POURQUOI LA JORDANE ROULE
DES PAILLETTES D'OR Cantal
Un jour Gerbert, qui depuis fut pape et était un habile sorcier, voulait convaincre le doyen de son monastère, et lui ayant demandé s'il voulait être témoin d'un miracle, le conduisit au bord de la rivière. Après avoir tracé d’innombrables cercles et prononcé une foule de mots cabalistiques, Gerbert frappa les eaux de la Jordane avec une baguette qui paraissait enflammée. Soudain les eaux, de bleues et claires qu’elles étaient, se changèrent en flots d’or, si bien que pendant un instant l'or coula par larges nappes entre les deux rives ; le doyen épouvanté se jeta à genoux, priant Dieu mentalement, et le charme cessa; mais, depuis ce temps la Jordane a roulé des paillettes précieuses et la ville en a pris le nom d’Aurillac:
Aurt lacus.
{(Durir, p. 166.)
LE LAC VIDÉ Puy-de-Dôme
Maintes fois j'ai trouvé plus d’un Nestor de village qui m'engageait à m'asseoir auprès de lui pour me conter comme ça que notre plaine ne formait autrefois qu'un grand lac, si profond que nos montagnes baignaient leurs sommets dans ses eaux ; que l’on voyait, il n’y a pas longtemps encore, des anneaux scellés aux roches granitiques sur lesquelles s'élèvent d'un côté Cornillon, de l'autre Clavelier et Montravel, qui étaient destinés à amarrer les barques qui faisaient le service du lac; comme ça encore que l’on avait fait sauter par le moyen de mines chargées à poudre les gigantesques rochers de la Tour-Goyon; au moment où le lac fut débondé, il se produisit un torrent furieux : ses hautes et grandes eaux se précipitèrent à travers l'issue qu'on leur
avait ouverte, avec un fracas tel qu'on l’enten-
dit à trois lieues à la ronde; tout fut entrainé; sur leur passage, les flots creusèrent des espèces d’abîmes où ils s’engouffrèrent d’abord,
puis ils remontèrent en tournoyant : les gouffres ou gours les plus profonds furent primitivement ceux de la Roche et de Sampi.
(Abbé Grive, Chroniques du Livradois, p. 119.)
L'ORIGINE DES TAUPES Puy-de-Dôme
Aux environs d'Ambert, en raconte que quand Dieu eut créé l’homme, il fut si content de son œuvre, qu'il se tourna vers le diable, en lui disant: « Fais-en autant. » Le diable se mit à l'œuvre, et il travailla longtemps ; il ne put réussir qu'àfaire une taupe et à lui donner des pattes qui ressemblent à de petites mains.
C'est parce que les taupes sont l'œuvre du diable qu'on les tue volontiers.
(Conté par le D' Paulin.)
Voir plus loin la légende des Fées changées en chauves-souris.
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LE MOUNI Puy-de-Dôme
Quand Dieu eut créé Adam du limon de la terre, le diable voulut imiter Dieu et avoir aussi sa création; il fit aussi une forme humaine avec de la terre pétrie et souffla dessus pour l'’animer. La forme prit vie ; mais au lieu de représenter un homme, ce ne fut qu’un singe.
(Recueilli par le D' Pommerol.)
L'ORIGINELDES PUCES
Haute-Loire
Un jour, le bon Dieu se promenait avec saint Pierre vers les gorges de la Loire, entre Chamalières et Vorey; ils devisaient tout en se promenant, du ménage du monde et des difficultés de le bien diriger.
Tout à coup, à un détour de l’eau, saint Pierre montra au bon Dieu une femme en haillons, couchée sur le sable, au soleil ; elle était jeune encore ; mais ses traits reflétaient l’ennui le plus profond. Le bon Dieu, à qui rien n'est caché, vit bien de suite que cette femme s'ennuyait de son oisiveté. Comme il est souverainement bon, il tira de sa grande poche une poignée de puces qu'il jeta sur la jeune femme, en lui disant ces mots :
— Femme, l'oisiveté est la mère de tous les vices; voilà de quoi t'occuper.
Et depuis ce jour les femmes ont des puces, et quand elles n’ont rien de mieux à faire, elles se divertissent à s’épucer.
(Pauz LE BLanc, Mélusine, t. II, col. 8.)
J'ai recueilli en Haute-Bretagne une version analogue ; à la différence que le bon Dieu jette à la femme une poignée de sable. (Revue des Trad. populaires, t. Il, p. 360.) Dans une légende du pays de Varnines, c'est également le bon Dieu voyageant avec saint Pierre qui, voyant au mois de mai un paresseux se chauffer au soleil, lui lance une poignée de poussière qui se change en poux.
(P.-M. Lavenot, Lévendes et Contes du pays de Vannes, p. 11.) En Haute-Bretagne, on attribue aussi l'invention des puces à une bonne sœur qui n'avait rien à faire. (Paul Sébillot, Traditions, t. 11, p. 304.)