Ordinairement c'est d’un autre stratagème que
l'on se sert pour obliger les fées à rendre les enfants qu’elles ont dérobés.
ne demandait ni n'acceptait rien pour elle, mais seulement pour lui, et quand on l'engageait à prendre quelque nourriture, elle répondait avec une expression de mélancolique tendresse : «Ce qui nourrit monenfant me nourrit. )»
Pendant plusieurs jours, on n'avait point aperçu la fée bienfaisante, mais voilà qu’un matin l’ermite du bois de Boutran allant, au crépuscule, bénir le Seigneur sur la montagne, vit tout à coup Blanche-Fleur se traîner à pas chancelants à ses pieds portant son enfant qui, comme elle, n'avait plus qu’un souffle de vie.
— Père, lui dit Blanche-Fleur, l'enfant et la mère vont mourir; toi quies l'ami de Dieu et le dépositaire de sa puissance, tu peux nous sauver pour la vie véritable. Nous demandons le baptême.
Soudain ses genoux lui manquent, elle s'affaisse sur elle-même avec son précieux fardeau. Cependant, par un effort suprême, elle trouve encore assez de force pour élever son enfant vers l’ermite et pour lui dire :
— Si tu nepeux me ep sauve le fruit de mes entrailles.
Une source d’eau vive coulait en ce lieu ; le vieillard put baptiser la mère et l'enfant. Puis il ajouta:
— Heureuse mère, tu vivras toujoursavec ton fils de la même vie, de la vie éternelle : c'est maintenant que tu peux dire avec vérité: Celui qui nourrit mon enfant me nourrit, Blanche-Fleur avec son jeune et vert bouton seront épanouis dans le ciel.
Blanche-Fleur répondit par un sourire qui était encore sur ses lèvres, après même que sa vie fut éteinte.
(ABBÉ GRIVEL, p. 371.)
CA