‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 29 sur 99 · LE SORCIER · texte numérisé non relu

LE SORCIER

IN soir un domestique que ses maîtres avaient envoyé chercher du cidre trouva des sorciers qui l'emmenèrent avec eux.

Il fut contraint de les suivre, et il leur dit :

— Où allons-nous comme cela?

— En Espagne boire du vin.

Pendant la 'route, un des sorciers dit au domestique :

— Mon garçon, quand tu auras bu du vin, on ' va dire : « Où allons-nous aller à cette heure ? » Tu auras soin de répondre : « D'où nous venons, » ou sans cela tu serais contraint de rester avec nous.

Le domestique arriva en Espagne et goûta du vin qu'il trouva excellent, et les sorciers en burent pareillement, puis ils dirent :

— Où allons-nous maintenant ?

— A l'endroit d'où nous venons, répondit le domestique.

A l'instant, il se retrouva à la porte du cellier ;

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<et comme son pot était plein, il rentra chez ses maîtres.

— Tu as été bien longtemps au cellier, dirent-ils.

Quand ils versèrent le contenu du pot, au lieu de cidre, ils trouvèrent du vin.

(Conté en 1879 par Pierrt Dereu, de Collinêe, âgé de cinquante-huit ans.^

M. JolUvet, dans sa Géographie des Cétes-du-Nord, Guingamp, S854, t. I, p. 61, i l'article Saint-Donan, cite un petit conte Assez semblable : « Le soir d'une noce, le cidre yenant à manquer, le jeune marié se munit de deux énormes pots à cidre, et alla en chercher lui-même. Arrivé aux Croix-Ric, il se trouva au milieu d'une ronde de lutins qui l'emmenèrent aux Canaries : « Remplis vite tes pots de vin, lui dit l'un d'eux, « et dis-nous où tu veux aller. — A l'endroit d'où nous ve- « nons, a répondit-il, et le voili de retour aux Croix-Rio. Il courut bien vite près de ses convives, raconta ce qui venait de lui arriver et versa à tout le monde des rasades qui dissipèrent les doutes qu'avait pu faire naître son récit. »

C'est auprès des croix que les sorciers passent pour s'assem- Mer, et il n'est guère de commune où l'on ne cite quelques carrefours ornés de croix qui leur servent de lieu de rendez-vous.

s m. — LES REVENANTS.

[BS histoires de revenants et d'apparitions sont innombrables, et leur récit, où souvent les conteurs assurent avoir figuré ou dont ils citent les héros qui sont parfois des gens connus dans le pays, excitent la terreur parmi le» auditeurs, qui y croient presque toujours fermement.

L'apparition des revenants est en général motivée par une demande qu'ils ont à faire à des vivants : ils viennent réclamer l'accomplissement d'un vœu, les messes qui leur sont nécessaires pour sortir du purgatoire, le paiement d'ime dette qu'ils ont jadis contraaée. D'autres, ayant pendant leur vie fait une promesse à quelqu'un, reviennent pour l'accomplir.

Certains revenants semblent avoir pour but d'avertir ceux qu'ils ont aimés de changer de conduite ou de faire pénitence. Il en est qui sont condamnés à revenir sur terre pendant un temps déterminé pour expier leurs fautes par une pénitence posthume. Il y a enfin les revenants du cimetière, qui viennent s'agenouiller la nuit sur les tombes, et qu'on doit bien se garder de troubler, car la punition serait terrible. (Cf. Madame de Cemy : Us Trois morieSy la Jeune filU du eimeiiére.)

Aux apparitions nocturnes, on peut rattacher les avènements et les avisions, signes avant-coureurs d'une chose qui doit «r-

lÎTer; j'en ai cité plusieurs exemples dans ma brochure sur Us traditions, superstitions et légendes de la Haute-Bretagne, p. aft et sqq. Voici deux exemples de ces récits, fort courts en général :

Une femme, dont le frère était malade, revenait du marché le soir : elle vit son firére qui dansait devant elle sur la route. Elle rappela, mais sans recevoir de réponse : elle fit une prière» et il disparut.

A la porte de sa maison, elle le revit encore qui dansait : elle pria, et il disparut de nouveau. En entrant dans la maison, elle trouva son frère mort.

Un soir, un homme sentit qu'on lui donnait un coup de poing sur la figure : il eut beau regarder autour de lui ; il ne vit personne. Il comprit alors que c'était un avènement, et remarqua, l'heure et le jour où cela lui était arrivé.* Peu après, il apprit qu'à cette heure même un de ses amis était mort.

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