‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 2 sur 99 · TV AVANT-PROIES · texte numérisé non relu

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thient à enUver Us fibres â^ éxtnvre; il /m fait encore maintenant, mais moins fréquemment qvê ja^ dis. Les Guiseries de pommé, oà Von se réunissait fourfaire une sorte de confiture avec despommis cuites dans de grands bassins et arrosées de cidre doux, n^ont point encore complètement disparu, B en est de menu des Lessives de nuit.

Mais dans une grande partie du pays gàUot ces rèimiàns sont devenues moins fréquentes qu^auirefois ; à force de prêcher, le clergé les a souvent fait dis-»^ paraître, de même qt^il a supprimé les danses, sans que la moralité de la campagne y ait beaucoup gagnL Toutefois des raisons tordre purement éconontiqtis ont, tout autant que le clergé, contribué à faire tom^ ber en désuétude les anciens usages. Depuis que les campagnes sont devenues sAres, le groupement des fermes, qui jadis était la règle, est devenu une excep^ iion;' presque partout de belles routes ont remplàof tes anciens chemins creux, effondrés et boueux, qvloxtt encore vus ceux qui if ont guère que trente ans 4 Vheure actuelle, et au lieu de se réunir dans les vil^ loges, €» va aiu bourg pour apprendre des nouvelles U en dinu.

^instruction ^èst aussi peu à peu répandèie ; dans bien dès maisons^ au lieu de raconter des contes

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pour empêcher Us gens de s'endormir ou de s'ennuyer, on fait la lecture, et souvent dest le petit garçon ou la petite fille qui, en revenant de Picole, sont chargés de ce soin.

n existe cependant encore un grand nombre de contes, et on les dit dans bien des endroits autres que les réunions du soir : au four oti les femmes se rassemblent, au doué oà se racontent les faits divers du petys, sur les routes en allant au marché, et dans les champs. Il n'est pas rare d'entendre dire, au moment des travaux en plein air :

— Dites-nous donc un petit des devinailles et des contes pour nous désennuyer.

Les petits garçons et les petites filles qui gardent ensemble les moutons ou les vaches se racontent entre eux les contes que leurs mères leur ont appris.

La littérature orale et traditionneUe est encore fort riche, même dans les pays qui ne fomnent pas, comme la Bretagne bretonnante et le pays basque, des groupes compacts, qui se distinguent nettement de leurs voisins par la langue et les costumes. Dans la préface de ses Gantes lorrains, M. Cosquin rapporte que,' dans un seul village, il a recueilli environ quatre-vingts récits ; mon expérience personnelle confirme de tout point ce iu'il dit; dans les quatre mois que j'ai passés à

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Ercêprès Liffri, de i8y8 à 1880, j'ai réuni plus de cent contes ; à Saint^ast, j'en ai recueilli soixantedix Vannée dernière, cent quarante cette année, et je ne crois pas ces deux pays épuisés.

J'ai divisé ce livre en deux parties : la première contient seulement des spécimens des divers genres de contes les plus répandus; en tète de chique groupe fai placé une sorte d'introduction où j'ai essayé de déterminer la caractéristique de chacun d'eux. Cela me dispense d'entrer ici dans de longs détails, chaque groupe de contes possédant pour ainsi dire sa petite préface particulière.

Les contes sont suivis de références généralement courtes : sans m'interdire absolument les excursions hors de France, fai surtout visé les recueils français. Dans les limites de ce livre, je n'aurais pu citer tous les similaires étrangers, au lieu qu'en bornant presque toujours mon travail aux contes français, je puis espérer d'avoir, à un très-petit nombre près, fait les références complètes. Lorsque, cependant, fai eu la bonne fortune de trouver une monographie déjà con-

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sacrU à un similaire des contes que fat déjà publiés, et embrassant toute la série indo-européenne, je l'ai Cftée simplemttnt au lieu de V abréger, afin que ceux qui s'intéressent à us sortes d'études puissent trouver, dans Vouvrage indiqué, un ensemble complet que les limites de ce livre m'interdisaient de faire.

Parmi les contes français, les deux groupes qui n^ont fourni le plus grand nombre de similaires sont le groupe bas-breton — et cela tCa rien de surprenant, vu le voisinage et la communauté d'origine des Gallois et des Bretonnants — et le groupe basque, ce qui est plus curieux. Ces deux remarques ressortent clairement du travail comparatif que j'ai fait pour les qimrante-quatre contes que je publie ici, et de celui auquel je me suis livré, par simple curiosité, pour la première série déjà parue de mes contes, et pour ceux qui sont encore inédits. Il est juste d'ajouter que ces deux pays sont ceux de France qui jusqu'ici ont été explorés avec le plus de soin.

Dans la seconde partie du volume, fai fait entrer un choix de chansons, de devinettes, de formulettes et de proverbes, et, pour donner une idée de l'esprit des paysans gàllots, j'ai terminé le volume par une série de petits contes ou de facéties qu'on pourrait appeler les Nouvelles à la main de la campagne.

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Chacun de ces sujets me fournira, je pense, dans un avenir peu éloigné, la matière d'une monographie : chaque jour 'mon recueil s^ enrichit, et, depuis que u volume est sous presse, j'ai recueilli plusieurs centaines de proverbes^ de devinettes ou de formulâtes qui n'auraient pu y prendre place sans bouleverser tout le plan primitif et lui donner une grosseur exagérée.

Je me suis encore ici préoccupé de montrer des échantillons ; pour les références, j'ai agi comme pour les contes, et j'ai surtout visé les recueils français, A la suite des devinettes, des proverbes et des formulettesy j'ai placé la table de chaque série : cela m'a paru plus clair qu'une table rejetée à la fin du volume.

L'origine des éléments très - variés dont se compose la littérature orale d'un groupe provincial est difficile à déterminer : elle est sans doute puisée à un grand fwmbre de sources, les unes fort anciennes, d'autres relativement modernes, et il serait téméraire d'affirmer que tel ou tel conte par exemple est ancien dans le pays ou s'il y a été importé ré*

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cemment. Ici les apparences elles-mêmes peuvent être trompeuses, hten que les conteurs gallots ne tiennent pas, en général, autant que ceux d'cuitres pays, à placer le théâtre de leurs récits dans un endroit connu de leurs auditeurs. C'est ce qui me porte à considérer comme très-anciennement connus en Haute-Bretagne les contes, par exemple^ d£S bouks ou grottes des falaises au bord de la mer, groupe curieux et important entre tous.

Quant aux contes que Von pourrait appeler spora^ diques, parce qt^ils se retrouvent, avec de Itères va^ riantes^ dans ^ms les coins de la France, dans tous les pays européens et même en dehors de V Europe, il est, u me semble, impossible à Vheure actuelle de dire à quelle époque ils ont été introduits dans les pays oà on les raconte. Les guerres de la Révolution et de VEmpire, les Français prisonniers à Vétranger, les étrangers prisonniers en France, ont dû produire un échange de conter, et même aujourd'hui il y a encore importation et exportation journalière de récits par les soldats qui, au régiment, racontent les légendes de leur pays, puis en rapportent che^ eux de nouvelles.

Une exploration scientifique faite au siècle dernier aurait vraisemblablement jeté lapsus des lumières pius grandes que cales que nous pouvons découvrir à

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présent; mais on ne serait pas encore arrivé à un résultat incontestable; qui pourrait dire ce que les invasions des Barbares, Us Croisades, la guerre de Cent ans, les luttes religieuses du XVh siècle, les guerres de Louis XJF ont^ pu provoquer d'échanges de contes entre les différents peuples?

La littérature écrite a aussi laissé des traces dans les contes populaires ; certains d'entre eux semblent empruntés à des fabliaux du moyen âge comme le Segretaîn moine (cf. Contes populaires de la. Haute-Bretagne : D'un vieux cheval et d'une vieille femme, n© xxxvi ) et le Diable de Papefi-^ guière, que Rabelais y avait puisé, et dont fai, en cinq ou six contes, retrouvé la trace, La Bibliothèque bleue a, de son côté, fourni aux narrateurs campagnards des épisodes et parfois des récits entiers, tels que Jean de Calais, par exemple, que M. Webster a trouvé dans le pays basque et que j'ai moi-^même rencontré au bord de la mer, additionné de surnaturel^ allégé de certains épisodes, et orné d'une géographie ultrorfantaisiste.

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LA littérature orale a une tendance à disparaître, non pas en bloc et tout d'un Coup, mais par émicttement, et il n'est que temps d'en sauver les débris.

Né en 184s, j'ai déjà constaté que des contes couramment racontés dans mon enfance, et que toutes Us femmes savaienty ne se retrouvent plus aujour-^ d*hm,, et je n'ai pu, malgré des recherches chstinéesj m'en procurer que des versions à demi-effacées : souvent des personnes âgées m'ont cité des fragments de contes qu^^les affirmaient avoir entendu conter ja-dis et qt^alors tout le monde savait d'un bout à Vautre,

Les chansons, en certains pays du moins, sont destinées à disparaître dans un avenir encore plus prochain que les contes ; elles ont à lutter avec les chansons des cafés-concerts et les romances sentimentales que les paysans trouvent de bien meilleur ton que les vieux airs d'autrefois. Aux noces de campagne, où Von a conservé l'habitude de chanter au dessert, il est rare d'entendre autre chose que des ro-

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tnances sentimentales et prétentieuses qui, il y a vingt ans, étaient populaires dans les villes.

Il est urgent de faire dans toutes les provinces une investigation qui, à Vheure actuelle, est encore pos^ sible; mais il faut se hdter, car bientôt il serait trop tard.

Je ne veux pas terminer cette introduction sans remercier les personnes qui ont bien voulu m* aider, et parmi elles M. Gaido^, le savant directeur de la Revue celtique, qui a mis gracieusement à ma di^ position les livres, parfois rarissimes, de sa B^lie^ thèque bretonne, et M. Prosper Guyot, qui a natè les airs de plusieurs de mes chansons.

Saint'Cast (Câtes-du^Nord), r/ (tOoèn i98o.

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