‹ Littérature orale de l'AuvergneChapitre 34 sur 73 · LES SOURCES MIRACULEUSES · texte numérisé non relu

LES SOURCES MIRACULEUSES

Les villageois de Roumégoux racontent que lorsqu'on transporta le corps du comte Géraud, de Cézenne à Aurillac, les porteurs posèrent un instant le cercueil pour aller chercher de l’eau dans les environs, car la chaleur était étouffante. N’en ayant trouvé nulle part, et pressés par le temps, ils reprirent leur fardeau afin de se mettre en route. C'est alors qu'apparut à leurs yeux une claire fontaine qui venait de jaillir au-dessous du cercueil du

saint. Depuis, la source n'a plus tari.

(DuüRIF, p. 274.) % %

En Haute-Bretagne, une source jaillit mira culeusement à l'endroit où l’on avait posé le corps de M'° de Volvire et aussi à celui où se reposèrent ceux qui portaient saint Guenolé.

(Petite Légende dorée, p. 133 et 68.)

La tradition rapporte que lors de la trans lation des reliques de saint Mary à Mauriac, les conducteurs s’arrêtèrent pour se reposer ; le mulet chargé du précieux fardeau ayant frappé du pied le rocher pendant cette halte, une source en jaillit et donna au château l'eau qui lui avait manqué jusqu’à ce jour.

(DERIBIER DU CHATELET, t. |, Pp. 77.) % *X %

À Saint-Alyre, on montre encore la fontaine où sainte Élidie, tuée par un seigneur qui voulait abuser d’elle, vint après sa mort laver satête inondée de sang, afin que son sang ne criât pas vengeance contre son cruel meurtrier.

A l'endroit où tomba la tête de saint Germain l'Herm (l’ermite), décapité par ordre d'une châtelaine, jaillit soudainement une fon taine qui a la vertu de guérir ceux qui sont atteints de la fièvre.

(GRIVEL, p. 380, 381.)

L'OISEAU DE PARADIS Puy-de-Dôme

Un religieux du couvent de Chaumont se livrait habituellement à de profondes méditations.

Un jour qu'il était allé dans une forêt voisine qui appartenait au couvent et que l’on nomme encore le Bois-des-Pères, pour se livrer avec moins de distraction à ses exercices habituels de contemplation mystique, il aperçut un oiseau dont le plumage était de la plus éclatante beauté, dont le chant était plus ravissant encore, qui voltigeait devant lui de branche en branche.

Le bon Père pensa qu'il lui serait facile de l’attraper ; il se mit donc à sa poursuite. Quand il semblait près de le saisir, le léger volatile glissait entre ses doigts ; quand au contraire, le religieux épuisé de fatigue allait se décou-

rager, aussitôt l'oiseau revenait près de lui, étalait à ses yeux la beauté de son plumage, faisait entendre sa plus coquette chanson, et le bon religieux de reprendre courage et de redoubler d'efforts.

Attrapa-t-1il l'oiseau que plusieurs ont nommé l’Oiseau de Paradis ? Où arriva-t-il le poursuivant? Rien de tout cela n'a été constaté par le récit qui m'a été fait.

Quoi qu'il en soit, le Père Anselme croyait ne s'être absenté que quelques heures, mais il était loin de compte: il cherche à s'orienter, le soleil seul n'avait point changé. Tout ce qui l’environne lui paraît différent de ce qui existait naguère. Là où existait un pré, il voit de grands arbres, là où l’on récoltait les meilleures gerbes du couvent, c’est une prairie qui est à la place.

Après avoir cherché, perdu et retrouvé son chemin, il accourt en toute hâteet vient enfin sonner à la porte du monastère, qui lui-même est méconnaissable. Au bruit redoublé de la cloche, arrive le Père portier.

— C'est bien ici le couvent de Chaumont?

— Sans doute, mon révérend.

— Et c'est vous qui êtes portier ?

— Oui.

— Ce n’est pas possible! où est donc frère Jérôme qui était là, il n'y a qu’un instant?

Mais vous n'avez pas le costume de notre Ordre ? ;

— De quel Ordre voulez-vous donc parler ?

— De l'Ordre Saint-Benoît de Cluny: ne sommes-nous pas Bénédictins.

— Non, nous sommes, et je suis Minime!

— Des Minimes au couvent de Chaumont!

Le Père Anselme se frotte les yeux, il croit être le jouet d’un songe. Après un instant de silence : s

— Faites-moi parler au prieur, Jean de Chalençon, mon prieur à moi, dont la chambre est à côté de la mienne.

Cette fois, le frère portier crut avoir affaire à un homme qui n'avait pas la raison, et par commisération il se contenta delui dire:

— Attendez-moi, je vais prévenir le supérieur.

Celui-ci par hasard arrive au parloir et frère Anselme lui dit :

— Je suis sorti de ce couvent, il y a quelques

heures à peine pour aller me promener comme d'habitude, avec la permission de notre prieur, dans notre forêt, et comme si la baguette d’un enchanteur eût touché les lieux et les personnes, tout a changé, je ne reconnais plus rien. [1 y a peu d’heures encore, j'ai laissé ici le vénérable Jean de Chalençon, et je ne le retrouve pas plus que le reste, et on me dit que c'est vous qui êtes supérieur de cette maison.

Le supérieur, à son tour, d'ouvrir de grands yeux et de croire, comme le frère portier, qu'il est en présence d’un pauvre insensé.

Cependant le Père Anselme raconte tout ce qui lui est arrivé avec tant de détails, tant de suite, avec un tel accent de vérité, que le supérieur rappelle enfin ses souvenirs, et au nom de Jean de Chalençon si souvent répété par le Père Anselme :

— C'est en effet le nom du dernier prieur des Bénédictins de Chaumont, mais il y a près de deux cents ans que ce saint personnage est mort, et c'est après lui précisément que le prieuré fut attribué à notre Ordre par une bulle du pape.

Puis après une pause :

— Je me rappelle confusément aussi avoir lu dans les annales de la maison qu’un religieux bénédictin du nom d’Anselme, qui se livrait habituellement à de hautes contemplations, disparut tout à coup, qu'on fit beaucoup de recherches pour savoir ce qu'il était devenu, mais qu'il fut impossible de découvrir ses traces. Ce religieux, sans doute, c’est vous?

Le Père Anselme baissa la tête. Vainement le prieur voulut le retenir. Il sortit en toute hâte et on ne le revit jamais.

(GRIVEL, p. 361-365.) % *X *%

Une version de cette légende était populaire au moyen âge, et a été rapportée par Maurice de Sully. M. Lecoy de la Marche l’a insérée, en la rajeunissant un peu, dans son curieux volume l'Esprit de nos aïeux. Lecœur, dans ses Esquisses du Bocage normand, donne deux version de ce thème qui, d’après lui, était naguère encore populaire dans cette partie de la Normandie. Elles s'’éloignent plus du joli récit de Maurice de Sully que celle que nous avons reproduite, un peu abrégée, d’après Grivel, Chroniques du Livradois. L'abbé Grivel l'inti-

tule &« Tradition orale », et elle ne diffère pas beaucoup du récit de Maurice de Sully. Il est possible qu’elle ait été localisée à Chaumont, et qu’elle ait été recueillie aux environs de cette ancienne abbaye par l'abbé Grivel, qui l'aura un peu arrangée.

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