XIV LA MESSE DES MORTS
PUY-DE-DÔME
[1 y avait une fois une veuve qui alla prévenir ses amis et ses voisins que, suivant l'usage, on célébrerait la messe du bout de l'an de son mari.
La veille, elle se coucha comme d'habitude ; mais au milieu de la nuit, elle se réveilla ; l’on était en hiver et la cérémonie devait avoir lieu au petit jour. Comme elle ne savait pas quelle heure il était, elle se leva et alla regarder à la fenêtre.
L'église était tout près de sa maison, et elle vit les fenêtres éclairées, comme si les cierges étaient déjà allumés pour la messe. Elle se hâta de prendre ses habits de deuil et de s’y rendre.
Elle entra dans l'église, mais elle ne reconnut aucune des personnes présentes : plusieurs,
de même qu'elle, portaient,comme c'est l’usage, un voile sur la figure. Le prêtre dit la messe des morts, et quand arriva l’offrande, elle s’aperçut qu'elle n’avait aucune pièce de monnaie sur elle. Elle ôta sa bague de noce et la mit dans le plateau des offrandes, se proposant de la redemander au prêtre le lendemain et de la remplacer par une pièce d’argent.
Lorsqu'elle s’en alla, après l'lfe missa est. l'officiant et les deux assistants l’accompagnèrent jusqu'à la porte. Elle ne reconnut pas le prêtre et, s'étant retournée, elle vit que Péglise était vide et retombée dans l'obscurité.
Le jour n'étant pas encore levé, elle se mit au lit et s’endormit.
I était tard quand elle s’éveilla dans la matinée, et elle rencontra ses voisins qui lui demandèrent pourquoi elle n’était pas allée à la messe du bout de l’an de son mari.
— Mais si, disait-elle, j'y ai assisté, et la preuve, c'est que mon anneau de noce n’est plus à mon doigt ; comme je me suis aperçue, au moment de l’offrande, que je n'avais pas de monnaie, je l'ai donné à l’officiant. Il disait la messe à l'autel de la Vierge.
Comme ses voisins continuaient à lui affrmer que personne ne l’avait vue à l’église, elle alla trouver le curé, qui lui assura qu'il ne l'avait point vue à la messe. On chercha la bague dans l’église et on vit qu’elle s'était incrustée dans la pierre de l'autel où le prêtre fantôme avait dit la messe.
Docteur PAULIN, dans la Reyue des Traditions populaires, t. 1, p. 86.
Ordinairement, la messe nocturne est dite par un prêtre qui est condamné à revenir jusqu'à ce qu'il ait trouvé un vivant pour la répondre. Il en existe en France un assez grand nombre de variantes.
Dans tous ces récits, il s’agit d’un homme, et même lorsque des fantômes assistent à la messe, le vivant est prié de répondre la messe (F.-M. Luzel, Vesllées bretonnes, p. 419) ou de recevoir la communion (À. Le Braz, La Lécende de la mort en Basse-Bretagne, p.277). Je ne connais que deux légendes étroitement apparentées à celles d'Auvergne ; la Messos de las hantaumos, recueillie en Armagnac par J.-F. Bladé, n’en diffère que très peu:
la femme met aussi sa bague de mariage dans le plateau de l'offrande. (Contes et Proverbes d'Armagnac, p. 44.) En Basse-Bretagne, le récit est plus long, la femme n'ayant pas de monnaie sur elle, dépose son alliance dans le plateau du quêteur. (Légende de la mort, p.8.)