‹ Littérature orale de l'AuvergneChapitre 50 sur 73 · LES TRÉSORS · texte numérisé non relu

LES TRÉSORS

A Trizac, les paysans racontent que dans le bois de Marlhiou, où se trouvent plusieurs entassements de terrain, restes d’une cité gauloise, Cottenghe, d’invisibles trésors ont été laissés à la garde des couleuvres. Un jeudi saint, une pauvre femme, appelée Cattine Leybros, vit deux serpents sortir de ces décombres, portant chacun unanneau d’orau cou:

c'étaient évidemment deux génies. La vieille, les ayant laissés s'éloigner, fouilla juste au point où elle les avait aperçus d’abord et découvrit un grand vase rempli de pièces d’argent. Cattine porta toute tremblante ce vase à l’église, et le posa sur l'autel. Le lendemain, on retrouva le trésor intact; mais les couleuvres, qui avaient voulu aller le reprendre pendant la nuit, furent trouvées mortes près du bénitier.

(DuRIF, p. 375.)

Dans le Puy-de-Dôme, des serpents gardent des pierres précieuses ; quand on veut s’enrichir, il faut les tuer au moment où ils les apportent.En Franche-Comté, la Vouivre est un dragon qui, lorsqu'il boit, dépose au bord de la fontaine le diamant qui lui permet de se conduire. (D. Monnier, p. 00.) Ilen est de même d'un dragon de Normandie. (A. Bosquet, p. 265.) Dans le Forez, on parle aussi de serpents qui portent sur la tête une baguette magique qu'ils quittent le soir en secouchant. (Noëlas, Lévendes et Traditions foréziennes, p. 7.)

Voici une autre légende de trésors qui se rattache au même lieu :

Cottenghe, en Trizac, fut jadis habité par des fées ; obligées de l'abandonner sans qu'on puisse savoir bien pourquoi, elles y ont laissé des trésors immenses qu'elles viennent rechercher au milieu de ses débris. Il y a quelques. années, un montagnard, égaré dans la forêt, se trouva tout à coup en présence d’une petite vieille, toute décrépite, qui traînait à grand'peine une énorme marmite de bronze, sans

doute remplie d’or, et qui disparut dès qu'elle l'aperçut.

On sait même où gisent ces trésors et les conditions auxquelles il serait possible de les trouver. Dans la forêt est une vaste dalle portant un anneau de bronze; elle recouvre l'entrée du souterrain où ils sont enfouis; mais elle est cachée avec soin sous des pierres et des broussailles, et il n’est donné de la découvrir que le jeudi saint ou le dimanche de Pâques, pendant la célébration des offices.

(DERIBIER DU CHATELET, t. V, p. 482.) *.

Dans un grand nombre de pays, les trésors sont à découvert pendant les offices de certaines fêtes : en Haute-Bretagne, à Pâques.

(Paul Sébillot, Trad., t. I, p. 43.) Aux ‘Rameaux, dans le Forez (Noëlas, p. 170); en Basse-Bretagne (Verussmor, p. 233); en Haute-Bretagne (Sébillot, Coutumes, p. 217); en Berry (Laisnel de la Salle, t. [, p. xr2). À Noël, Basse-Bretagne (Revue des Trad.

pDop., t. Il, p. 535); Haute-Bretagne (Sébillot, Trad; trip):

À Bredon, on montrait l'ouverture d’une

caverne au-dessous du fort de Beccoire, dans laquelle à l’époque des guerres des Anglais les moines avaient jeté leurs trésors.

A la Cascade, près des ruines du château du Sailhant, en Andelat, se rattache une légende : le génie du vieux manoir, réfugié sous les voûtes cristallines de ses eaux, y gardait des trésors fantastiques.

(DERIBIER, t. I, P. 292, 47.)

LA MARMITE AUX PIÈCES D'OR Puy-de-Dôme

Le chef d'une honnête famille de cultivateurs possédait au terroir des Routisses en Riom-ès-Montagnes une pièce de terre qu'il cultivait avec grand soin. Un jour que plus matinal que d’habitude, il s'était rendu à son champ pour s’y livrer à ses travaux habituels, il aperçut sur les bords de la fontaine Saint-Georges trois couleuvres et à côté d'elles trois anneaux d’or déposés sur le gazon. Or, le bonhomme savait parfaitement, comme tout le monde sait dans les montagnes, que la garde des trésorsenfouis est confiée à des serpents qui portent au cou, en marque de leur mission, un anneau d’or qu'ils ont soin de déposer sur le bord des fontaines, lorsqu'il viennent s'y désaltérer, de peur de l'y laisser tomber ; il ne put douter que ceux-

ci ne fussent chargés de veiller sur les riches-

ses enfouies sous les décombres des Routisses. Mais le difficile était de découvrir leurs retraites. Il fut assez heureux pour pouvoir, à force de précaution, échapper à leur vigilance, et lorsqu'elles eurent repris leurs anneaux, il les suivit et ne tarda pas à les voir disparaître derrière les ruines d’une vieille masure.

Un trésor était donc caché sous ces ruines.

Il se met donc à l’œuvre et fouille ; longtemps ses efforts sont sans succès; il découvre enfin de vastes dalles ; il en soulève une, il donne un dernier coup de pioche. Un son métallique frappe ses oreilles et il aperçoit une petite marmite, un oletou d'étain ; elle contient sans doute le trésor. C'étaient des pièces romaines, et il devint riche.

(DERIBIER DU CHATELET, t. V, p. 102.) (Légende recueillie par M. Robin, greffier.)

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