‹ Littérature orale de l'AuvergneChapitre 66 sur 73 · SOURCES · texte numérisé non relu

SOURCES

Almanach des Traditions populaires, 1 b, 4, 8, 10, 11, 12, 13, 15 b, 18, 23, 25, 27 a, 88, 29, 37, 40, A4 400b: 47 DAT

A, BANCHAREL. Les patois, 15 a.

— Veillées auvergnates, 35, 45, 46.

Lo Cobreto, 20, 31, 32a, 33, 34, 36, 47 a.

DonioL. Les Patois, 45 a.

Mélusine, 2, 5, 6, 7a, 16, 17, 19, 21, 30, 38, 45 c.

Revue des Traditions populaires, 26, 41,

E. RozLanp. Devinettes, 1a, 7b, 14, 42.

Communications de M. H.-M. DOMMERGUES, 3, 15b, 22, 32 b.

De M. le d' POMMEROL, 9, 24, 27b, 39, 43.

RÉRRRRRRRER

ANS le Blason populaire que l’on pourrait D appeler interprovincial, les gens qui sont le plus souvent en butte aux plaisanteries sont, ainsi que cela est naturel, ceux des pays qui essaiment pour ( gagner ).

Parmi les provinces de notre ancienne France, 1l en est deux surtout qui émigraient volontiers, avec l’idée de revenir au village natal après fortune faite, ou tout au moins après avoir assez gagné et épargné pour pouvoir y vivre à l'aise. Je veux parler de la Normandie et de l’Auvergne. Ce sont aussi les deux provinces dont le blason est le plus riche. Ici je ne m'occuperai que des Auvergnats : naguère encore on les trouvait par-

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tout, prêts à entreprendre, moyennant un salaire assez modique, les besognes qui répugnaient aux indigènes, ou à faire certains métiers avec des conditions d'économie ou de savoir-faire qui ne tardaient pas à leur assurer une clientèle: colporteurs dans les villages, ; commissionnaires, porteurs d'eau, marchands d’habits et de ferraille, revendeurs dans les villes, scieurs de long dans les

forêts.

Comme beaucoup des dictons satiriques, ceux qui concernent les Auvergnats sont en général la «charge» de leurs qualités. Plusieurs proverbes convertissent en avarice leur économie bien connue.

U— « pes coumo un Aubergnas. » »

Fa (Languedoc. } — « Espargnaire coumo un Aubérgnas. »

(Provence.) — « Coumo un efant de l'Auberni, auriô coupa un soù en dous trosses amé las dents. » Comme un enfant de l'Auvergne, il couperait un sou en quatre avec les dents.

.(Languedoc.).

— «Ouverniat, preste me sinq sols ?

— Oh ! lou aï pas.

— T'in rindrai saï ?

— Oh ! l’ou aï. »

— Auvergna, prête-moi cinq sols, — Je ne ne les ai pas. — Je t'en rendrai six. — Ah !

je les ai. (Haute-Auvergne.)

Dans le Cantal, on raconte en l’attribuant à deux cordonniers, une facétie analogue.

« Dous courdouniès de Lorroco èrou tjogut dins lo mêmo combro. Un dei dous diguët o l'aoutre :

— Piorrounel à

— De que boï ?

— Duermès !

— Perqué ?

— Oquos qué, se duermios pas, té dirio de me presta cinq francs.

— Duermé, diguèt lou Rouquet. »

(BANCHAREL, Veillées auvergnates, t. 1, p. 81.)

En Champagne, M. Marelle a recueilli, de la bouche d’un charbonnier le petit conte qui suites

Il y avait une fois trois Auvergnats, scieurs

de long, qui ne savaient que faire un dimanche qu'il pleuvait. A la fin l’un d’eux eut une idée.

— Faijons des chouhaits, dit-il ; chi chela ne chert à rien, chela fait pâcher le temps.

— Ch'est chela, faijons des chouhaits, dirent les deux autres. Commenche, ch'est toi qu'a parlé le premier.

— Eh bien donc, dit-il, je chouhaite vingt bons mille de bœufs, — at...tendez! at...tendez ! — et que chaque poil de ches bœufs il choit un chêne, et qu'avec ches chènes on fache des planches, et qu'avec ches planches on fache des caiches.. pour mettre tout l'or, tout l'argent, tous les diamants et tous les bijoux du monde... pour moi.

— Fouchtra! tu ne laîches pas grand'chose à ton prochain, toi, dit le second. Eh bien, moi je chouhaite tout chimplement que toutes les feuilles de tes arbres elles choiïent de papier, — at...tendez ! — je chouhaite après chela que toutes les petites chourches qui vont dans les petits ruicheaux, et que tous les petits ruicheaux qui vont dans les rivières, et quetoutes

les rivières qui vont dans les fleuves, et que tous les fleuves qui vont dans la” mer il choit de l'encre! et puis qu'avec que toute chette encre et avec que tout che papier on fache….

quoi ? de bons billets de banque pour tout l'or, tout l'argent, tous les bijoux et tous les tréjors du monde... pour moi. Ha, ha, ha!

je crois que che n’est pas mal chouhaité non plus, chela ?

— Oh bien, je chais encore un meilleur chouhait, dit le troisième. Moi je chouhaite que toi, tu chois mon ppère, et que toi, tu chois mon oncle, que vous n’ayez point d'autre héritier que moi, et que le diable vous emporte tous les deux. |

(Affenschwanz, p. 23.)

* Au dix-septième siècle courait ce proverbe : — Les Auvergnats et Lymosins,

Font leurs affaires, puis celles des voisins.

Ceux qui suivent semblent accuser la probité des Auvergnats, qui pourtant, s'ils se

montrent intéressés, sont en général honnêtes :

— («( Espino poun, e rounze estrasso, Gavach es fin, Auvergnas passo. »

(Provence.)

— « Espignou poun, e rounzo esfato, Gavo es fi, Auvergnas passo. »

(Languedoc.)

L’épine point, la ronce déchire, — le Gavache est rusé, mais l’Auvergnat l’est bien davantage.

— ( Gascon larron,

Ouvergnat son compagnon. »

Gascon, larron, — Auvergnat son compagnon. (Languedoc.)

— De l'Auvergne ne vient ni bon vin, ni bon vent, ni bon argent, ni bonnes gens. (Forez.)

Le Forézien, dit Noëlas, Légendes foréziennes, p. 207, méprise l’Auvergnat ; nous connaissons nombre de chansons satiriques sur les Auvergnats. |

— «Lous Limouzis n’aunt bela barba fina, Lous Auvergnats la ieur faïams sens poena,

La ieur faïams sens touaillou, sens sablou, Sens aygua, ny rasou. »

Les Limousins ont la barbe bien fine (sont avisés), mais nous Auvergnats (plus fins), nous la leur ferions sans serviette, sans savon,

et au besoin sans eau, voire sans rasoir:

Bourrée auvergnate.

(CHAMPEVAL, Prop. limousins, p. SI.)

k + Beaucoup de métiers qu ls exercent, tels que ceux de charbonniers, ferrailleurs, ete... leur ont fait attribuer une réputation de saleté: AS CES « Cambia de camiso cado mes coumo lous Aubergnasses. » — Changer de chemise chaque mois comme les Auvergnats. (Languedoc.) On a même fait à ce sujet un quatrain assez plaisant :

Un Auvergnat n'avait qu'une chemise, Elle était faite en toile bise :

Il la retournait tous les ans :

— Fouchtra! qu'il fait bon dans du linge [blanc !

L'anecdote suivante, qui a été recueillie en Champagne, est populaire en bien d'autres pays, et à Paris on en cite couramment le trait final : Les Auvergnats qui sont généralement à Paris, porteurs d'eau, porte-faix, marchands de bois ct de charbon, etc., ont pour spécialité dans certaines provinces de scier les arbres en planches. Ces scieurs de long, comme on les appelle, sont âpres au travail, passionnément économes et grands mangeurs de soupe au lard, où ils mettent d'effroyables quantités de pain ; c'est leur nourriture exclusive, ct à l'auberge, ils ont l'œil à ce qu'on ne rogne pas la ration.

— Fouchtra, madame l'aubergiste, qu’estche que cha? — Ah! mon Dieu! c'est le soulier du p'tit... mais c'n’est pas sale. — Eh! che n'est pas que che choit chale, mais cha tient de la place.

(MareLLe, Contes français, p. 15.)

Un dicton ancien, qu'on retrouve dès le XII]° siècle, leur attribue une passion pour les raves: Li meilleur mangeur de rabes sont en Auvergne, lit-on dans le « Dit de l’Apostoile ». « Arvernis rapas, Normandis tolle polentas, Mililibus cœdes, tolle jocos pueris. »

TESTOR. (Elégies.)

— « Afric de rabets coumo un Aubergnas.»

Friand de raves comme un Auvergnat.

(Languedoc )

— (« Chapaire de rabets coumo un Auver- [gnas. »

Voleur de raves comme un Auvergnat.

(Langucdoc.)

— « Limagnei, bottas iouna raba Su le lei ; Quand la raba pourriro, Li Limagnei crabaro. »

Limagnier, mets une rave, — sous le lit, — quand la rave pourrira, le Limagnier crèvera. ( Velay.)

Dans diverses historiettes on représente les Auvergnats comme grands mangeurs, mais peu délicats sur le choix de la nourriture, et aussi, il faut le dire, sur les moyens de se la procurer. Voici sur ce sujet quelques petits contes de pays assez variés :

I y avait une fois deux Auvergnats qui voyageaient en Bretagne ; la nuit les surprit auprès d'un poirier ; le plus hardi monta dedans, l'autre dit : «Je resterai bien dessous. »

Tous les deux mangèrent à volonté des poires qui étaient mûres :

TAHLCTEs demanda celui qui était resté dessous; combien tes poires ont-elles de pieds?

— Un comme d'habitude.

— Comment ? la mienne en a quatre.

— C'est peut-être üne grape (un crapaud).

— Tant pis, dit otre Sante pas, je le mangerai.

Le crapaud faisait entendre un petit couic :

Couique ou ne couique pas, Par moi mangé tu seras.

Lorsqu'il eut mangé le crapaud, il se sen-

tait mourir, et il dit à l’autre :

— Frère, je pars.

— Pars, ou ne pars pas, je ne bouge que quand le soleil luira.

(Pauz SÉBILLOT, dans Mélusine, t. II, c. 41.)

Deux Auvergnats marchaient depuis quelques jours, et 1] y en avait un qui avait grand faim. Et puis, il voulait manger l’autre.

— Nostra, si tu bouges, je te mange!

Et puis, l’autre lui répondait :

— Fouchtra, n'm'mange pas, j'te fous la!

Îls arrivèrent contre un mur. Celui-là qui avait grand faim aperçut un rat qui traversait le mur ; il démolit le mur pour manger le rat.

Un jour qu'il passait contre une ferme, il avait vu beaucoup de prunes. Il y en a un qui a dit : &« Cette nuit faudra venir en manger. »

Et puis ils vinrent manger des prunes, la nuit. Il y en a un, il mangeait tant de prunes, il empoigne un crapaud à poignée, et puis le mange. Î[l se sentait mourir le matin ; il dit à son camarade :

— Camarade, camarade, jé m'en vas.

L'autre lui répond :

— Va-t'en si tu veux, pour moi je ne pars pas avant le jour !

Il le laissa mourir, puis le lendemain, les fermiers regardèrent dans le jardin et ils virent l’Auvergnat qui était en train de manger des prunes. Ils lui tirèrent des coups de fusil. Il voulut se sauver ; il sauta le mur et puis tomba dans la fosse de l’autre côté, et 1l se noya.

(Léon Pineau, Le Folk-Lore du Poitou, p. Frs)

Dans le Bas-Limousin on raconte que deux Auvergnats qui s'étaient arrêtés dans une auberge pour passer la nuit, avaient en face de leur chambre un poirier chargé de fruits.

Quand tout le monde fut endormi, ils se levèrent et allèrent à l'arbre; l’un monta dessus et fit tomber toutes les poires que l'autre ramassait et mangeait aussitôt.

Il ramassa par erreur un crapaud qu'il croqua à belles dents, mais celui-ci poussa un cri ; l'Auvergnat dit alors à son compagnon : ( Frai, lou pérou n'o fa crou» (Frère, le poirillon a fait crou). Et il ajouta : ( Crou

LE BLASON POPULAIRE 309 os

qué crou l'ai mindza. » (Crou ou non, je l'ai mangé !)

Les deux Auvergnats reviennent se coucher.

Au bout de quelques instants, celui qui avait mangé le crapaud dit : & Fraï, lou pérou que fa crou me fai mal (Frère, le poirillon qui fait crou me fait mal). Ce à quoi l’autre répond : € Dancho, davaloro » (Danse, il descéndra).

Mais le lendemain, l'avaleur de crapaud était mort.

(G. DE LÉpiNay, Mélusine, t. 11, c. 496.) * * #

D'autres récits leur attribuent une dose de naïveté peu commune.

Un jour, trois étameurs Auvergnats, chargés de chaudrons, de poëles et de casseroles, montaient au galop la grande Pousterle, d'Auch. Quand ils furent tout en haut, ils étaient rouges comme le sang, et soufflaient comme des blaireaux. Ils s'étonnaient de voir d'autres gens arrivés en haut de la grande Pousterle, dispos, et pas du tout essoufilés.

— Comment donc avez-vous fait ? demandaient les trois Auvergnats.

— Nous sommes montés doucement.

Les trois Auvergnats descendirent la grande Pousterle pour la remonter doucement.

(J. F. BLADÉ, Contes populaires de la Gascogne, t. III, p. 161.)

Un jour, deux frères Auvergnats tuèrent un homme de Seissan. Les juges d’Auch condamnèrent l'ainé à être pendu. Mais ilseurent pitié du cadet, et il ne le condamnèrent qu’à être fouetté par le bourreau, au pied de la potence où l’autre allait être étranglé.

Le cadet criait comme un aigle, tandis que le bourreau fouettait à tour de bras. Mais l'aîné qui attendait la corde au cou, lui faisait ses dernières recommandations.

— Frère, disait-il, quand tu reviendras chez nous en Auvergne, ne dis pas que j'ai été pendu. Dis que je me suis marié et que tu as bien dansé à mes noces.

(J.-F. BLané, Conteset Proverbes d'Armagnac, p.29.)

Danses «Chansons de la Franche-Comté»

de Ch. Beauquier, p. 206, est une chanson intitulée « Mariée à un Auvergnat » dont voici le début :

Mon père m’y marie Avec un Auvergnat Ya, ya, : Avecun Auvergnat.

s’agit d’une jeune fille qui a un vieux mari très peu valeureux en amour.

En Provence et en Languedoc, on ‘prétend que les Auvergnats sont forts laids. , :.

— (aid comme un pesou d’Auvergno. »

— (Lèd coumo un pesoul d'Aubergnos. »

Laid comme un pou d’ Auvergnat.

« Lis Auvergnas, Paù li pagas Ben servi sias.»

Les Auvergnats— paie-les peu— et tu seras

bien servi. dE

Leur nom est défiguré par nes et dans la langue verte, on leur adresse des injures dont on pourra se faire une idée par les extraits qui suivent :

Dans la « Gazette des tribunaux », du 26 octobre 1832, 1l y a un procès où les Auvergnats sont injuriés de la façon suivante :

« Rapiats ; racine à voleur:

Auverpins de malheur. »

L'argot emploie encore le terme Auverplein, il appelle Auverpinche un gros soulier d'Auvergnat ; Avaler l'Auvergnat, c'est communier. (LARCHER, Dictionnaire.)

« Limagnier langue de petas, Bitoux langue de papas. »

Limagnierlanguede chiffon, — Bitoux, langœue de bouillie. { Velay.)

Les Bitoux sont les habitants des montagnes orientales de l'Auvergne. |

— Ni hommes ni femmes, tous Ouvergnasses |

Ce dicton, devenu si populaire, aurait pour origine une légende mise par Daumier audessous d’un de ses dessins qui représentait un bal de porteurs d'eau. Le caricaturiste la tenait de son frotteur qui avait pris part à ce bal où le mot avait été dit.

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