‹ Littérature orale de l'AuvergneChapitre 46 sur 73 · FT · texte numérisé non relu

FT

LA DANSE DES FÉES Cantal

Un soir d'été, après avoir bien fait danser la jeunesse de la noce au son de sa musette, Jacquillou (Jacques) le cabrettaire, la tête un peu échauffée, paria qu'il irait voir danser les fées aux quatre chemins du milieu de la forêt. Il était brave et très fort, Jacquillou, et n’avait jamais cru aux fées.

La nuit était claireetnotre cabrettairepartit, sa musette sous le bras. Deux ou trois fois il lui sembla que quelque chose l’arrétait, c'était la peur sans doute, mais il avait trop d'amourpropre pour reculer.

Tout à coup quand :il fut aux quatre chemins, il vit une vingtaine de fées qui dansaient en rond. Jacquillou eut peur, il ne remarqua pas que ces demoiselles étaient pâles et maigres et que lorsqu'elles se tapaient dans les mains l’on entendait un bruit comme celui que font des os sans viande,

Pauvre Jacquillou était troublé, il admirait ces demoiselles légères habillées de blanc. Il se crut au milieu d’une noce, prit sa cabrette et se mit à jouer. La musette fit fuir les fées ; cependant trois ou quatre vinrent vers le musicien et se mirent à danser, mais au bout d’un moment elles cessèrent, une s’empara de son chapeau, une autre lui enleva son foulard : la plus belle prit la rosette de ruban que Jacquillou avait à sa boutonnière et s’enfuit. Notre musicien courut après, mais la fée était si légère qu’elle ne touchait pas terre ; pourtant :1l finit par l’approcher. C'était une ombre, il n’y avait pas moyen de la tenir, et Jacquillou avait beau la serrer dans ses bras, elle s’échappait toujours.

Ils arrivèrent en courant au bord d'un précipice, le Gour de Marmito, le gouffre de la marmite. Là notre musicien, voyant le danger, s'arrêta, mais il était amoureux de la fée et coûte que coûte il voulait la prendre; il s’élança vers elle, et ils tombèrent tous les deux dans le précipice. L'on n’entendit dans la forêt qu'un bruit semblable à la chute d’un corps, et ce fut tout.

Le lendemain l’on trouva le pauvre cabrettaire presque mort et couvert de sang ; Sa musette était à côté de lui, mais jamais l’on ne put retrouver la rosette et le chapeau.

Jacquillou respirait encore ; 1l eut le temps de raconter ce qui s'était passé, il put recevoir la confession, demander pardon à Dieu et trépassa.

(ANTOINETTE Bon, Reyue des Traditions populaires, t. VI, p. 183.)

LA RONDE DES FÉES Cantal

Un soir, un samedi, un garçon nommé Irald passait au pied du Lac des fées à onze heures ; au clair de la lune, il voit sur le sommet des êtres aériens ; il arrive jusqu’à la danse sans que sa présence eût été aperçue, Cependant la ronde s'arrête : deux fées rompent la chaîne et lui font signe de venir prendre la place faite pour lui. Le garçon s'y précipite, mais lorsque ses mains ont rejoint celles de ses belles voisines, quelque chose de sec et de glacé le saisit comme dans un étau, un frisson pénètre dans son corps.

Alors commence une ronde infernale; [rald est entraîné avec une rapidité effrayante, ses forces s’épuisent dans ce tourbillon; enfin :il succombe et tombe presque anéanti sur le sol maudit.

La ronde continuait toujours. L'heure de

minuit est arrivée, lalune se voile davantage. En cet instant ces belles filles disparaissent, se métamorphosent et l’on ne voit plus que des squelettes hideux dont la tête creuse jette des flammes par ses ouvertures. Le corps fétide d’un enfant mort sans baptême est apporté, la troupe odieuse va se livrer à un festin épouvantable. L'idée lui vient de se recommander au grand saint Géraud. Il se signe ; aussitôt un désordre se manifeste parmi la bande infernale. Celle des fées qui lui avait paru la plus séduisante s'approche, exhale sur sa tête un souffle enflammé, le feu calcine ses cheveux et une main brûlante imprime sur Sa joue un stigmate aux reflets sanglants. Irald avait perduconnaissance, ilne put voir la fin de cette vision satanique : quand il se réveilla, la colline avait repris son aspect accoutumé; mais il conserva ses plaies.

(DERIBIER DU CHATELET, t. IV, p. 365.)

Une légende analogue est racontée par Du-

rif. La voici en abrégé:

Il y a cent ansenviron, un individu nommé

Raguet, passant près du Suc actuel, vit trois demoiselles assises, jasant et caquetant. Le pauvre hère épouvanté, s'en retournait en grande hâte, invoquant son patron, lorsque les fées l'ayant aperçu formèrent une ronde et le forcèrent à danser avec elles jusqu’au jour. D'après le même auteur, le pic appelé Puy- Chamaroux à Montgreleix est habité par certaines fades, qui appellent les jeunes gens pendant la nuit et les font danser ffollement jusqu'à ce qu'ils meurent. (Le Cantal, p. 353, 428.) D'après Deribier du Châtelet, le Pic de Chamaroux est un monticule escarpé, qui ne porte ni herbe ni broussaille, alors que la verdure est belle tout autour. La neige qui y tombe fond presque aussitôt. La crédulité publique attribue ces phénomènes à des causes surnaturelles ; le nom de l’Hort (jardin) de las F'adas a été donné au point culminant de ce Suc fort redouté dans la contrée. C'est en ce lieu que les récits populaires placent la légende ci-dessus, que j'ai un peu abrégée.

Sur le territoire de la commune de Saint- Silvestre ilexiste dans un bas-fond unemplacement portant le nom de Rond-des-Fées etoù

l’on assure que les fées se réunissent chaque nuit et répondent aux personnes qui s’y transportent pour les interroger. Près de Montaigut-le-Blanc, une route creusée dans le granit porte le nom de Cham de la Fade.

(BOUILLET, p. 31.)

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LA PUNITION DES FÉES Puy-de-Dôme

Les fées de la Grotte des fées du Puy-de Préchonnet vivaient depuis longtemps heureuses sur leur mont hospitalier. Elles régnaient en souveraines sur la contrée, qu'elles comblaient de dons et de bienfaits. Elles étaient chéries, bénies et adorées. Elles présidaient aux naissances, aux alliances conjugales, rien ne se faisait que sous leurs auspices; jamais on ne recourut en vain à leurs baguettes magiques. Un seul instant les perdit. Humiliées de voir leur riant Préchonnet dominé par le superbe Puy-de-Dôme, elles osèrent conspirer contre le mont gigantesque; elles tinrent conseil et demandèrent qu'un nouvel effort de la nature vint abaisser l’un en le bouleversant, et ajouter à l’autre, en élargissant ses flancs, en rehaussant sa tête jusqu'au niveau des plus hautes montagnes. Vœu téméraire! Elles furent changés en chauves-

souris et condamnées à expier sur le lieu même de leur faute, l’indiscrétion d'un désir bien pardonnable, s’il n'avait été dicté par l’orgueil et l'envie. (Abbé Cohadon, Tablettes historiques de l'Auvergne, t. Il, p. 201.)

Dans les légendes où les fées sont transformées en animaux, la métamorphose en taupes est la plus habituelle; d'après une légende d’un pays très voisin, le Forez, lorsqu’elles se furent révoltées contre Dieu, elles furent changées en darbons, ou taupes, et condamnées à ne jamais voir le jour. Les pattes de la taupe qui ressemblent à de petites mains, ont pu accréditer cette légende. (Gras, Dictionnaire du patois forézien.) Dans les Vosges, forcées de disparaître depuis que les prêtres récitent l’évangile selon saint Jean, elles demandèrent à être changées en taupes. (E.

Rolland, Variétés bibliographiques, |, p. 104.) D'après une légende anglaise citée par Rolland, Faune populaire, t. I", p. 14, une femme orgueilleuse à l'excès fut transformée en la première taupe, c'est pour cela que cet animal a des pieds et des mains.

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