CEST NOUS AUTRES, MESSIEURS
L y avait une fois trois garçons qui vôului;ent aller à Paris pour apprendre à parler. Arrivés près de la ville Tun d'eux dit :
— Restez ici ; je vais aller écouter et vous raconterai ce que j'aurai ouï.
Il entendit les gens de Paris qui disaient :
— C'est nous autres, messieurs.
Et il revint en disant à ses camarades :
— J*ai appris à parler : c'est nous autres, messieurs.
Le second alla écouter à son tour, et voici ce qu'il entendit :
— C'est parce que nous le voulons.
Le troisième ouït dire :
— Sacrédié, c'est de tant mieux.
Alors ils s'en vinrent, pensant être assez instruits. Ils trouvèrent sur leur route un homme assassiné, et se mirent à dire des prières auprès de son cadavre. Des gendarmes survinrent qui leur dirent :
— Q.ui a tué cet homme ?
— C'est nous autres, messieurs, répondit le premier des compagnons.
— Et pourquoi ?
— C'est parce que nous le voulions, dit le second.
— Vous allez passer en justice, dirent les gendarmes.
— Sacrédié, c'est de tant mieux, s'écria le troisième des garçons qui était allé à Paris pour apprendre à parler.
(Conté en 1880 par FrAnçoise Dunumt, d'Ercé.)
M. J. Thuriauh, i U page »zz de son livre intitulé : Éfudf ur U langage créole (Brest, Lefoumier, iS74)> ^ publié un conte en patois créole : Les habitants du Gros-Morne avant leur civilisa^ tion, plus long que celui-ci, mais dont U trame est exactement la même-: il s'agit de nègres q^ui vont écouter des gens qui parlent le français, et qui apprennent chacun une phrase qui, appliquée maladroitement, les fait finalement aller en prison» Cf. aussi, n* xxxiv, des Contes populaires delà Haute-Bretagne.