (1856-1905), le disciple préféré, mort au moment de monter définitivement dans la chaire du maître, a ressuscité avec un goût très sûr certaines formes de la vieille poésie populaire; — Guido Mazzoni (n. 1859), professeur à l'Institut de Florence, et l'un des plus brillants conférenciers de la génération présente, a fait entendre, en rythmes ingénieux, des accents intimes, puisés de préférence dans les douces émotions du foyer {Poésie, 1883 ; Nuove poésie, 1891 ; Voci délia cita, 1893). En ces toutes dernières années, M. Giovanni Pascoli (1855-1912), latiniste distingué, successeur de G. Carducci à Bologne depuis les premiers jours de 1906, occupe une place éminente parmi les poètes de sa génération : ses recueils intitulés 3Ij/ricae (1891-1900),
Poemetti (1897-1900), Canti di Castehecchio (1903), révèlent un sentiment simple et profond, virgilien, de la vie rurale, une inspiration familiale très sincère, voilée de tristesse — le souvenir de son père assassiné hante l'imagination du poète, — bien que généralement optimiste. La forme, finement ciselée, tombe parfois dans une recherche excessive, qui rappelle certains raffinements de l'art alexandrin, surtout dans ses Poemi conviviali (1904) inspirés presque tous par les légendes homériques. Le dernier volume de ses vers, Odi e Inni (L906), roule au contraire sur des sujets contemporains. Tout n'a pourtant pas cédé devant la personnalité puissante de G. Carducci. Felice Cavallotti (1842-1898), auteur dramatique, journaliste, et surtout homme politique, tué en duel, poète doué d'une facilité excessive, essaya d'opposer à la poésie « barbare » une poésie « métrique », plus fidèle à la prosodie classique [Anticaglie, 1879). Ses odes en l'honneur de Prati et de Manzoni, la Marcia di Leonida, la Lucerna del Parini donnent une idée plus avantageuse de son talent. Mais à l'école que l'on peut appeler « bolonaise » s'oppose surtout l'école « sicilienne », représentée par l'impétueux et exubérant Tommaso Cannizzaro de Messine (n. 1838), et mieux encore parMarioRapisardideCatane (1844-1912), torrent débordé qui aurait gagné à être plus discipliné; on rencontre pourtant des pages éloquentes dans ses poèmes d'allure épique et philosophique, Palingenesi (1868), Lucifero (1880), Giobbe (1884), V Atlantide (1894). A côté de lui, la Sicile compte quelques représentants distingués, parmi lesquels il suffira de mentionner Giovanni Alfredo Cesareo, de Messine (n. 1861), auteur des Occidentali (1887) et d'Jnni (1895), historien de la poésie lyrique italienne des premiers siècles.
Parmi les indépendants, Arturo Graf, né à Athènes en 1848, mort en 1913 à Turin, où il enseignait la littérature italienne, critique et historien de grande autorité, voire romancier [il Riscatto, 1900), occupe une place à part. Son premier volume de vers, Médusa (1880), était d'une inspiration nettement pessimiste, puisée dans le sentiment de malaise qui envahit l'homme en face du mystère de sa destinée; il ne s'abandonne pourtant pas à ce plaisir de la douleur dont parle Leopardi, et ses recueils plus récents, Dopo il tramonto (1893), le Danaidi (1897), Rime délia Seha (1906), révèlent un humoriste chez ce poète philosophe : il aime à scruter les âmes de ses semblables pour en reconnaître les aspirations, et les orienter vers un idéal capable de donner du prix à la vie. Ses vers ne se contentent pas de charmer : ils font penser, en particulier ses Poemetti dramma-' tici (1905).
D'un tout autre côté de l'horizon littéraire se détache la physionomie du Romagnol Olindo Guerrini (n. 1845), qui s'est posé en adversaire de l'idéalisme, en champion du « vérisme », et sous le nom d'un prétendu Lorenzo Stecchetti [Postuma, 1877) a donné à l'Italie quelques imitations de Baudelaire, mais avec un tempérament très différent, de bon vivant sensuel, enclin à la grossièreté. C'est assez exactement le contraire d'Antonio Fogazzaro, connu surtout comme romancier, disciple de son compatriote Zanella, dont il continue l'inspiration chrétienne, soutenue par un généreux libéralisme. Il a débuté comme poète avec une sorte de roman en vers, Miranda (1874), auquel ont fait suite les gracieux paysages de Valsolda (1876), où cette âme de doux philosophe se reflète dans une forme très simple, très unie, dédaigneuse des artifices ambitieux (/^oesieco/w^/eZe, 1912).
Quelques femmes ont attiré l'attention par des poésies où s'affirment d'attachantes personnalités : Evelina Cattermole-Mancini (1851-1896), connue sous le nom de « Contessa Lara », dont les Fiers/ passionnés remontent à 1883; Alinda Bonacci-Brunamonti (1841-1902) appréciée pour la tenue plus ferme de son style; Vittoria Aganoor (1855-1910), auteur de Leggenda eterna (1900) et de Nuoi>e Liriche (1908). Les volumes d'Ada Negri (n. 1870), FatalUà (1893; et Le Tempeste (1896), le premier surtout, ont fait grand bruit; une certaine violence révolutionnaire caractérise les chants de cette modeste fille du peuple, que ses fonctions d'institutrice ont mise de bonne heure en contact avec bien des souffrances et des misères. La critique a signalé ses négligences de style, et quelque monotonie dans ses rythmes; mais un peu de rudesse ne messied pas à cette muse plébéienne. Depuis, l'inspiration d'Ada Negri, devenue épouse et mère, s'est adoucie et comme éclairée d'un sourire : son volume Maternità (1904) a consacré cette évolution de sa pensée.
La poésie dialectale, toujours vivace en Italie, ne doit pas être oubliée ici. Elle est brillamment représentée en Toscane par Neri Tanfucio (Renato Fucini, n. 1843), célèbre par ses sonnets pisans, à Venise par Riccardo Selvatico (m. 1901), à Naples par Salvatore di Giacomo (n. 1862), à Rome par Cesare Pascarella (n. 1858) : ses suites de sonnets sur des sujets déterminés (Villa Gloria, la Scoperta delV America, etc.) constituent de véritables épopées traduites et commentées par l'imagination naïve et l'émotion sincère du peuple.
La dernière génération des poètes italiens reconnaît pour chef Gabriele d'Annunzio, né à Pescara en 1863. Plus célèbre hors d'Italie comme romancier, c'est par la poésie qu'il a débuté, avec Primo vere (1879), Canto
noi^o (1882), Intermezzo di rime (1884), VIsotteo et la Chimera (1890), les Elégie Romane (1892), le Poema paradisiaco et les Odi Navali (1893): c'est à elle qu'il est revenu en ces dernières années avec la Canzone di Garibaldi (1901) et les Laudi del cielo, del mare^ délia terra e degli eroi, dont quatre livres ont paru de 1903 à i9i2{La Gesta d^ Oltremare) . Parti de l'imitation de G. Garducci, G. d'Annunzio a cherché partout des inspirations et des modèles, avec une inlassable curiosité : il a subi l'influence des anciens et en particulier des Grecs, des vieux poètes italiens, des classiques de la Renaissance, des littératures contemporaines, anglaise, allemande (surtout de Nietzche), française et russe. Il s'est joué avec une surprenante virtuosité au milieu de toutes les formes de l'art, de toutes les visions de beauté; il a parcouru la gamme des sensations les plus rares; et sa personnalité, loin de se trouver affaiblie par tant de fantaisies intellectuelles, s'est dès le début affirmée avec éclat; on reconnaît en lui un tempérament d'artiste supérieurement doué. Il lui manque le don de l'émotion et le sens de la pitié : c'est un dilettante, un raffiné, non un penseur. Sa soif insatiable de jouissances l'a conduit dès l'abord à une âpre sensualité; son « moi » déborde dans toutes ses œuvres, au mépris parfois du bon goût. Mais il sait donner un relief merveilleux à certains aspects de notre nature, à certains sentiments de la créature, pour ne pas dire de la bête humaine. Ses adorateurs devraient admettre qu'il exaspère parfois ses lecteurs; mais ses détracteurs ont tort de méconnaître la puissance de cette personnalité artistique, la plus grande force créatrice qui ait paru en Italie depuis longtemps. En ce qui concerne plus spécialement la poésie, on peut trouver exagérée sa recherche un peu factice de la
magnificence, dans les images et dans l'expression; mais il faut rendre justice à la souplesse de ce talent qui a pu traiter successivement les mètres « barbares », la plupart des formes strophiques de la vieille poésie italienne, la « laisse » assonancée de l'antique épopée française (Canzone di Garibaldi), et enfin le vers libre employé dans les combinaisons les plus capricieuses [Laudi).
Ces dernières compositions affectent une forme cyclique qui est familière à G. d'Annunzio, De la Canzone di Ga/'ibaldi n'a encore paru qu'une partie, la troisième [la Notte di Caprera) sur sept. Les Laudi doivent comprendre également sept volumes dont quatre seulement sont publiés : l'œuvre se présente comme un long hymne au grand Pan, destiné à célébrer toutes les beautés de la nature, tous les aspects de la vie, « les mille noms, les membres innombrables » du dieu.
Une aussi puissante personnalité a forcément exercé sur la génération actuelle une influence dominante : on aurait tort de croire pourtant qu'aucun des « jeunes » n'y échappe. Plusieurs restent les disciples directs de G. Carducci, dont la force est de jour en jour mieux sentie; d'autres ont été séduits par l'apparente simplicité de Giov. Pascoli. Tels sont, à l'heure présente, les courants que l'on peut distinguer parmi ceux qui feront demain applaudir une fois de plus la poésie italienne.
Le roman italien a vivement sollicité l'attention du public en Europe depuis une vingtaine d'années. Cependant, si l'on met à part trois ou quatre personnalités saillantes, il serait exagéré de dire que cette portion de
1 ii.imense production littéraire brille dans son ensemble par l'originalité : l'influence de Balzac, de Flaubert, de Zola, de Daudet, de Maupassant y est fort reconnaissable; beaucoup d'œuvres sont insignifiantes. Il n'y a lieu de s'arrêter que sur quelques tempéraments caractéristiques.
Le Génois Giovanni Ruffini (1807-1881) appartient à la génération précédente, celle de la Révolution; et, comme beaucoup de ses contemporains, il vécut longtemps en Angleterre ; mais il faut rappeler ici son nom pour ses deux émouvants romans Lorenzo Benoni, et surtout le Docteur Antonio, publiés en anglais lors de son exil, et très lus en Italie. Plus près de nous quelques écrivains faciles ont connu de brillants succès : Antonio Caccianiga, de Trévise (1823-1903), le Piémontais Vittorio Bersezio (1830-1900), historien de Victor-Emmanuel {Trent'anni di i>ila italiana, 1878 et suiv.), le fécond Anton Giulio Barrili (1836-1908), qui fut professeur à l'Université de Gênes, Enrico Castelnuovo (n. 1839), Salvatore Farina (n. 1846), le Lombard Emilio De Marchi (1851-1901). Avec Giovanni Verga, de Catane (n. 1840), se présente une physionomie littéraire beaucoup plus significative; il est le chef de ce qu'on peut appeler l'école naturaliste italienne. Ses œuvres les plus attachantes sont celles où il a peint d'une touche nette et vigoureuse la vie du peuple et de la bourgeoisie de Sicile, c'est-à-dire ses Nouvelles, où figure Cavalleria Rusticana (Vita dei campi^ 1880; Per le vie, 1883); ses romans intitulés i Malavoglia (1881), Mastro don Gesualdo (1888); une de ses œuvres les plus célèbres, quoique bien moins caractéristique, est la Storia di una capinera (1873). Les romans d'un autre Sicilien, Luigi Capuana (n. 1839), accusent les mêmes tendances; mais le principal disciple de Verga
est actuellement M. Federico De Roberto (n. 1861), auteur des Vicerè.
Antonio Fogazzaro, de Vicence (1842-191 1), est presque aussi connu en France qu'en Italie, comme auteur de romans et conférencier. Si quelques-unes de ses œuvres, Malombra, Fedele, il Mister o del poeta sont déjà un peu oubliées, Daniele Cortis (1885), Piccolo mondo antico (1895), Piccolo mondo moderno (1901), il Santo (1905) et Leila (1910) ont trouvé de nombreux lecteurs chez nous. Les qualités de forme ne sont pas ce qui assure à A. Fogazzaro la place très élevée qu'il occupe dans l'estime du public; son style a du naturel, mais son goût pour les dialogues où un interlocuteur parle en milanais, un autre en vénitien, un troisième en italien, ne produit pas une impression très artistique, encore qu'il en tire certains effets plaisants. C'est surtout un peintre d'âmes, qui s'inspire d'une conception très haute et très noble de la vie; et cette sévérité de la pensée est fort heureusement unie à un tour d'esprit humoristique, où se retrouve un peu de l'ironie de îManzoni, plus accentuée, plus comique. Ses idées personnelles, tant politiques que religieuses, tiennent parfois trop de place dans ses œuvres. Dans Daniel Cortis ce n'est pas à la politique que l'on s'intéresse, mais au beau roman d'amour que couronne un renoncement sublime, imposé par le respect du devoir; dans le Santo, le catholicisme très fervent et très libéral de l'auteur prête fort h la discussion ; mais la figure du saint, celle de la femme passionnée qu'il repousse, et de plusieurs personnages secondaires, sont des créations fort attachantes. Le chef-d'œuvre de A. Fogazzaro paraît être en somme le Piccolo mondo antico, ce roman si simple, si intime et si ému, qui se déroule dans le beau décor du lac de Lugano et de ses
montagnes, à l'heure solennelle où se décidaient les destinées de l'Italie. Par malheur, c'est aussi celui de ses romans qui perd le plus en passant dans une autre langue : tout y a une saveur de terroir discrète et pénétrante,qui s'évapore aisément, et en fait j ustement la poésie. Les romans de M. Gabriele D'Annunzio ont eu peutêtre plus de lecteurs en France qu'en Italie même; il n'y a donc pas à présenter longuement à un public qui les connaît bien VEnfant de volupté {il Piacere^ 1889), Vlntriis {l'Innocente, 1892) et le Triomphe de la mort (1894)
— la trilogie des Romanzi délia Rosa^ — œuvres d'une sensualité violente, mais d'un grand effet, dont la dernière peut être tenue pour un chef-d'œuvre authentique, une fois admise cette conception particulière de la vie et de l'art. Ensuite est venue la trilocrie des Romanzi del Giglio, dont un seul a paru — le Vergini délie Rocce (1896),
— œuvre d'un symbolisme déconcertant, mais d'une facture plus raffinée. Un seul roman aussi a été composé — il Fuoco (1900) — d'une autre trilogie annoncée sous le titre de Romanzi del Melagrano; nulle part encore l'auteur, cependant coutumier du fait, ne s'était aussi ouvertement mis en scène sous le nom de son héros. Mais si l'intérêt faiblit au point de vue du drame de passion, le livre renferme d'admirables évocations de Venise : la valeur des morceaux, variés et brillants, l'emporte de beaucoup ici sur celle de l'ensemble. Depuis le Feu, G. D'Annunzio a été repris par la poésie et attiré par le théâtre; il est cependant revenu au roman avec Forseche si forse che no (1910). L'évolution de son talent, qui se révéla d'abord dans des recueils de contes {Terra Vergine, 1882), sortis du mouvement littéraire qui eut son centre à Rome, vers 1880, et pour principal organe la Cronaca bizantina de l'éditeur Sommaruga, a été rapide et con-
tinue. A ce tempérament créateur, à l'ardeur « animatrice » qui le possède, il faut sans cesse des formes d'art renouvelées, et l'on ne peut nier que cette fertilité d'invention, que cette impatience à élargir le cadre de ses œuvres, à enrichir et a varier l'expression, ne constitue, au seuil du xx* siècle, un gage de vitalité pour la littérature de la nouvelle Italie, qui tâtonne et cherche encore sa voie.
Deux femmes se sont distinguées dans le roman, par des qualités l'une de passion et de verve, l'autre de fine observation dans la peinture des mœurs provinciales. La Napolitaine Matilde Serao (n. 1856) est douée d'une remarquable facilité : le journalisme ne suffisant pas à son activité dévorante, elle a prodigué, dans plus de vingt romans, les fantaisies d'une imagination intarissable, fantaisies souvent charmantes, principalement quand elle décrit la vie de Naples [il Paese di cuccagna, 1891). Il est regrettable que ses récits se ressentent toujours de la hâte avec laquelle ils sont écrits : le relief et le fini font souvent défaut à ses peintures. C'est de Sardaigne que l'autre romancière nous apporte des impressions pleines de saveur et de sincérité : Grazia Deledda a vite conquis une enviable réputation avec Elias Portolii (1903) et Cenere (1904). Son nom appartient au groupe des plus jeunes, de qui l'Italie a le droit de beaucoup attendre. Parmi ces écrivains, sur lesquels ce trop rapide résumé ne peut s'étendre comme il conviendrait, signalons encore l'œuvre considérable de M. Gerolamo Rovetta (1853-1910), qui se recommande par beaucoup de vie et d'agrément; MM. E. A. Butti (1868-1912), Luigi Pirandello (n. 1867), Giovanni Cena (n. 1870) ont déjà fixé l'attention du public par des qualités qu'il leur appartient de mûrir et de développer.
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Les applaudissements qu'a recueillis Edmondo de Amicis (1846-1908) ne s'adressaient pas seulement au romancier, bien qu'il ait aussi cultivé ce genre (il Romanzo d'un maestro, 1890), mais surtout au conteur et au moraliste, à l'auteur d'esquisses pleines d'humour et de fantaisie, qu'anime toujours une inspiration généreuse : il débuta dans ce genre en 1869 avec la Vita militare, et il y donnait, hier encore, VIdioma gentile (1905); nous n'avons garde d'oublier d'ailleurs parmi ses volumes les plus recherchés Gli a?nici, Aile Porte d'Italia, SidVOceano, Fra scuola e casa, la Carrozza di tutti, ses impressions de voyages en Espagne, au Maroc, en Hollande, à Paris, à Londres, a Constantinople, et surtout le livre, dès maintenant classique, qu'il a écrit pour la jeunesse : Cuore (1886). Narrateur spirituel et brillant, idéaliste épris de justice et de progrès social, E. De Amicis manque pourtant de profondeur; mais son style a une allure aisée, aussi éloignée de l'affectation que de la vulgarité, qui suffirait seule à justifier sa grande popularité. Beaucoup moins célèbre, mais aussi beaucoup plus artiste, est Renato Fucini (p. 487) : ses exquises Veglie di Neri sont des bijoux finement ciselés, où revivent la nature et les mœurs de l'Apennin toscan et de ses riantes vallées.
Les efforts de la jeune Italie, pour créer ce théâtre national qui lui a toujours manqué, ont redoublé depuis le milieu du xix* siècle ; mais, en dépit de quelques exceptions, on ne saurait dire que leur insistance ait encore , abouti. L'œuvre dramatique la plus solide du siècle dernier — puisque les meilleures tragédies de Niccolini se plient difficilement aux exigences de la scène — est encore peut-être celle de Felice Romani (1788-1865), l'auteur des mélodrames que Bellini et Donizetti mirent
en musique. Les drames historiques de Giuseppe Révère (p. 475) sont déjà fort oubliés. Peu de genres ont plus constamment tenté les poètes que la tragédie : un seul nom cependant doit être retenu, celui de Pietro Cossa (1830-1881). Rompant avec le cadre étroit du drame alfiérien, il s'est appliqué à reconstituer plus librement la vie et les mœurs de l'ancienne Rome, sans craindre de mêler une note comique aux actions les plus sombres; c'est avec son Nerone (1870) qu'il entra dans une voie originale après les tâtonnements de ses débuts; vinrent ensuite Messnlina, Plauto e il siio secolo, Giuliano l'Apostata; mais il lut moins heureusement inspiré par l'histoire moderne, dans l'Ariosto e gli Estensi (1874), i Borgia, et i Nàpoletani nel 1199, sa dernière œuvre (1880). Plus récemment Giovanni Bovio (1841-1903) a donné la forme de drames à des dialogues philosophiques, comme sa trilogie Cristo alla festa di Purim, San Paolo, il Millennio; mais ces œuvres n'ont rien de scénique. C'est encore à M. Gabriele D'Annunzio que revient l'honneur d'avoir rendu un peu de vie et de beauté à la tragédie. Après avoir fait représenter sans grand succès une curieuse Città morta (1898), la Gloi'ia (1899), en prose, et des fantaisies qu'il a baptisées les Songes des saisons — seuls les songes d'une « matinée de printemps » et d'un « couchant d'automne » ont été écrits, — il a donné la Gioconda (1899), drame saisissant, descriptif et esthétique plutôt que vraiment humain, avec d'exquises parties de poésie. Avec Francesca da Rimini (1902) G. D'Annunzio a courageusement abordé la tragédie en ver«, d'une forme d'ailleurs très libre. L'Italie du XIII* siècle, son histoire, ses mœurs, sa langue même, y sont évoquées avec autant de science que de talent. Le principal défaut de cette œuvre brillante est de rappeler
imprudemment une page immortelle de Dante, qu'il ne paraît possible de transformer en drame qu'en la défigurant, A cette poésie un peu factice, faite de passion et d'exactitude historique, de souffle épique et de pastiche, on préférera sans doute la Figlia di Jorio (1904), tragédie à la fois idyllique et sauvage, dont les héros sont les paysans et les montagnards de l'Abruzze, avec leur foi naïve et leurs superstitions païennes, leurs passions élémentaires et violentes, qui s'harmonisent bien avec une nature grandiose. Assurément c'est encore de la poésie plus que du drame, en ce sens que les personnages, même de premier plan, constituent de véritables énigmes; mais les situations sont simples, pathétiques, et le lyrisme déborde à chaque page. Moins heureuses à tous égards ont été la Fiaccola sotto il Moggio (1905), Piii che l'amore (1907), la Nave (1908), Fedra (1909).
Les destinées de la comédie proprement dite, depuis Goldoni, ont manqué d'éclat. Giovanni Giraud (1776-1834) avait eu de la bonne humeur et de l'esprit, ce qui le distingue avantageusement du froid Alberto Nota (1775-1847). Un peu plus tard deux Toscans, Vincenzo Martini (1803- 1862) et Tommaso Gherardi del Testa (1815-1881), ont remporté d'honorables succès; on applaudit encore un drame, la Morte Civile, de Paolo Giacometti (1817-1882), écrivain fécond et moral. Le Modénais Paolo Ferrari (1822-1889) a laissé quelques comédies que l'on revoit avec plaisir, surtout dans le genre historique : Goldoni e le sue sedici commedie nuove (1852), la Salira e il Parini (1856); ses pièces à thèse, plus récentes, sont déjà fort démodées. D'une façon générale, les dramaturges de la seconde moitié du xix* siècle ont subi l'influence d'Augier, de Dumas, de Sardou, comme leurs successeurs subissent celle d'Ibsen, de Sudermann et de Paul Her-
vieu. Ferdinando Martini (n. 1841) a écrit de piquants proverbes, avant de se laisser absorber par la politique et l'administration de la colonie Erythrée; Felice Cavallotti (p. 485) a composé des drames et des comédies, tant en prose qu'en vers, dont quelques-uns tiennent encore l'affiche [il Cantico de' Cantici, la Figlia di Jeftè) ; Achille Torelli (n. 1844), après avoir obtenu d'éclatants succès à ses débuts, avec i Mariti, a depuis longtemps renoncé au théâtre. Giovanni Yerga (p. 490) a également donné quelques essais dramatiques, brefs et violents, qui furent très remarqués.
Les noms qui honorent le plus aujourd'hui la scène italienne sont ceux de Giuseppe Giacosa (1847-1906) et de Rovetta (p. 493). Le premier peut être tenu pour le chef de la jeune école, qui a réagi contre l'absolue domination du répertoire étranger sur la scène italienne; il a écrit en vers de gracieuses comédies ronjanesques, Il trionfo d'amore, Una partita a scacchi (1881), puis des comédies de mœurs et des drames en prose : Resa a discrezione, Tristi amori, son chef-d'œuvre, i Diritti dell'anima, Corne le foglie, et plus récemment II più forte; l'élévation de la pensée n'empêche pas d'y apercevoir des maladresses dans la conduite de l'action. G. Rovetta n'a pas rencontré moins de succès au théâtre que dans le roman, avec i Disonesti, le Due Coscienze et Romanticismo . Parmi les rivaux les plus heureux, encore que discutés, de ces deux dramaturges, figurent les frères Antona-Traversi, Camillo (n. 1857), critique littéraire distingué, auteur applaudi des /»ore/io, et Giannino (n. 1861), plus fécond, plein d'esprit et de vivacité. Paris a justement applaudi Vlnfedele et Don Pietro Caruso de M. Roberto Bracco (n. 1861); il faut encore citer M. jNIarco Praga (n. 1862), dont le Vergini et la Moglie
498 LITÏERATUBE ITALIENNE
idéale attestent le talent, et M. E. A. Butti (p. 493) — au total beaucoup de promesses, qui n'ont pas réussi à triompher de tous les obstacles. Car ce qui manque au théâtre italien, c'est une scène fixe, c'est aussi un public : le seul régime connu au delà des Alpes est celui des troupes itinérantes. Un récent essai pour créer à Rome une « Maison de Goldoni w a échoué, malgré le talent du grand artiste qui s'y consacra, INI. Ermete Novelli; il faut souhaiter meilleur succès à la tentative nouvelle qui se poursuit en ce moment.
Grâce à la communion d'idées et de sentiments plus étroite qui s'établit entre le public, les auteurs et les acteurs, le théâtre provincial, en dialecte, se trouve dans des conditions plus favorables. Venise a eu encore, au xix^ siècle, en Giacinto Gallina (1852-1897), un digne continuateur de la tradition illustrée par Goldoni.
On n'aurait qu'une idée imparfaite de l'activité littéraire actuelle de l'Italie, si aux œuvres d'imagination on négligeait d'associer, en un court tableau, les ouvrages de critique et d'érudition, ceux du moins qui intéressent l'étude historique et littéraire du génie italien — car le mouvement philosophique, juridique et scientifique sort du cadre de ce livre.
Le premier nom que l'on rencontre est celui d'un critique qui fut admirablement doué pour pénétrer le sens d'une œuvre, caractériser un écrivain et une époque, le meilleur représentant de l'école « esthétique », le Napolitain Francesco De Sanctis (1817-1883), dont l'influence a été considérable : en 1866 parurent ses premiers Saggi
critici, dont une seconde série fut publiée en 1872 ; son Stti^sio critico sut Petrarca est de 1869, et sa Storia délia letteratura italiana, en deux volumes, vit le jour en 1870-1872 ; la matière d'un troisième volume a été recueillie et publiée récemment par ses élèves {la Letteratura italiana nel secolo XIX, 1897).
Cependant à la méthode purement critique s'opposait presque aussitôt la méthode historique, lorsque Domenico Comparetti (n. 1835) fit paraître son bel ouvrage, Virgilio nel medio evo (1872). Deux hommes, deux chefs d'école, se sont distingués surtout comme professeurs, à côté de Giosuè Carducci : Adolfo Bartoli (1833-1894) et Alessandro d'Ancona (n. 1835), également soucieux de donner pour base à leurs jugements un dépouillement scrupuleux des documents, et la publication de textes inédits. De sa chaire de Florence, Bartoli, connu surtout pour ses recherches sur les premiers siècles de la littérature italienne', a exercé une action profonde par l'espèce de doute méthodique avec lequel il abordait chaque question, faisant table rase de toutes les opinions reçues. M. d'Ancona a été In gloire de l'université de Pise, comme G. Carducci fut celle de Bologne. Parmi ses innombrables publications, éditions, articles de revues, études, variétés, il faut au moins rappeler ses Origini del teatro italiana (1877 et 1891) et la Poesia popolare italiana (1878 et 1906).
Avec Ruggero Bonghi (1826-1895), traducteur de Platon, la science prend un aspect moins sévère : le publiciste facile s'oppose au professeur plus rigoureux. Le Milanais Gaetano Negri (1838-1902) est un exemplaire
1. I primi due secoli délia letteratura italiana, 1870-1880; Storia délia letteratura italiana, sept volumes allant jusqu'à Pétrarque inclusivement (1878-1889).
accompli d' a essayiste » érudit et philosophe. Giuseppe Guerzoni (1835-1886), biographe de Garibaldi (1882), a laissé des études, un peu hâtives, sur le théâtre au XVIII* siècle (1876), sur la Renaissance (1878), etc. Les écrits d'Enrico Nencioni (1839-1896), très au courant surtout de la littérature anglaise, se recommandent par leur finesse et la sûreté des jugements. La littérature coudoie la philosophie dans les écrits de Giacomo Barzellotti (n. 1844).
L'Italie est redevable au mathématicien Antonio Favaro d'une édition complète, « nationale », de Galilée, et d'études définitives sur la vie et l'œuvre de ce grand savant. Pasquale Villari (n. 1827) a magistralement décrit l'époque de Savonarole (1859;, celle de Machiavel (1877-1882) et les premiers siècles de l'histoire de Florence (1893) ; en ces dernières années, sa plume infatigable a traité des questions sociales. Isidoro Del Lungo occupe aussi un rang très distingué parmi les historiens de la vieille Florence, au temps de Dante et de Dino Compagni.
L'étude des premières manifestations de la littérature italienne et la publication des anciens textes, inséparables des enquêtes philologiques les plus sévères, a trouvé de vaillants promoteurs: Graziadio Ascoli (1831- 1907) a fondé la linguistique italienne; directeur de VArchwio glottologico et professeur à l'Académie de Milan, il a aujourd'hui pour successeur M. Carlo Salvioni. A côté de lui, mais plus particulièrement dans le domaine de l'histoire littéraire du moyen âge, il faut citer MM. Ernesto Monaci (n. 1844), Francesco d'Ovidio (n. 1849), puis Yincenzo Crescini, l'ingénieux biographe de Boccace (1877), Ernesto Giacomo Parodi, Egidio Gorra, etc. A ce groupe appartient un maître éminent, Pio Rajna (n. 1847), célèbre surtout par ses beaux tra-
vaux sur le poème chevaleresque, les sources du Roland Furieux {iS76), les origines de l'épopée française (1877). Citons encore B. Zumbini (n. 1839) et F. Torraca, ce dernier pénétrant interprète de la poésie du xiii^ siècle. Giovanni Mestica (1831-1903), éditeur des Rime de Pétrarque, d'après le manuscrit original (1896), a laissé aussi des études littéraires variées, en particulier sur Leopardi (1901). Ernesto Masi (1837-1908) accorda ses préférences au xviii® siècle; Remigio Sabbadini s'est consacré à l'histoire de l'humanisme.
M. Arturo Graf (p. 486) s'est complu dans l'exhuma- , tion des légendes médiévales (1892-1893), de celles notamment qui se rapportent à l'histoire de Rome (1882-1883); mais ses essais sur le xvi° siècle (1888), sur Foscolo, Manzoni et Leopardi (1898), ne sont pas moins appréciés. Pompeo Molmenti (n. 1852) est l'historien de Venise et de la Vénétie, de ses héros, de ses artistes et de ses poètes, depuis Goldoni (1880) jusqu'à Antonio Fogazzaro (1900). Giuseppe Pitre (n. 1843), interprète fidèle des mœurs et des légendes de la Sicile, a fondé sur de solides bases l'étude du folk-lore de sa province natale.
La génération née de 1859 à 1870 ne dément pas l'activité déployée par ses aînées, et reste attachée aux sévères méthodes de la critique scientifique. Mais ici des scrupules faciles a comprendre nous font un devoir de signaler simplement les efforts réalisés pour coordonner et synthétiser les résultats acquis, dans le domaine de la critique littéraire et historique, par la création d'importantes revues, et par des publications embrassant dans son ensemble la civilisation italienne.
De 1868 à 1892, a paru à Bologne, sous le titre de Propugnatore, une revue dirigée par Francesco Zam-
502 LI\TÉRATURE ITALIENNE
brini, et continuée par G. Carducci, qui compta parmi ses premiers collaborateurs N. Tommaseo, G.-B. Giuliani, L. Settembrini, A. d'Ancona, A. Bartoli, P. Rajna, I. Del Lungo, G. Vitelli, C. Guasti, A. Borgognoni, A. Neri, etc. En 1883, a commencé la publication du Giornale storico délia letteratura italiana (Turin), dirigé par MM. Francesco Novati et Rodolfo Renier, primitivement assistés de M. A. Graf ; le soixante-deuxième volume en a paru à la fin de 1913, et l'ardeur avec laquelle y collaborent les jeunes générations est un gage de vitalité, dont les fervents de la littérature italienne se réjouissent; car c'est là désormais un indispensable instrument de travail. Dans le même ordre d'idées, il faut signaler la Rivista critica délia letteratura italiana, fondée à Florence en 1884, par T. Casinl, S. Morpurgo et A. Zenatti, qui n'eut pas une très longue vie; aujourd'hui paraissent à Pise laRassegna bibliografica fondée par M. A. d'Ancona, et à Naples la Rassegna critica de MM. E. Pèrcopo et N. Zingarelli. A Naples encore, a surgi plus récemment (1903) une revue, la Critica, organe de M. Benedetto Croce, le continuateur le plus distingué des traditions de Fr. De Sanctis : esprit philosophique, dont l'érudition solide a été assez clairement mise en lumière par sa volumineuse histoire des théâtres de Naples * (1891), M. Croce a enrichi de points de vue nouveaux et féconds la critique littéraire par son remarquable ouvrage intitulé Estetica corne scienza delV espressione e linguistica générale (1902, 3<= éd. 1909).
Il ne peut être question de mentionner ici une seule
1. A rapprocher des livres sur l'Opéra buffa. napoletana (1883) et sur La Commedia deW arte (1886) d'un autre Napolitain, Michèle Scherillo, commentateur de VArcadla de Sannazar (1888), et l'un des derniers biographes de Dante (1896).
des revues provinciales, très nombreuses et généralement prospères, ni même les périodiques consacrés à la simple vulgarisation en même temps qu'aux questions actuelles et au pur agrément — la Nuova Antologia occupe toujours le premier rang, avec la plus récente Rivista (Tltalia-^ mais il faut indiquer l'œuvre de la Società Dantesca italiana, fondée à Florence en 1888 : son Bullettino, dirigé d'abord par Michèle Barbi, et depuis 1906 par E. G. Parodi, rend compte de tous les travaux relatifs à Dante, et beaucoup de ces comptes-rendus sont eux-mêmes des études magistrales. D'autres revues sont également consacrées à l'œuvre et à l'époque de Dante; tel est le Giornale Dantesco, publié à Florence par G. L. Passerini.
Un éditeur milanais, F. Vallardi, avait entrepris dès 1870 de confier à quelques critiques en vue le soin de composer une série de monographies constituant une histoire suivie de la littérature italienne, et il avait obtenu le concours de A. Bartoli, G. Invernizzi, U. A. Canello. B. Morsolin, le consciencieux biographe du Trissin (1878), et G. Zanella. Le plan, repris quinze ans plus tard par le même éditeur, et à peu près complètement exécuté aujourd'hui, a donné naissance à une œuvre considérable, en dix volumes compacts : la « Storia letteraria d'Italia scritta da una società di Professori » constitue une remarquable mise au point des connaissances acquises au début du xx' siècle. Après une Letteratu?'a romana de C. Giussani, doit venir un volume sur les origines de la langue et de la littérature par Fr. Novati, le savant éditeur des lettres de l'humaniste Coluccio Salutati; le Duecento de G. Bertoni, le Dante de N. Zingarelli et le Trecento de G. Volpi sont complétés par une réimpression de toutes les anciennes biographies de Dante, de
Pétrarque et de Boccace, due aux soins d'Angelo Solerti, le patient biographe du Tasse (1895); le Quattrocento est un des plus solides ouvrages de Vittorio Rossi, dès longtemps estimé pour son étude sur Guarini et le Pastor fido (1886); le Cinquecento est digne de sou auteur, Francesco Flamini, qui est en train de publier une belle et forte interprétation synthétique de la Divine Comédie'^; MM. A. Belloni et T. Concari ont fait à peu près leurs premières armes avec le Seicento et le Settecento; VOitocento, très volumineux, est l'œuvre de Guido Mazzoni, le savant et brillant professeur de Florence, qui, avec une patience de bénédictin, n'a voulu négliger aucun des aspects, même les moindres, de l'activité littéraire en Italie dans tout le cours du xix® siècle. Une nouvelle série de monographies est déjà commencée, où les différents genres seront étudiés séparément dans leur évolution propre; il faut signaler, parmi les volumes parus, la Tragedia par Emilie Bertana, le hardi et consciencieux biographe d'Alfieri (1902), et, parmi les volumes annoncés, la Salira de Vittorio Cian, l'un des maîtres les plus distingués de l'université de Pise, historien de Bembo, de Castiglione et des relations littéraires de l'Italie avec l'Espagne au xviii* siècle. Dans le même ordre de recherches, assez nouvelles en Italie, on ne doit pas omettre Arturo Farinelli qui, par sa remarquable connaissance des langues modernes, s'est placé au premier rang pour l'étude comparative des littératures européennes. L'histoire de l'art à son tour inspire de solides études à MM. G. Ricci, L. Beltrami, A. Venturi; ce dernier a commencé la publication d'une
1. 7 significati reconditi dclla Divina Commedia e il siio fine supremo, en trois volumes ; les deux premiers ont paru en 1903-1904.
grande Histoire de lart italien dont six volumes ont déjà paru.
Tant de labeur, de patientes recherches et de talent profite naturellement d'abord à la science, puis au public, dont la culture intellectuelle et les besoins littéraires s'élèvent graduellement. Les campagnes de conférences entreprises dans presque toutes les villes importantes d'Italie, en particulier sur l'œuvre et sur l'époque de Dante, sont la pour démontrer l'intérêt croissant qu'inspirent Thistoire, l'art, la poésie. Le style même des revues et des journaux italiens, qui fut longtemps l'objet du dédain mérité des lettrés, tend à se relever, grâce aux efforts de la génération nouvelle. Le jeune royaume, désormais seul arbitre de ses destinées, parvenu rapidement à une remarquable prospérité économique, se trouve donc dans les conditions les plus favorables pour donner une fois de plus l'essor à ses facultés créatrices toujours vivaces.
INDEX
Accattabrighe (L'), 413.
Addison (Joseph), 351.
Adriani (G. B.), ^72.
Adrien VI, 264, 265.
Affô (Ireneo), 347.
Aganoor (Vittoria), 487.
Aimeric de Pégulhan, 23.
Alain de Lille, 20.
Alamanni (Luigi).,<a44>, »*2, 251, 258,
Alberti (L. B.), 164, 179, 262.
Aldobrando, 29.
Aleardi l'Aleardo), 474.
Alfani (Gianni), 78.
Alfieri (Vittorio), 251, 327, 328, 339, 340, 368, 376-387, 38'J, 390, 392, 399, 403-405, 411, 412, 445, 504.
Algarotti (Francesco), 341, 349, 350.
Aligliieri (Dante}. Voir Dante.
Alighieri (Jacopo), 155.
Alione (Giovan Giorgio), 259.
Amari (Michèle), 4GI.
Ambrogini (Angelo). Voir Politien.
Amici (Ruggieri d'), 49.
Amicis (Edmondo de), 494.
Ammirato (Scipione), 272.
Anacréon, 299, 304.
Ancona (Alessandro d'), 499, 502.
Ancona (Ciriaco d'). Voir Ciriaco,
Andréa da Barberino, 175.
Andreini (Francesco), 321.
Andreini (Isabella), 321.
Angelico (Fra Giovanni), 158.
Angiolieri (Gecco), 77.
Ânnunzr6(Gal)rlele d'), 487-489, 492 493, 495, 496.
Antologia, 448.
Antona-Traversi (Camillo), 497.
Antona-Traversi (Giannino), 497.
Apulée, 190, 223.
Archivio g-lottologico, 500.
Arétin (Pietro Bacci, dit « l'Are-
tino ))), 168, 252, 258, 264, 266,
Argyropoulos (Jean), 163.
Arioste (Gabriel), 254.
Arioste (Lodovico), 7. 8, 12, 15, 27,
Aristarco Scannabue. Voir Baretti.
Aristophane, 456.
Aristote, 163,166,247, 269, 277, 307,
Arnaud Daniel, 23, 52.
Arnaud de Brescia, 19.
Arrivabene (F.), 460.
Ascoli (Graziadio), 500.
Asinari (F.). Voir Camerano.
Aubusson (Jean d'), 23.
Augier (Emile), 496.
Aurispa (Giovanni), 162.
Af't'enturoso Ciciliano, 154.
Azcglio (Cesare d'), 424.
Azeglio (Massimo d"), 430, 435, 462,
Bacci (Pietro). Voir Arétin.
Balbo (Cesare), 460, 462-465 Baldi (Bernardine), 263.
Balzac (Honoré de), 490.
INDEX
Bandello (Matteo), 222, 224-226.
Barberiiio (da). Voir Andréa, ou
Francesco.
Barbi (Michèle), 503.
Bardi (Giovanni de'), 317.
Baretti (Giuseppe), 350-352, 356.
Barrili (Anton Giulio), 490.
Barseg-apè (Pielro da), 41, 93.
Bartoli (Adolfo), 499, 502, 503.
Bartoli (Daniello), 315.
Barzellotti (Giacomo), 500.
Basini (Basinio), 168.
Batrachomyomachie, 456.
Baudelaire (Charles), 475, 486.
Beaiiharnais (Eugène), 419.
Beaumarchais, 366, 375, Beccadelli (Antonio), dit « il Panor-
mita », 165, 196.
Beccari (Agostino), 280.
Beccaria (Cesare), 355, 394, 415.
Belcari (Feo), 187.
Belli (G. G.), 471.
Bellincioni (Bernardo), 188.
Bellini (Lorenzo), 341.
Bellini (Vincenzo), 494.
Bello (Francesco), dit « l'Aveugle
de Ferrare », 194.
Belloni (Antonio), 504.
Beltrami (Luca), 504.
Bembo (Pietro), 171, 217-220, 222,
Bentivoglio (Guido), 315.
Beolco (Angelo), dit « il Ruzzante »,
Béranger, 473.
Berchet (Giovanni), 412, 413, 419,
Bergalli (Luisa), 351.
Bernard de Ventadour, 23.
Bernardin (St), 174.
Berni (Francesco), 195, 264,265,267,
Bersezio (Vittorio), 490.
Bertana (Emilio), 504.
Bertola (Aurelio), 350, 389.
Bertrand de Born, 23, 101, 118.
Bessarion, 163.
Bettinelli (Saverio), 347-349, 352.
Bianchi (Brunone), 459.
Biava (Samuele), 469.
Bibbiena (da). Voir Dovizi.
Biblioteca italiana, 413, 442.
Bion, 263.
Biondo (Flavio), 166.
Bini (Carlo), 465.
Bisticci (da). Voir Vespasiano,
Blair (Robert), 389.
Boccace (Giovanni), 15, 65, 69, 76, 78,95, 119,121, 123,124,129, 139, 141-147, 149-154, 156-160, 173,
Boccalini (Trajano), 311, 351.
Boèce, 22.
Boiardo (Matteo Maria), 27, 190-195.
269, 326. Boileau, 13, 294, 309, 318.
Bonaparte, 388, 389, 393, 394, 399,