‹ Littérature orale de l'AuvergneChapitre 35 sur 73 · LES TROIS MINEURS · texte numérisé non relu

LES TROIS MINEURS

Cantal

Au temps jadis, trois mineurs, bons pères et bons chrétiens, travaillaient dans les mines d'antimoine de Massiac. Avant de se mettre au travail, ils avaient l'habitude de faire leur prière. Mais un jour ils oublièrent de prier Dieu. À peine eurent-ils commencé leur besogne, qu’un éboulement soudain les ensevelit vivants dans la mine. Ils eurent alors recours à Dieu et lui adressèrent une fervente prière : un génie leur apparut, toucha du doigt leur morceau de pain, versa de l'huile dans leur lampe et disparut.

Le pain et l'huile durèrent sept ans, et ils ne diminuaient point, et le pain était aussi frais qu'au moment où les mineurs étaient descendus dans la mine. Un jour. ils se pri-

rent à penser à la terre que le soleil éclairait, et l’un d'eux s’écria :

— Si je revoyais la lumière du jour, je mourrais content.

— Et moi, dit le second, je serais heureux de revoir, ne fût-ce qu’un instant, mes enfants et ma femme, et de me trouver encore à table au milieu d'eux.

— Pour moi, dit le troisième, je désirerais revenir sur la terre des vivants et rester à vivre un an au milieu de ma famille.

Au moment où le dernier des mineurs achevait son souhait, la terre amoncelée qui bouchaït l'entrée des galeries disparut tout à coup, et les trois compagnons sortirent. Le premier arriva au jour, regarda un instant la campagne, puis il expira. Le second alla droit à sa maison et retrouva sa femmeet ses enfants; mais il avait tellement changé qu'ils ne le reconnurent pas d’abord; il coupa sa longue barbe, se lava la figure et aussitôt sa femme et ses enfants vinrent l'embrasser. On se mit à table ; mais à la dernière bouchée du repas, le mineur mourut.

Quant au troisième, il vécut encore un an avec sa famille, et il expira à la dernière minute de l’année révolue.

(ANTOINETTE Bon, Repue des Traditions populues ts an. 1.)

Cette légende est très souvént racontée en Auvergne. Elle a son parallèle assez exact en Allemagne, sauf que les mineurs allemands oublient le temps, et que les sept années ne leur paraissent qu’un jour. (Grimm, Vezllées allemandes, t. I. Les trois mineurs du Kuttemberg.) Le miracle des objets qui ne diminuent pas, fréquent dans les contes, est plus nettement indiqué dans le récit auvergnat; le génie qui touche ces objets ne se retrouve pas non plus dans la légende allemande. Cf. pour les similaires Paul Sébillot, Les Travaux publics et les Mines, p. 553.

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