‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 34 sur 99 · MONDE · texte numérisé non relu

MONDE

lusQu'ici j'ai recueilli peu de légendes relatives à des saints locaux, et parmi elles, celles qui seules présentent quelque intérêt sont la légende de saint Mauron et surtout celle de saint Lénard (Cf. Conta populaires de la Haute-Bretagne, n»* liv et Lxm); cette dernière présente la particularité assez curieuse d'un saint canonisé par le peuple, malgré le clergé, et qui finit par être honoré comme bienheureux, en dépit de l'opposition de l'Église officielle.

En d'autres parties du pajrs gallot existent certainement des légendes de saints : Idadame de Cemy en cite deux (Saint Suliae et ses traditions). La première est celle des Jnes de Rigour-

daine qui, partant de la méuirie de ce nom, traversaient U Rance, alors simple ruisseau, pour venir brouter les vignes que saint Suliac avait plantées autour de son monastère. Un matm saint Suliac les frappa de sa crosse en les maudissant, et les ânes restèrent immobiles près de l'endos, la tète retournée sur le dos, Ils demeurèrent en cet état jusqu'au moment où le saint les délivra de cette position, et en s'en allant ils firent un tel bruit que, pour ne plus en être incommodé, saint Suliac élai]git la Rance et lui donna la largeur qu'elle a aujourd'hui.

La seconde légende, intitulée : la Cuivre, raconte qu'un moine de la suite de saint Samson, étant venu visiter saint Suliac, se trouva offusqué de la simplicité des mets qui lui furent offerts ; et ayant caché une partie de son pain dans sa robe, il fut pria de convulsions : c'était un serpent qui déchirait la poitrine da moine, et dont saint Suliac le délivra.

Habasque (Not. historiques, t. III, p. 91) raconte ainsi qu'il suit une légende qui lui fut dite au Chemin-Chaussée, canton de Matignon : « Guillaume Pinch^n (saint Guillaume, évèque de Saint- Brieuc) venait de voir des parents qu'il avait dans les environs. Il faisait chaud, et se trouvant altéré, il entra dans un cabaret pour s'y rafraîchir, après quoi il donna sa bénédiction à l'hôte et se disposa à sortir. « De l'argent, » lui dit Thôtc. Guillaume n'en ayant pas, on saisit son bréviaire. Le swst continua sa route et alla coucher à l'hâteUetie de l'AbralvHQ, oii on eut pour lui toutes sortes d'égards. Avant son départ, on kii remit son bréviaire, et saint Guillaume dit : « Quiconque ha> « bitera l'Abraham y vivra à l'aise, pourvu qu'il soit sobre et « laborieux, Q.uant au Chemin-Chaussée, jamais il ne prendra « d'accroissement, et à mesure qu'on y bâtira une maison, il en « tombera une autre. » Cette prédiction du saint rappelle -la Lfgende de Riatx (Fouquet, Lègendgs du MorbihoM, p. 19*20.) Les lavandières de Rieux refusent tout secours à un enfiuit qui

était dans une barque ; la marée la porte & Redon, où des laveuses compatissantes le soignent. L'enfant grandit aussitôt; c'était Jésus-Christ qui dit : « Rieux s'appauvrira tous les jour» d'un sou, et Redon s'enrichira chaque \ovac d'un sou. »

Les l^endes du Morbihan contiennent plusieurs récits relatif à la vie des saints bretons (Cf. Saint Jugon, Us Sept saints^ Saint Gobrien, Le plus grand saint du paradis) ; je pense qu'en cherchant bien, on finirait par recueillir en Haute-Bretagne une foule de traditions sur les saints locaiix.

Sur les voyages de Jésus-Christ en Bretagne, qui se retrouvent fréquemment dans les récits des Bretons bretonnants, j'ai deux légendes qui sont dans les Contes populaires de la Haute-Bre^ tagne (Je Mariage de Jean le Diot, nP xx, et Saint Pierre en voyage, n<» lui).

Il est assez fréquemment question, dans les légendes de la Haute-Bretagne, de ce qui se passe à la porte du paradis, voire même à celles de l'enfer et du purgatoire (Cf. Le Diable attrapé, n<* xLi ; la Fève, n<> xn, des Contes populaires^ et plus loin, la Fèoe et Saint Antoine, portier du paradis), et plusieurs récits ont pour théâtre l'enfer lui-même (Cf. le Diable attrape) ou le paradis (Cf. les Trois violoneux en paradis, n» lxv, les deux contes de la Fève, et celui de Saint Antoine).

Dans mon enfance, j'ai entendu raconter à Matignon le conte du Meunier en paradis ; le voici en substance : « Un meunier, avant de mourir, avait recommandé & ses enfants d'avoir bien soin de l'enterrer avec son quart (mesure à blé). Son désir fiit accompli, et quand le bonhomme se trouva dans l'autre monde^ il prit son quart sous son bras et arriva à la porte du paradis. Saint Pierre lui dit : « Que venez-vous chercher ici ? Vous « savez bien qu'il n'y a pas céans de place pour les meuniers. « — Je le sais bien, répondit le bonhomme ; mais je viens « seulement pour regarder un petit peu. >• Pendant qu'il était

à U porte, un autre mort arrive, et au moment où saint Piene est occupé avec lui, le meunier, comme par inadvertance, met son quart à rouler, et entre à sa suite dans le paradis, où il s'assied dessus. Saint Pierre arrive pour le faire déguerpir : « Je suis sur mon bien, » répond le bonhomme. Saint Pierre se dispute avec lui et veut l'expulser. Le meunier tient bon et fait tant de bruit, que Dieu le Père entend la dispute, et veut en savoir la cause. Le meunier, toujours assis sur son quart, répète qu'il est sur son bien, et demande que saint Yves soit son avocat. Saint Yves plaide et gagne sa cause. VoiJA comment il y a un meunier en paradis. » On peut comparer à «ette légende le fabliau bien connu du Vilain qui conquist h paradis par plaid.

Page 1