LA MESSE DU FANTOME
NE nuit de la Toussaint, une femme resta endormie dans l'église de Plévenon, et le bedeau, qui ne l'avait pas vue, ferma les portes à clé.
Quand elle se réveilla, elle fut bien surprise de se trouver à pareille heure dans l'église. Mais elle n'était pas au bout de ses étonnements.
A minuit, elle vit s'avancer vers l'autel, dont les cierges s'allumèrent d'eux-mêmes, un prêtre vêtu comme pour dire la messe.
Après s'être incliné devant l'autel, il se retourna du côté de la nef et dit par trois fois :
— Y a-t-il quelqu'un qui veuille répondre ma messe?
La femme avait trop peur pour oser souffler mot, et le prêtre se retira dans la sacristie pendant que les cierges s'éteignaient.
Dès que l'église fut ouverte, la femme courut au presbytère et raconta au recteur ce qu'elle avait vu et entendu.
— Êtes-vous bien sûre de cela ? dit le recteur. Si ce que vous affirmez est vrai, vous pouvez rendre à une âme en peine un service signalé. Retournez à l'église avec votre enfant qui n*a pas encore dix ans ; ce sera lui qui répondra la messe, et, quand elle sera terminée, l'officiant lui demandera ce qu'il désire pour sa peine.
Vous lui recommanderez de dire ; « Je demande le del. »
La nuit suivante, la femme fut enfermée dans l'église, ainsi que son enfant.
A minuit, le prêtre revint comme la veille, et il dit d'une voix lente et grave ;
— Y a-t-il quelqu'un qui veuille répondre ma messe?
— Ce sera moi, dit l'enfant en s'avançant.
— C'est toi, mon enfant ; viens ici.
Le petit garçon répondit la messe, et quand elle fut terminée, le prêtre se retourna vers lui :
— Tu m'as rendu un grand service, car il y a vingt-cinq ans que je viens ici toutes les nuits, et grâce à toi, je suis maintenant débarrassé. Que demandes-tu pour ta récompense, mon enfant ?
— Le paradis, répondit-il.
— Dans trois jours tu y seras.
Et le troisième jour, l'enfant mourut.
(Conté en 1879 par Scolas tique Durand, de Plévenon.")
On raconte souvent des histoires de pritres qui reviennent demander un répondant pour leur messe (Cf. Conits populairt de la Hauie-Bretagntf no xliii ; Luzel, Veillées bretonnes, p. 3, le Mort confesseur; Fouquet, Légendes du Morbihan^ p. 107, la Messe du Fantôme).
Dans le conte de Bladè, intitulé : Le Bâtard, le héros, qui ne doit montrer sa langue à aucune personne vivante avant que txnt père l'ait vue, reçoit la communion des mains d'un prfctre-squelette.
Il y a d'autres récits où les prêtres se montrent sur les routes^ tantôt glissant comme des ombres, tantôt venant demander l'aumône, et condamnés à errer jusqu'à ce qu'on leur ait doaoé l'argent de messes qui leur ont été payées et qu'ils n'ont pas dites.