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LE PELOTON DE LAINE

Puy-de-Dôme

La mère Miette (Marie) du village de Maisse, était si avare, si avare, qu'elle aurait tondu un œuf.

Sa quenouille à la main, elle suivait ses vaches au champ de l'A ubespi (les beaux épis), quand elle trouva au milieu du chemin un gros peloton de laine, couleur de la bête.

Elle se baisse vivement pour le ramasser et si vite, si vite, qu'elle ne pense pas une minute à la fileuse qui l’a perdu. Elle le voit déjà dans la vaste poche de son tablier qui s'ouvre toute grande comme pour le recevoir.

Cependant elle ne peut saisir le peloton. Il glisse, glisse devant elle, et la mère Miette, pour le prendre enfin, dépose en toute hâte sa quenouille au bord du chemin. Ses deux mains libres se tendent avidement vers le pe-

loton pour le saisir. Mais non; il glisse encore, il glisse toujours!

La mère Miette oublie sa quenouille au bord du chemin, ses deux belles vaches qui, par habitude, s’en vont toutes seules tranquillement au pacage et la voilà courant comme une folle après le peloton qui fuit devant elle. Pareil à un feu follet, tantôt il la poursuit, tantôt il la précède; mais il lui échappe toujours. Elle franchit haletante, les prairies du hameau, elle monte sans s'en apercevoir la côte de Châtel-Guizon; elle paraît vouloir suivre le mystérieux peloton de laine au bout du monde. Enfin, elle réussit à saisir non pas le peloton, mais le brin de laine qu’il entraîne.

Elle se met à le tourner sur ses doigts d’abord, et peu à peu se forme un magnifique peloton. L'autre peloton ne diminue point, et il court, il court toujours, attirant à lui la vieille mère Miette.

Elle, elle est contente; elle tient, non plus dans ses mains, mais dans ses bras, un énorme peloton de laine : elle en fera faire une veste et des bradzes (pantalons) pour son homme, une jupe pour elle, elle vendra le

reste. C'est une fortune! elle ne sent pas la fatigue. Et bientôt elle ne peut plus tourner le brin de laine autour du peloton, tant celui-ci est devenu gros. Elle en a du chagrin, mais il faut se résigner à rompre le fil.

C'est ce que fait Miette en poussant un soupir de regret! Mais tout à coup le peloton, qu'elle a tant convoité, disparaît dansun bond fantastique, et en même temps ce beau peloton de laine qu'elle avait obtenu avec tant de peine, s'échappe de ses bras, malgré ses efforts pour le retenir.

Et voilà la vieille courant de nouveau après le peloton! Elle saisit encore le brin de laine. ‘Vingt fois elle recommença le même labeur, vingt fois il eut le même résultat. On la vit le même jour à Mont-Redon, à (Chastres, à Oursières, partout, échevelée, hors d'haleine, exténuée, courant toujours après un peloton qu'elle dévidait fiévreusement.

Son homme trouva les deux belles vaches à l'Aubespi, la quenouille au bord du chemin, mais pareille au Juif-Errant, la vieille mère Miette n'arrêta plus sa course, et elle court encore.

Quand vous trouverez des pelotons de laine, couleur de la béte, ramassez-les: mais avec

l'intention de les rendre aux fileuses qui les ont perdus.

(CÉLINE Mazier, Revue des Traditions populaires, bu: D..117.)

En Haute-Bretagne, un lutin se transforme aussi en un bel écheveau de fil; une jeune fille le ramasse, mais en rentrant ne retrouve plus rien : le lutin s'était évanoui. (Paul Sébillot, Traditions, t. |, p. 138.) Aux environs de Saint-Malo, on raconte qu'un lutin, transformé en peloton, s’amusa à faire courir après lui une bonne femme.

AN LES-EUTINS Puy-de-Dôme

Le Ts outsu (presseur)estunlutin qui vientla nuit vous étouffer, en se couchant sur la poitrine : c'est ainsi qu’il fait périr beaucoup de jeunes enfants. Ils portent en général des traces de mains au-devant de l'estomac, sur les flancs et sur le cou. On dit que ce sont les âmes des grands-parents souffrant en purgatoire, qui viennent étouffer ces petits innocents qui, une fois au ciel, délivrent par leurs prières ceux qui sont en purgatoire et qui les ont étouffés (Gerzat).

Le cauchemar est produit par une bête appelée le Retsousu, qui vient se poser sur la poitrine des gens, et les étouffe lentement. Si on se réveille, il disparaît. Pour l'empêcher de venir, il faut étendre des cendres sur son chemin.

Pour empêcher le lutin d'aller lutiner les

chevaux la nuit, il faut mettre de la cendre devant la porte ; le lutin est obligé de compter la cendre avant d’entrer.

La nuit, une toute petite bête, munie d’une grelottière, allait et venait dans la cave de la ferme du Pérou, et faisait un grand vacarme.

Le garçon, les servantes, les fermiers se levèrent et se mirent à la poursuite de l'animal, Ils ne purent réussir à le prendre; il se réfugie sous un tas de bois que l’on se mit aussitôt à défaire ; mais quand les fagots furent enlevés on eut beau regarder, l'on ne vit rien.

Le lutin, c'est parfois un lapin blanc que l’on rencontre la nuit sur le chemin : on le poursuit, 1l se laisse approcher, mais on ne peut le prendre.

C'était au temps des seigneurs : un paysan allait souvent à l'affût la nuit. Il tua un lièvre qu'il se hâta de mettre dans sa hotte, et il prit le plus vite qu'il put le chemin de sa maison, car alors la chasse était sévèrement interdite. Mais, à mesure qu'il en approchait, le fardeau pesait plus lourdement sur ses épaules. Quand :il entra chez lui, il déposa sa hotte et alla se coucher. A son réveil le lendemain, à

la place du lièvre, il ne trouva qu'une boule de feu.

Le souffle est un petit animal qui vit dans les puits, les mares, sous les pierres humides. S'il vous voit le premier, son souffle vous tue. Si on l’aperçoit le premier, on n’a point de mal. Ceci est la croyance de Châteaugay. A Vimenet, le soufile est la salamandre; si la bête vous voit, elle donne la peur.

La lebraude est une espèce de gros lézard noir et jaune qui respire une fois toutes les vingt-quatre heures. S’il se trouve à ce moment près d’une personne, d’un arbre ou d'une plante, son souffle tue la plante, l'arbre ou la personne. Pour s’en garantir, il faut prendre la bête, la garder avec soi pendant vingt-quatre heures. Quand elle respire une seconde fois, elle reprend l'influence mortelle de son souffle, et on en est débarrassé.

(Recueilii par le D' Pommerol.)

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