LES FÉES
Les légendes d'Auvergne parlent de fées locales qui vivaient dans des grottes et s’assemblaient autour des mégalithes ; nombre de lieux passent pour avoir été fréquentés par elles ; mais le souvenir qu'elles ont laissé n’est pas en général gracieux ; elles diffèrent en cela de celles de la Haute-Bretagne et d’une grande partie de la France. Elles paraissent plus apparentées à la Groac’h de la Basse- Bretagne, ainsi qu'à certaines fées du Berry.
À la hauteur de Saint-Simon, non loin d'Aurillac, on remarque deux petits monticules, assez rapprochés l’un de l’autre et couverts de hautes herbes. Jadis les bergers évitaient ce lieu, prétendant que les fades qui s’y rassemblaient pouvaient bien jeter un sort à leur troupeaux. Il n'était pas rare, en
effet, d'apercevoir le matin, autour de ces tombelles, plusieurs cercles dessinés sur la pelouse. Souvent le gazon, frais la veille, se trouvait jusqu'à une certaine distance, tassé et comme piétiné le lendemain : nul doute que ce ne fût là l'ouvrage des fées, l’indication et la trace de leurs pas. (Durir, p. 550.) r
Le rocher des Fades près de Bourg-Lastic a été apporté par les fées dans leurs tabliers, en une nuit, il y a fort longtemps, bien résolues qu'elles étaient. Quand le seigneur descendit de son château de Préchonnet, et qu'il vit cette masse au beau milieu de son blé, ilse mit en colère et commanda à tout son monde d'enlever cette gerbe-là. Autant aurait voulu déplacer le Puy-de-Dôme! Le seigneur s'entêta ; il fit jouer le canon, il fit creuser la mine ; mais tout ce qu'il put obtenir, à force de temps et d'efforts, fut d'entailler un des carreaux de la surface. Les Fades revinrent, sourirent et laissèrent subsister l'entaille comme preuve de l'impuissance du seigneur. (M° Bayle-
Mouillard, Tablettes historiques de l'Auvergne, t. Il, p. 300.)
La première partie de ce récit se retrouve en beaucoup d’endroits, mais je ne reconnais rien qui ressemble à la seconde.
XXXÈU LA FÉE DE MONTRAVEL Puy-de-Dôme
Les gorges profondes au-dessous des ruines du vieux château de Montravel étaientautrefois l'habitation des fées. Plusieurs d’entre elles s'étaient rendues odieuseset redoutables pardes vols et des enlèvements de petits enfants.
Une pauvre paysanne à qui elles venaient d'enlever le sien était dans la plus grande désolation. Un jour qu'elle pleurait à chaudes larmes, elle vit apparaître près de la fontaine de Blanche-Fleur la fée bienfaisante que tout le monde aimait, parce que, parmi ses pareilles, c'était la seule qui se plût à faire du bien.
Blanche-Fleur dit à la mère désolée :
— Pauvre mère, moi je te plains, mais tu n’as pas longtemps à pleurer. Place bien vite à l'entrée de la caverne la plus voisine du
grand rocher de petits sabots bien luisants et jaunis à la fumée, et fais cacher quelqu'un à peu de distance pour agir au moment convenable.
Ce que dit la fée bienfaisante fut fait à l'instant même. Quelque temps après un petit fadou sort de la caverne, il voit les jolis petits gabots, les admire, veut les mettre à ses pieds ; mais il s'embarrasse, trébuche et tombe. Aussitôt on accourt et on s’en saisit. Ce fut à la fée qui était sa mère de pleurer à son tour ; alors un échange des deux enfants est proposé ; et il a lieu immédiatement".
Cependant les méchantes compagnes de Blanche-Fleur ne tardèrent pas à découvrir que c'était elle qui avait indiqué le stratagème qui venait d’être employé ; aussi, après l’avoir maltraitée, elles la chassèrent avec dureté.
Blanche-Fleurexilée parcourait lesenvirons, les cheveux en désordre, son doux et beau visage terni par la douleur, portant son enfant dans ses bras ou sur son dos. Elle